L’un des derniers grands monuments du romantisme allemand
Au sein du riche catalogue des œuvres de Richard Strauss, Die Frau ohne Schatten (La Femme sans ombre) occupe une place tout à fait singulière. Conçu avec son fidèle librettiste Hugo von Hofmannsthal comme une vaste épopée allégorique, l’ouvrage apparaît souvent comme l’aboutissement de la première manière du compositeur, celle qui succède aux triomphes de Salomé, Elektra et Der Rosenkavalier. Créé en 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale, cet opéra conjugue les fastes orchestraux du post-romantisme, la richesse harmonique straussienne et une réflexion philosophique et psychanalytique sur la condition humaine, la fécondité, le sacrifice, la culpabilité et la rédemption.
Bien davantage qu’un simple conte symbolique, La Femme sans ombre est également conçue par Richard Strauss et son librettiste Hugo von Hofmannsthal comme un immense hommage à deux des plus grands génies de l’histoire de l’opéra allemand : Wagner et Mozart.
De Wagner, les deux auteurs retiennent la dimension impressionnante du drame musical. L’orchestre, d’une richesse inouïe, déploie une matière sonore d’une puissance exceptionnelle, héritière directe de L’Anneau du Nibelung ou de Parsifal. Les amples développements symphoniques, l’utilisation d’un réseau complexe de leitmotivs, la permanence du flux orchestral et la démesure des effectifs confèrent à La Femme sans ombre l’allure d’une véritable fresque lyrique où l’orchestre devient le principal vecteur de l’action dramatique. Rarement Strauss aura porté aussi loin cette ambition de créer un univers sonore aussi titanesque que raffiné.
Mais Hofmannsthal souhaitait tout autant renouer avec l’esprit de La Flûte enchantée de Mozart. Comme le chef-d’œuvre mozartien, La Femme sans ombre dépasse le simple récit merveilleux pour devenir un vaste démonstration philosophique où deux mondes – celui des esprits et celui des humains – se répondent sans cesse. Les épreuves successives imposées aux personnages, leur cheminement intérieur, la quête de la sagesse, de l’amour véritable, de la fidélité et de l’accomplissement de l’être rappellent directement le parcours initiatique de Tamino et Pamina. Derrière la féerie, les symboles et les métamorphoses se cache une profonde introspection sur le sens de l’existence, du pardon, du bonheur et de la transmission de la vie. À l’image de La Flûte enchantée, le « merveilleux » n’est jamais une fin en soi : il constitue le langage poétique d’une méditation universelle sur l’humanité.
C’est précisément cette double filiation, entre la monumentalité wagnérienne et l’humanisme philosophique de Mozart, qui fait de La Femme sans ombre l’un des sommets absolus du théâtre lyrique du XXᵉ siècle.
Dans l’histoire de l’opéra, peu d’œuvres atteignent une telle ambition. Certains y voient le testament du romantisme allemand, d’autres le pendant straussien de la Tétralogie wagnérienne tant par ses dimensions, ses exigences vocales que par la complexité de son langage musical. Véritable Everest pour les maisons d’opéra, La Femme sans ombre réclame une distribution au sommet, un orchestre d’une virtuosité absolue et une direction musicale capable de maintenir la cohérence dramatique durant près de quatre heures.
Le Festival d’Aix-en-Provence relevait cette saison ce défi considérable en confiant la mise en scène à Barrie Kosky et la direction musicale à Klaus Mäkelä, dont il s’agit du véritable baptême du feu dans cette partition redoutable à la tête de l’Orchestre de Paris.

Barrie Kosky, metteur en scène prolifique et remarquable directeur d’acteurs
À la tête de cette nouvelle production, Barrie Kosky confirme une fois encore qu’il compte parmi les plus grands metteurs en scène de notre époque, maître de l’image comme en témoigne ci- dessus la photo du ballet de ces femmes sans tête.
Rares sont aujourd’hui les metteurs en scène capables d’embrasser, avec une égale réussite, l’ensemble du répertoire théâtral et lyrique. Barrie Kosky appartient incontestablement à cette catégorie d’artistes d’exception. Au théâtre, il passe avec la même aisance d’Euripide à Brecht, de Shakespeare à Eugène O’Neill via Molière. À l’opéra, son champ d’action est tout aussi impressionnant, puisqu’il couvre plus de quatre siècles de création, de Monteverdi à Ligeti, en passant par Mozart, Wagner, Verdi, Janáček, Strauss ou Chostakovitch. Artiste d’une curiosité insatiable, avec une lecture profondément personnelle, doublée d’une direction d’acteurs d’une rare précision. Barrie Kosky aborde chaque œuvre avec une intelligence dramaturgique qui renouvelle constamment le regard porté sur les grands chefs-d’œuvre.
Son éclectisme ne s’arrête pas aux frontières du grand opéra. Barrie Kosky a ainsi largement contribué à la renaissance de l’opérette en ressuscitant des ouvrages injustement oubliés, tels que Les Perles de Cléopâtre d’oscar Straus, Ball im Savoy de Paul Abraham ou le magnifique Frühlingsstürme de Jaromír Weinberger, dont la production berlinoise de 2020, heureusement immortalisée par un DVD, demeure une référence sans oublier La Chauve Souris, Orphée aux enfers ou Les Brigands. Il a également porté la comédie musicale à un niveau d’excellence rarement atteint sur une scène lyrique européenne avec des productions devenues légendaires de Kiss Me Kate, Sweeney Todd, La Cage aux folles, Candide, West Side Story (que nous avons tout particulièrement apprécié à l’Opéra du Rhin) ou encore Anatevka (Un violon sur le toit).
Cette exceptionnelle diversité s’est pleinement affirmée au cours des dix années (2012-2022) durant lesquelles il a dirigé le Komische Oper de Berlin. Sous son impulsion, cette institution est devenue l’une des maisons d’opéra les plus créatives et les plus admirées d’Europe, conciliant l’exigence artistique la plus élevée avec une remarquable ouverture à tous les publics.

Une scénographie « symboliste » qui fait écho à l’univers du Ring
La scénographie imaginée par Michael Levine repose sur une idée d’une grande force symbolique. Au lever du rideau, un immense cube entièrement noir occupe l’espace. Lorsqu’il se soulève, il révèle une vaste structure métallique à plusieurs niveaux, semblable à une tour d’échafaudage en l’occurrence surpeuplée, où s’entasse une multitude de personnages. Cette vision impressionnante évoque irrésistiblement le monde souterrain des Nibelungen que Richard Wagner explore dans sa Tétralogie : un univers sombre, grouillant, oppressant, dominé par la matière, le travail et la condition humaine.
À l’opposé, les apparitions de l’Empereur et de l’Impératrice s’inscrivent dans un espace beaucoup plus épuré, presque immatériel, qui renvoie à une dimension spirituelle et supérieure. Cette opposition entre deux mondes n’est pas sans rappeler celle qui structure le Ring entre le royaume des dieux et celui des Nibelungen.

Il est difficile de ne pas voir dans cette « parenté dramaturgique » l’une des nombreuses sources d’inspiration de Hugo von Hofmannsthal et de Richard Strauss, qui rendaient déjà hommage à Wagner tout en élaborant leur propre conte philosophique. Pour ce qui les concerne, Barrie Kosky et Michael Levine traduisent avec une remarquable intelligence cette dualité fondamentale, donnant ainsi une lisibilité immédiate aux différents niveaux de lecture de l’ouvrage et renforçant la portée symbolique de cette fascinante Femme sans ombre.
La scénographie, volontairement épurée, laisse ainsi toute sa place aux interprètes tandis que les lumières de Franck Evin, d’une remarquable subtilité, sculptent les différents univers imaginaires qui se succèdent au fil des trois actes.

Une mise en scène qui privilégie un « théâtre intérieur » fascinant
Au-delà de sa culture encyclopédique, ce qui frappe avant tout chez Barrie Kosky, quelle que soit l’œuvre abordée, est la précision avec laquelle ce metteur en scène s’attache à pénétrer la psychologie des personnages et à construire un véritable « théâtre des émotions ». Plus que l’effet spectaculaire, il privilégie l’exploration des conflits intérieurs, s’appuyant sur une direction d’acteurs d’une rare acuité. C’est précisément cette approche qui irrigue la lecture de cette nouvelle production de La Femme sans ombre, où la richesse métaphorique imaginée par Hofmannsthal se conjugue avec une passionnante exploration de l’âme humaine doublée d’une profonde intensité émotionnelle. Ici chaque personnage existe avec une vérité saisissante, chaque geste participant à la dramaturgie, chaque regard devenant signifiant.
L’intention de Barrie Kosky n’est aucunement d’illustrer littéralement le conte imaginé par Hofmannsthal : il le précise clairement dans sa note d’intention : « La pire chose qu’on puisse faire avec La Femme sans ombre c’est de rendre l’œuvre nette, ordonnée, cohérente. Si vous essayez de totalement la démêler elle vous filera sous les doigts. Tout s’effondrera. Il faut embrasser ses contradictions … Et la scène est un lieu idéal pour explorer le rêve. Sur scène nous pouvons tordre le coup à la logique rationnelle, le temps et l’espace d’une manière qu’aucun autre art ne permet »
Barrie Kosky choisit donc avant tout d’explorer cette dimension psychologique, voire psychanalytique, de La Femme sans ombre. Le merveilleux imaginé par Hofmannsthal demeure bien présent, mais il est constamment filtré à travers l’inconscient, les rêves, les angoisses et les conflits intérieurs des personnages. Le désir d’enfant, la peur du sacrifice, les tensions du couple ou encore la difficile conquête d’une véritable humanité deviennent les véritables moteurs de l’action dramatique. La frontière entre réalité, rêve et imaginaire se fait volontairement poreuse, le spectacle se construisant autour d’une succession d’images d’une puissance exceptionnelle, parfois inquiétantes, mais toujours d’une incontestable efficacité théâtrale.

Cette envoutante vision trouve son aboutissement au troisième acte lorsque le décor s’efface entièrement au profit d’un immense plateau immaculé, baigné d’une lumière blanche presque aveuglante. Ce vaste espace devient un « labyrinthe mental » dangereux autant que salvateur où les protagonistes semblent errer à la recherche les uns des autres autant que d’eux-mêmes. Au centre de cette scénographie apparaît une gigantesque tête de plâtre renversée, image saisissante dont le symbolisme demeure multiple. De ses yeux et de sa bouche jaillit une eau étincelante faite d’éclats argentés, véritable fontaine de vie et de régénération, tandis que cette même tête – pour autant menaçante par ses poignards dardés – constitue également le refuge du « mystérieux » Père, cette figure omniprésente mais invisible évoquée tout au long de l’ouvrage. Barrie Kosky atteint ici l’un des sommets de sa conception symboliste, mêlant références surréalistes et univers onirique dans lequel le rêve, le cauchemar et les hallucinations se confondent sans cesse. C’est également dans ce lieu hors du temps et de l’espace que surgissent les enfants tant attendus, revêtus des mêmes costumes que les protagonistes, mais volontairement vieillis, comme si le metteur en scène abolissait toute chronologie pour suggérer que passé, présent et avenir se rejoignent dans une même quête de transmission et d’accomplissement de l’être humain.

Klaus Mäkelä triomphe de l’immense fresque orchestrale
L’un des événements majeurs de cette production demeure incontestablement la direction musicale de Klaus Mäkelä.
À la tête d’un Orchestre de Paris somptueux, le jeune chef finlandais fait preuve d’une maturité impressionnante face à cette partition gigantesque. L’équilibre entre les pupitres apparaît constamment maîtrisé, les masses orchestrales conservent leur transparence sans jamais sacrifier la puissance dramatique, tandis que les infinies couleurs de l’orchestration straussienne trouvent ici une lisibilité remarquable.
L’immense architecture de l’œuvre ne se disloque jamais. Les longues progressions symphoniques, les épisodes chambristes comme les explosions orchestrales s’enchaînent avec une remarquable fluidité, donnant toute sa cohérence à ce vaste poème lyrique.
Cette direction fulgurante confirme les qualités exceptionnelles d’un chef qui s’impose désormais parmi les grandes personnalités musicales de sa génération.

Une distribution réunissant plusieurs des meilleurs interprètes straussiens actuels
La réussite d’une entreprise aussi ambitieuse repose également sur son plateau vocal. La distribution réunie par le Festival d’Aix-en-Provence s’impose comme l’une des plus prestigieuses que l’on puisse aujourd’hui réunir pour cet ouvrage, chaque interprète figurant parmi les grandes références internationales de son emploi.

Ambur Braid livre une incarnation saisissante et d’une rare puissance théâtrale et vocale de la Teinturière. La soprano canadienne, dont la carrière connaît un essor remarquable sur les grandes scènes européennes et nord-américaines, s’est particulièrement distinguée dans les répertoires de Wagner, Strauss, Britten, Janáček, Schreker ou encore Berg. Dotée d’un physique adéquat, son intensité théâtrale et vocale alliée à une technique souveraine, à une projection impressionnante et à un timbre chaleureux rendent parfaitement les contradictions de cette femme déchirée entre frustration, désir de liberté et aspiration à une réconciliation intérieure en faisant progressivement évoluer le personnage vers une bouleversante rédemption.

Vida Miknevičiūtė compose une Impératrice mêlant fragilité et puissance. Sa ligne de chant demeure constamment souveraine jusque dans les passages les plus périlleux .La soprano lituanienne s’est imposée ces dernières années comme l’une des plus remarquables interprètes du répertoire germanique, notamment grâce à ses incarnations de Chrysothémis dans Elektra, d’Elisabeth dans Tannhäuser, d’Elsa dans Lohengrin, d’Agathe dans Der Freischütz, d’Eva dans Les Maitres Chanteurs de Nuremberg ou encore de Sieglinde de La Walkyrie au Festival de Bayreuth et dans le récent Ring de la Scala de Milan.
Son timbre lumineux, la sûreté de ses aigus et son engagement dramatique donnent au personnage une grandeur presque mystique, parfaitement conforme à la vision imaginée par Hofmannsthal et Strauss.1

Le personnage profondément humain de Barak bénéficie de la présence chaleureuse de Brian Mulligan. Le baryton américain est devenu un interprète recherché des grands emplois verdiens, straussiens et contemporains. Très apprécié notamment dans Wozzeck, Falstaff, Rigoletto, Macbeth ou Dead Man Walking. Doté d’une riche couleur vocale et d’une articulation parfaite il apporte ici une générosité profondément émouvante au teinturier imaginé par Hofmannsthal, faisant de Barak le véritable cœur moral de l’ouvrage.

Nina Stemme dessine avec beaucoup d’acuité une nourrice inquiétante, à l’instar d’une inquiétante et sombre Mrs. Danvers dans Rebecca d’Alfred Hitchcock – comme le soulignait opportunément le conférencier dans son avant-propos du spectacle –. La grande soprano suédoise appartient depuis plus de deux décennies au cercle très restreint des immenses tragédiennes wagnériennes de notre époque : Isolde, Brünnhilde dans le Ring, Kundry de Parsifal, Elektra ou encore Turandot constituent quelques-uns des sommets d’une carrière menée sur les plus grandes scènes, de Bayreuth au Metropolitan Opera, de Vienne à Covent Garden. Aujourd’hui, la richesse de son expérience théâtrale confère à la Nourrice une autorité et une noirceur psychologique absolument fascinantes.

Sur son cheval à bascule aux lames acérées d’acier et dans le rôle de l’empereur, le ténor Michael Spyres confirme la place singulière qu’il occupe aujourd’hui dans le monde lyrique pour avoir construit une carrière en abordant un vaste répertoire voué aussi bien au répertoire rossinien et français qu’aux grands emplois héroïques allemands. Après avoir marqué les scènes internationales dans Les Troyens, Benvenuto Cellini, La Damnation de Faust, Guillaume Tell ou encore Fidelio son Empereur allie élégance de la ligne et remarquable intelligence du texte.
Autour de ces cinq protagonistes gravitent enfin d’excellents comprimari, remarquablement distribués, qui contribuent à la parfaite homogénéité d’un plateau vocal d’une qualité exceptionnelle, digne des plus grandes soirées straussiennes de ces dernières années.
Une nouvelle référence pour La Femme sans ombre
En programmant cette œuvre monumentale, le Festival d’Aix-en-Provence confirme sa vocation à proposer les plus grandes partitions du répertoire dans des conditions artistiques exceptionnelles.
La rencontre entre l’imaginaire théâtral de Barrie Kosky, l’autorité musicale déjà impressionnante de Klaus Mäkelä et une distribution internationale de premier ordre aboutit à une réalisation appelée à marquer durablement l’histoire de l’emblématique Festival d’Aix-en-Prorvence.
Cette Femme sans ombre rappelle, en outre, combien Richard Strauss demeure l’un des derniers géants de l’opéra européen, capable d’unir la luxuriance orchestrale, la profondeur philosophique et l’émotion théâtrale dans une synthèse qui continue, plus d’un siècle après sa création, d’exercer une fascination intacte à laquelle a répondu une longue et vibrante standing ovation de la part d’un public enthousiasmé par une production qui marquera les annales du Festival.
Christian JARNIAT
9 Juillet 2026
1 Au hasard de nos voyages lyriques, nous avions déjà eu l’occasion de découvrir la soprano lituanienne Vida Miknevičiūtė durant l’été 2018, au Festival de Mörbisch, en Autriche. À cette époque, cette prestigieuse manifestation, installée sur les rives du magnifique lac de Neusiedl, était encore entièrement consacrée à l’opérette et accueillait près de 6 000 spectateurs chaque soir dans son spectaculaire théâtre de plein air. La soprano y incarnait avec un éclat remarquable le rôle-titre de La Comtesse Maritza d’Emmerich Kálmán, révélant déjà les qualités vocales et théâtrales qui caractérisent aujourd’hui sa carrière internationale. Un enregistrement vidéo, paru en DVD, conserve le témoignage précieux de cette magnifique prestation dans un répertoire bien différent de celui de La Femme sans ombre, démontrant ainsi l’étendue et la remarquable polyvalence de son talent.
Direction musicale : Klaus Mäkelä
Mise en scène : Barrie Kosky
Scénographie : Michael Levine
Costumes : Victoria Behr
Lumières : Franck Evin
Dramaturgie : Antonio Cuenca Ruiz
Distribution :
L’Empereur : Michael Spyres
L’Impératrice : Vida Miknevičiūtė
La Nourrice : Nina Stemme
Barak : Brian Mulligan
La Teinturière : Ambur Braid
Le Messager des Esprits, une voix de veilleur : Jean-Sébastien Bou
Le Borgne, une voix de veilleur : Tomasz Kumiega
Le Manchot, une voix de veilleur : Daniel Miroslaw
Le Bossu, l’Apparition du jeune homme, une voix de veilleur : Robert Lewis
La Voix du faucon : Ella Taylor
La Voix venue d’en-haut : Héloïse Mas
Les Servantes : Laurence Pouderoux, Eugénie Lefebvre, Laura Jarrell
Orchestre de Paris
Chœur de l’Orchestre de Paris (direction : Richard Wilberforce)














