Zampa ou La Fiancée de marbre / Ferdinand Hérold / Erik Nielsen / Opéra français / Palazzetto Bru Zane

Zampa ou La Fiancée de marbre / Ferdinand Hérold / Erik Nielsen / Opéra français / Palazzetto Bru Zane

dimanche 4 octobre 2026

©Bru Zane

Le label Bru Zane vient de sortir le premier enregistrement mondial de Zampa de Ferdinand Hérold dans sa collection « Opéra français ». La captation, mi-concert, mi-studio, a été réalisée les 28 et 30 novembre 2025 au Prinzregententheater de Munich. C’est une évidente béance dans l’histoire de l’opéra-comique français qui est ainsi comblée.

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Herold par Hebert

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Zampa ou La Fiancée de marbre de Ferdinand Hérold (1791-1833) sur un livret de Mélesville (1787-1865) souffre d’une réelle distorsion entre son succès remporté à la création en 1831 et sa quasi-disparition des programmes de nos jours et sur l’ensemble du XXe siècle. À l’Opéra-Comique où l’ouvrage est créé, 689 représentations sont données par la suite pour seulement 4 après 1900. Il faudra ensuite attendre 2008 pour que Jérôme Deschamps remonte Zampa dans l’établissement dont il vient de prendre la direction1 . Cette production concoctée avec William Christie (dans la mise en scène de Macha Makeïeff) fera date. « Les cinq saisons à venir, écrit le directeur dans le dossier de presse, invitent le public d’aujourd’hui à découvrir ou à retrouver le charme, la spiritualité, la gaieté et l’impertinence de l’opéra-comique français, à se réapproprier tout ce pan de notre culture dramatique. » Il estimait que le répertoire baroque pourrait aussi bénéficier de la jauge idéale des lieux.

Zampa en 1831 est à la confluence de plusieurs ouvrages qu’on a souvent rapprochés pour des raisons aussi bien dramatiques que musicales. Le sujet du fantastique n’en est pas la moindre raison. Robert le Diable est créé en novembre 1831. Destiné à l’Opéra-Comique, il sera finalement créé à l’Opéra. Émile Lubbert devenu directeur de la salle Favart, après avoir dirigé l’Opéra, s’empresse par avance de faire contrepoids en demandant à Hérold le Zampa qui met en évidence la porosité des institutions. Les ouvrages de Carl Maria von Weber se répartissent dans plusieurs théâtres parisiens. Le public a immédiatement mis en relation Zampa et Don Giovanni, les deux ouvrages étant centrés sur le thème du libertin châtié. Mélesville avait totalement assumé l’intertextualité avec Molière. « Je mettrai sur pied un Don Juan tout neuf », déclarait-il. Le « dramma giocoso » de Mozart, après la version arrangée de 1805, est seulement donné à l’Opéra de Paris (dans ses diverses salles) en 1834. Pierre Sérié tire la leçon de cette temporalité : « De même que Zampa (ou Robert le Diable) a participé à rendre possible Don Juan aux contemporains d’Hérold, il a favorisé la fabrication du concept de fantastique »2.

Dans Zampa, la statue est un rôle muet. Elle représente Alice Manfredi abusée et abandonnée par le libertin, amenant la population à se placer sous sa protection. Elle intervient trois fois, les deux premières manifestations en signes avant-coureurs et prémonitoires. À la fin de l’acte I, c’est par jeu plus sans doute que par provocation que Zampa lui met au doigt une bague afin d’en faire sa fiancée jusqu’au lendemain. La séquence est fondée sur une gradation dans une ambiance de fête. C’est en voulant récupérer le bijou que le corsaire réalise l’émergence du fantastique, la main se refermant sur la bague. L’apparition est plus fugitive à l’acte II où l’irrationnel saisit d’effroi le libertin. C’est le dialogue sous la forme d’une didascalie interne qui nous apprend la destruction de la statue dont le pouvoir surnaturel n’a rien à faire. Cette dernière réapparaît dans une scène courte dans le finale de l’ouvrage. Ce dénouement ne peut pas être comparé à celui de l’opéra de Mozart dans lequel la scène avec le Commandeur prend une toute autre dimension (et qu’il faut écouter dans la version dirigée par Josef Krips !). Hérold et Mélesville ont sans doute pensé que le grandiose ne pouvait être obtenu qu’en ajoutant une éruption de l’Etna ! Le support fantastique est surtout destiné à permettre une sanction morale.

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L’intrigue

Dans un village de Sicile au XVIe siècle, Camille s’apprête à épouser Alphonse de Monza. Le bandit Zampa qui fait alors irruption est amoureux de Camille et pour imposer son avantage retient captif Lugano, son père, qui devient une monnaie d’échange. Il le tuera si sa fille ne lui cède pas. Alors qu’Alphonse est empêché de rentrer, Zampa se livre avec sa troupe à des libations. Il nargue la statue de Sainte Alice, symbole de crimes non expiés du libertin. Lorsqu’il veut en faire sa fiancée pour la nuit, la main de marbre se referme sur la bague qu’il vient de lui passer au doigt.

Zampa déclare son amour à Camille toujours sous son emprise par amour paternel. Elle ne peut donner droit aux sentiments d’Alphonse. La statue se manifeste à nouveau, mais ne peut décourager Zampa, tout aux préparatifs de son mariage. Alphonse entend faire obstacle à Zampa, quand il découvre qui est vraiment le bandit. Il en est de plus empêché par le message reçu du vice-roi qui fait du pirate un champion de la nation, un allié bienvenu dans sa guerre contre les Ottomans.

Au dernier acte, Camille est rejointe par Alphonse décidé à enlever celle qu’il aime. Les choses se compliquent face à celui qu’il découvre être son frère. Zampa, épris de sa fiancée, n’entend pas lui laisser faire le choix du couvent. Cette dernière se retourne alors vers la statue qui entraîne le brigand libertin aux Enfers.

Une seconde intrigue plus légère, sinon bouffe, permet à Ritta et Dandolo d’envisager leur mariage. Mais Daniel, l’aide de camp de Zampa, retrouve en Ritta la femme qu’il avait quittée avec laquelle il finira par se remettre. Le personnage fait ainsi le trait d’union entre les deux intrigues.

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La distribution

Dans Zampa, Julien Henric fait percevoir tout un itinéraire, tout en affichant un profil vocal idéal. La voix se fait surplombante dans le quatuor de l’acte I. L’air, célèbre à l’époque, intégré au finale du I « Que la vague écumante » met en exergue l’éclat et le brillant du timbre bienvenu au cœur des libations. Dans le long numéro qui ouvre l’acte II, Zampa décline, après un cantabile consacré à Camille, les armes de la séduction (« Il faut céder à mes lois ! ») ; on a l’équivalent chez Molière dans la tirade de Don Juan sur l’inconstance. L’art des contrastes, la maîtrise et la relance des différentes étapes de l’air s’inscrivent dans un phrasé soucieux des nuances et des couleurs. Dans la cavatine de l’acte III « Pourquoi trembler », les demi-teintes raffinées précèdent le duo final débordant de lyrisme.

Julien Henric sait manier la voix mixte et la voix de poitrine, assurer des aigus insolents, donner toute sa cohérence à la ligne de chant appuyée aussi sur le bas registre (n’oublions pas que Zampa a été chanté par des barytons en Italie et en Allemagne). Il fait de Zampa un bandit d’honneur, romantique, intransigeant, plein d’allure, inoubliable, superbement vocal.

De plus en plus distribuée dans des productions qui comptent, Hélène Carpentier donne une réplique bouleversante dans Camille. Après l’air fort bien conduit « À ce bonheur suprême », dans la ballade « D’une haute naissance » qui évoque le destin tragique d’Alice Manfredi victime de Zampa, elle dose la charge émotionnelle du drame avec la beauté intrinsèque d’une voix lumineuse. L’expressivité la gagne dans les duos avec Alphonse où elle doit refouler ses sentiments face à la loi que lui impose Zampa. Le long duo de l’acte II (« Pourquoi vous troubler à ma vue ») la hausse au niveau d’une authentique tragédienne lyrique, qu’elle s’exprime dans les affects troublants du concertato ou qu’elle partage la strette de l’adieu avec celui qu’elle aime. Hélène Carpentier déploie une voix épanouie et longue, une pureté des sons, une articulation irréprochable qui lui permettent de construire un personnage en profondeur particulièrement sensible et émouvant.

On ne pouvait trouver interprète plus accordé au rôle d’Alphonse que Cyrille Dubois. La voix toujours axée sur le style, la clarté, la diction est parfaite dans les couplets « Mes bons amis partagez mon ivresse », pur standard d’opéra-comique, mais aussi dans les airs ou duos qui n’ont plus rien à voir avec la superficialité. Dans le duo avec Camille déjà évoqué, face à une Camille impénétrable, il ne se départit pas d’un chant dramatique dans la strette et les quintes aiguës, mais aussi virtuose et élégant. On retrouvera les couleurs de la voix dans la barcarolle « Où vas-tu, pauvre gondolier ? » Lorsqu’il découvre qu’il est confronté à Zampa et que ce dernier est son frère, les accents puissants font réaliser l’ampleur et la sûreté de la voix. La caractérisation vocale et psychologique est une pure réussite.

Le puissant mezzo aux riches harmoniques d’Héloïse Mas permet de faire de Ritta un personnage engagé doté d’une belle personnalité vocale. Elle est confrontée à deux ténors d’exception. François Rougier, au phrasé articulé, est un Daniel à la fois vocal et permettant au contremaître de Zampa de jouer les différentes facettes du rôle. Pierre Derhet est un Dandolo connaissant toutes les cordes d’un rôle bouffe (on l’a admiré souvent chez Offenbach !), sans céder sur une superbe vocalité aux couleurs identifiables.

L’excellente direction d’Erik Nielsen à la tête du Münchner Rundfunkorchester est fidèle à l’écriture du compositeur ; le chef, en osmose avec les voix, est soucieux d’équilibre, de clarté et de rythme. Le Chor des Bayerischen Rundfunks s’investit comme s’il était sur une scène, ce qui lui permet d’ouvrir sa sonorité, de marquer son activité et son implication dans l’histoire.

Un CD indispensable : la rencontre d’une œuvre emblématique et d’une équipe hors pair !

Didier Roumilhac

1 Voir Didier Roumilhac, Opérette Théâtre Musical, n° 147, 1er mai 2008, support papier ou numérique (Théâtre Musical Opérette)
2 Voir Pierre Sérié, « Zampa ou l’invention du fantastique », page 30, livre-disque Bru Zane

Direction musicale : Erik Nielsen

Zampa : Julien Henric
Camille : Hélène Carpentier
Alphonse : Cyrille Dubois
Ritta : Héloïse Mas
Daniel : François Rougier
Dandolo : Pierre Derhet
Un Corsaire : Lukas Mayr

Münchner Rundfunkorchester
Chor des Bayerischen Rundfunks (chef de chœur Stellario Fagone)

Zampa ou La Fiancée de marbre, Ferdinand Hérold, collection « Opéra français », livre-disque, 2 CD, label Palazzetto Bru Zane, environ 30 €

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