Monaco : La Cinquième symphonie de Bruckner

Monaco : La Cinquième symphonie de Bruckner

dimanche 4 octobre 2026

©Manuel Vitali – Direction de la communication

Ah, on n’est pas près d’oublier cette Cinquième symphonie de Bruckner, entendue au Grimaldi Forum de Monaco sous la direction de Marek Janowski !

Le retour de ce chef était attendu. Les musiciens retrouvaient en lui le directeur qui, au début des années 2000, avait métamorphosé leur orchestre, augmentant son effectif à plus de cent musiciens et faisant entrer à divers pupitres de nombreux jeunes solistes. Le public, lui, retrouvait un chef auquel il devait tant de grands souvenirs.

Dès qu’il parut, la salle l’accueillit avec chaleur. Mais ce ne fut rien par rapport à l’ovation qui éclata à la fin. Pendant près d’une heure et demie, il avait dirigé par cœur cette œuvre démesurée de Bruckner. Il l’avait portée à des sommets d’éclat et d’intensité. Alors la salle se leva tout entière pour clamer son admiration. Et, à tous les pupitres, les musiciens applaudirent leur chef.

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©Manuel Vitali – Direction de la communication

Cette Cinquième symphonie de Bruckner n’est pas seulement une œuvre orchestrale : c’est une cathédrale. Bruckner y accomplit une ascension mystique. Il procède par élans successifs qui montent jusqu’au vertige. Il y a, au début de l’Adagio, un chant du hautbois qui semble interpeller l’éternité. Dans cette cathédrale, les traits de la flûte semblent refléter la lumière des vitraux tandis que l’ensemble des cuivres constitue un orgue formidable. Dans le vertigineux final, doté d’une fugue dantesque et d’un enchevêtrement de contrepoints, l’édifice est achevé, l’orchestre atteint une incroyable puissance.

Sous la baguette de Marek Janowski, les musiciens semblaient portés par une force supérieure qui tenait autant à la musique qu’à la direction d’orchestre. Il fallait voir – et entendre – la houle des violons, entraînée au premier rang par Liza Kerob, l’une des solistes que Marek Janowski recruta en l’an 2000. Il fallait entendre aussi le hautboïste Matthieu Bloch porter le message quasi religieux que Bruckner avait confié à son instrument. Les traits de la flûtiste Raphaëlle Truchot lui apportaient une réplique douce et lumineuse. Plus tard, dans le final, les appels de clarinette de Diana Sampaio, ceux du cor d’Andrea Cesari, semblaient mettre tout l’orchestre en mouvement. Et là-haut, derrière l’impressionnant pupitre des cuivres, les trémolos pianissimo des timbales de Julien Bourgeois retenaient l’attention de la salle entière avant de se transformer en un fracas d’Apocalypse.

Ainsi triomphait la symphonie de Bruckner — mélange de prière et d’orage. Non, on n’est pas près de l’oublier.

André PEYREGNE
4 octobre 2026

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