Œuvre maîtresse du compositeur tchèque Antonin Dvorak, la reprise de Rusalka constitue dans la saison de l’Opéra de Paris un éblouissant sommet.
On retrouve toujours avec émotion la superbe mise en scène de Robert Carsen qui n’a pas pris de rides depuis 2002 (année de sa création), avec Renée Fleming dans le rôle-titre.

Reprise en 2015 et en 2019, la production d’aujourd’hui bénéficie d’un plateau vocal éblouissant – notamment par la présence de la soprano australienne Nicole Car.
Cette dernière connaît bien la maison, ayant interprété avec succès de nombreux ouvrages dont Carmen, Simon Boccanegra, Eugène Onéguine ou bien encore La Bohème.
La vision onirique de Carsen, parfaitement fidèle au livret, nous entraîne dans les reflets de l’eau, miroir d’un rêve qui conduira notre héroïne vers la désobéissance et dans la déchéance.

Cette sirène (proche de celle d’Andersen) perdra sa voix envoûtante, par amour pour un prince volage, et retournera errer pour toujours au fond des océans.
Le bonheur ne leur sera donc pas permis, malgré le refus de Rusalka de sacrifier son amant – qui lui non plus ne survivra pas. Tous les codes du conte de fées se trouvent réunis, où se mêlent onirisme, romantisme et fantastique.

La beauté de la scénographie (décors et costumes) signée Michael Levine nous transporte tout autant. Régulièrement présent sur des productions de l’Opéra de Paris depuis plus de trente ans, il nous a encore impressionnés cette saison par son travail admirable dans Eugène Onéguine mis en scène par Ralph Fiennes.
La rencontre avec Robert Carsen semblait évidente : leur regard complice sur l’ouvrage atteste d’une fructueuse recherche de beauté sous toutes ses formes.

Le plateau musical féminin, dominé par Nicole Car parfaitement complétée par l’impressionnante Jamie Barton (Jezibaba) et par Ekaterina Gubanova (la princesse étrangère) demeure un des points forts de la soirée.

Plus en deçà, le prince Sergey Skorokhodov nous a semblé un peu moins investi dans son emploi ; il demeure cependant un artiste de premier ordre, tout comme Dimitry Ivashchenko qui campe un solide Esprit du lac.
Le chorégraphe Philippe Giraudeau assure un intermède particulièrement remarqué par son audace et par sa créativité, donnant ainsi un ton résolument actuel au spectacle.
L’Orchestre national de l’Opéra de Paris conduit par Kazushi Ono atteste d’une forme indéniable qui contribue largement à la réussite de cette soirée.
Philippe POCIDALO,
14/05/2026
Direction musicale : Kazushi Ōno
Mise en scène : Robert Carsen
Décors et costumes : Michael Levine
Lumières : Robert Carsen-Peter Van Praet
Vidéo : Eric Duranteau
Chorégraphie : Philippe Giraudeau
Rusalka : Nicole Car
Vodník (L’Esprit du lac) : Dimitry Ivaschchenko
Le Prince : Sergey Skorokhodov
Ježibaba : Jamie Barton
La Princesse étrangère : Ekaterina Gubanova
La Voix d’un chasseur, le Garde forestier : Florent Mbia
Le Garçon de cuisine : Seray Pinar
Première nymphe : Margarita Polonskaya
Deuxième nymphe : Maria Warenberg
Troisième nymphe : Noa Beinart
Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris
Chef des chœurs : Alessandro Di Stefano








