Vous êtes à la fois directrice artistique d’un festival lyrique et d’une compagnie chorégraphique. Comment décririez-vous votre double rôle ?
C’est une position exigeante mais très stimulante. Le festival lyrique me permet de travailler sur des œuvres vocales, souvent inscrites dans une tradition forte. Tandis que ma compagnie m’offre un espace de création plus libre et contemporain. Les deux se nourrissent mutuellement.

Quelle est votre vision artistique pour le festival lyrique1 ?
Je cherche à créer un dialogue entre tradition et modernité. Le festival n’est pas seulement un lieu de reproduction du répertoire, mais un espace vivant où les ouvrages peuvent être ré-interprétés, re-visités, parfois même confrontés à d’autres disciplines artistiques comme la danse, les arts visuels, le théâtre contemporain.
Et pour votre compagnie chorégraphique ?
La compagnie est un laboratoire. J’y explore des écritures du corps, des formes hybrides, et souvent des croisements avec la musique live où les voix comme dans mon Requiem de Mozart ou corpus Requiem !2 cette création tourne depuis 4 ans et se joue en version quatuor à cordes avec danseurs, mais cette année j’y ajoute des voix de solistes et chœurs, notamment dans le cadre de ma programmation hivernale du festival, soit le 7 novembre.
Ce sera une magnifique soirée que j’ai programmée en hommage à la danseuse et amie Laetitia Vouille-Antonin qui nous a quittés en septembre. Mon travail chorégraphique est lié à la musicalité, ce qui fait écho naturellement à mon engagement dans le lyrique.
Comment articulez vous concrètement ces deux univers ?
J’essaie de créer des ponts. Par exemple certains danseurs des la compagnie peuvent intervenir dans des productions lyriques ou bien des chanteurs participent à des projets chorégraphiques. Cette transversalité permet de décloisonner les pratiques et d’ouvrir de nouvelles perspectives artistiques.
Quelles sont les principales responsabilités en tant que directrice artistique ?
Elles sont multiples : définir une ligne artistique, choisir les œuvres et les artistes, accompagner les créations mais aussi l’expérience du public. Il y a une dimension stratégique, mais aussi humaine car il s’agit de fédérer des équipes autour d’une vision commune.
Qu’est-ce qui vous inspire dans votre travail ?
Les rencontres avant tout : avec les artistes, avec les équipes, le public. Mais aussi les œuvres elles-mêmes, qu’elles soient classiques ou contemporaines. Et puis le mouvement qu’il soit vocal ou corporel, reste au cœur de mon inspiration.
Quel regard portez vous sur l’évolution du festival lyrique aujourd’hui ?
Il évolue vers plus d’ouverture. Les frontières entre discipline s’effacent, les formats se réinventent et le public est de plus en plus curieux. C’est une période intéressante car elle permet et elle pousse à expérimenter d’autres façons de penser le lyrique aujourd’hui.
Un mot pour conclure ?
Je dirais que mon travail consiste à créer des espaces de rencontre entre les arts, entre les artistes et entre la scène et le public. C’est une circulation qui donne du sens à mon engagement artistique.
Propos recueillis par Christian Jarniat
1Photo de La Veuve Joyeuse programmée au lors du festival 2024.Mise en Scène : Jean-François Vinciguerra, direction d’orchestre Didier Benetti, Chorégraphies Estelle Danvers. Chœurs et danseurs du festival.
2Le Requiem de Mozart, création qui tourne maintenant depuis 4 ans en version quatuor à cordes ( Quatuor Adélys ).Ce Requiem sera donné dans le cadre de la programmation hivernale à Aix les Bains le 7 novembre 2026 prochain, en ajoutant aux 7 danseurs et au quatuor à corde, les chœurs du festival et un quatuor vocal composé de Amélie Robins, Ahlima Mhamdi, Florian Laconi, Jean-François Vinciguerra.







