Avignon succombe aux charmes de la Belle Hélène de Julie Robard-Gendre

Avignon succombe aux charmes de la Belle Hélène de Julie Robard-Gendre

©Studio Delestrade – Avignon

Créée en 2024 dans cette forme, la mise en scène d’Olivier Desbordes déploie des moyens limités mais efficaces. Cela commence par Philocome qui fait la quête dans la salle pour la Croix-Rouge, mais les spectateurs ne sont vraiment pas généreux et aucun ne donne parmi les premiers rangs. Calchas, à qui l’on montre le très maigre butin, lâche que ce n’est pas « avec ça qu’on achèvera la construction du Pont d’Avignon »… l’une des rares adaptations de la production à la série de représentations avignonnaises, la soirée du samedi ayant été ajoutée par rapport à la programmation initiale.

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©Studio Delestrade – Avignon

On avoue que le premier acte n’est pas celui qui nous séduit le plus : une image projetée fait le fond de décor, en commençant par le Palais des Papes, un podium étant placé en milieu de scène, avec deux écrans de part et d’autre qui restituent certaines animations vidéo. On n’échappe alors pas aux inévitables échanges de messages internet pendant que manifestent les « pleureuses d’Adonis » du livret, ici des femmes qui arborent des écriteaux « #MiTou ».

Hélène est une dame du monde en tailleur vert strict et chapeau, puis les rois de la Grèce ont plutôt l’allure de membres de la famille royale britannique, le fond de scène montrant alors Buckingham Palace où flotte le drapeau français sur le toit… la touche bleu-blanc-rouge étant apparemment ajoutée en raison des Jeux Olympiques de Paris en 2024. Pour le reste, on est moins étonné par Oreste qui chante « Au cabaret du labyrinthe » en même temps qu’il danse dans un night-club éclairé par de modestes animations lumineuses. Quand Pâris, le faux berger, déroule son air « Au mont Ida », la troisième femme est en fait un homme qui fait admirer ses jambes, avant que ne défilent plus tard en film animé des moutons qui galopent… ainsi qu’une poule qui fait bien rigoler le public.

L’humour fonctionne mieux à notre sens au cours des deux actes suivants, en se rapprochant plus simplement du comique de situation du livret, avec parfois de petits passages plus potaches, mais également bienvenus. Le retour au deuxième acte de Ménélas en habits de skieur, bronzage masque autour des yeux et arborant son flocon est très drôle, tout comme le jeu pendant le III qui culmine avec le départ d’Hélène et Pâris en avion de la compagnie « S’y tair ».

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©Studio Delestrade – Avignon

La distribution vocale comporte de très bons éléments, en tête l’Hélène de Julie Robard-Gendre, grande voix d’opéra grave et profonde, y compris pour ses dialogues en voix parlée. Malgré certaines petites nasalités, on apprécie le Pâris de Raphaël Jardin, ténor au son bien concentré et qui projette avec suffisamment de puissance dans ce théâtre. Ses aigus ajoutent à la qualité, par exemple celui qui conclut « Au mont Ida », longuement tenu. En Pâris, l’autre ténor Carl Ghazarossian est sans doute un peu moins volumineux, mais d’un style appliqué, ceci valant aussi pour la diction du texte. Thibault de Damas assure avec humour en Agamemnon, Jean-Vincent Blot développe un vigoureux Calchas, un peu plus fragile toutefois dans le registre le plus aigu et Lamia Beuque en Oreste chante ses deux airs avec un bel abattage, le second au troisième acte en DJ qui mixe pour des danseurs qui dégagent une folle énergie.

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©Studio Delestrade – Avignon

La restitution musicale de la cheffe Chloé Dufresne est excellente, fidèle à la partition et sans verser dans le style pompier, mais donnant aussi régulièrement une impulsion où souffle un petit vent de folie. L’Orchestre national Avignon-Provence fait un sans-faute technique, variant aussi certaines nuances, par exemple en prenant piano la deuxième ou troisième strophe de plusieurs airs. Les nombreuses interventions enthousiastes et rythmiquement bien en place du Chœur de l’Opéra Grand Avignon participent enfin au succès général.

Irma FOLETTI
13 juin 2026

La Belle Hélène, opéra-bouffe de Jacques Offenbach
Opéra Grand Avignon

Direction musicale : Chloé Dufresne
Mise en scène : Olivier Desbordes
Costumes : Stella Croce
Vidéo : Clément Chébli
Lumières : Simon Gautier
Chef de Chœur : Alan Woodbridge
Études musicales : Franck Villard 

Hélène : Julie Robard-Gendre
Pâris : Raphaël Jardin
Ménélas : Carl Ghazarossian
Agamemnon : Thibault de Damas
Calchas : Jean-Vincent Blot
Oreste : Lamia Beuque
Achille : Frédéric Caussy
Ajax 1 : Alain Iltis
Ajax 2 : Etienne Prost
Parthenis : Agnès Menard
Léaena : Clélia Moreau
Bacchis : Laura Darmon Podevin
Philocome : Linfeng Zhu

Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre national Avignon-Provence

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