Au cloître de Cimiez, le sacre de l’été.

Au cloître de Cimiez, le sacre de l’été.

mercredi 29 juillet 2026

©AP

Les concerts du cloître du monastère de Cimiez à Nice ont un charme qui leur est propre dans leur cadre de murs anciens et leur environnement de jardins.

A l’heure bénie où le jour s’efface et où la chaleur se retire, la musique semble naître de la nuit. Les artistes y sont des professeurs de conservatoires prestigieux (dont celui de Paris) qui enseignent à l’Académie internationale d’été de Nice.

L’autre soir, le pianiste Denis Pascal y interpréta un florilège de pièces d’Erik Satie. Il fit cela avec une qualité de style, une élégance de phrasé, une beauté du toucher qui rendit justice à une musique pleine de raffinement dont les titres incongrus expriment mal la vraie valeur (« Embyons desséchés », « Préludes flasques », etc.).

Un mot vient à l’esprit pour qualifier l’interprétation que donna ensuite la flûtiste Claude Lefèbvre de la Ssonate de Prokofiev : la « classe » ! Que cette flûtiste joue avec aisance les traits virtuoses de cette œuvre, rien de plus normal ! Mais elle donne en plus à chaque phrase un poids d’humanité, une noblesse intérieure. Claude Lefèbvre est une grande dame de la flûte française.

Vint enfin le Sacre du Printemps de Stravinsky dans une version pour deux pianos et percussion. Ce fut un grand moment. Les deux pianistes Marie-Josèphe Jude et Michel Béroff, représentent, on le sait, le beau et grand piano français. Ils sont rompus à tous les styles, du baroque au moderne, et peuvent vous monter un Stravinsky en deux répétitions ! Ils faisaient jaillir de leurs claviers une profusion de rythmes, d’accents, de couleurs qui nous réjouit. Ils avaient à leurs côtés Philippe Serra, timbalier du Philharmonique de Nice, et Clarissa Severo de Borba, nouvelle directrice du conservatoire de Nice. On admira les solos spectaculaires du premier. Chaque frappe donnait du relief à la musique, élargissait l’espace, remuait les vieilles pierres du monastère. De son côté Clarissa Severo de Borba, en parfaite musicienne, dosait ses effets : ici quelques tintements légers, là le murmure d’une percussion discrète, ailleurs les froissements subtils d’une cymbale et puis des déchaînements de tom ou de grosse caisse dignes des orages que, jadis, Jupiter déclenchait sur son Olympe.

A un moment, la cloche du cloître sonna l’heure : l’intrusion de cette sonnerie chrétienne au milieu d’une musique incandescente de cérémonie païenne eut quelque chose de réjouissant, d’œcuménique. On célébrait un sacre particulier : celui de l’été !

André PEYREGNE
29 juillet 2026

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