Werther de Massenet par Benjamin Bernheim, un double CD (2 CD) sous le label Deutsche Grammophon

Werther de Massenet par Benjamin Bernheim, un double CD (2 CD) sous le label Deutsche Grammophon

lundi 2 novembre 2026

Heureuse surprise d’une multinationale du disque que cette parution du Werther de Jules Massenet avec Benjamin Bernheim dans le rôle-titre.

J’en ai parlé lors de la parution chez Decca de Marina de Giordano (cf. Résonances Lyriques) : les nouveautés discographiques chez Universal, qui englobe Deutsche Grammophon, Decca ainsi que l’ancien catalogue Philips, sont désormais rarissimes, au rythme d’environ une par an. Lorsqu’elles voient le jour, il convient donc de s’en féliciter.

Fixer pour la postérité l’interprétation de Benjamin Bernheim est une autre raison de se réjouir de cette nouvelle édition, car il serait grand temps que les firmes discographiques se décident également à immortaliser ses interprétations de Roméo et de Des Grieux (Hoffmann étant fait, grâce à l’édition vidéo des Contes d’Hoffmann enregistrés à Salzbourg).

En partenariat avec C Major (probablement pour une prochaine édition vidéo), voici donc un bel enregistrement de la partition du compositeur stéphanois, réalisé sur le vif lors des représentations de Werther au Théâtre des Champs-Élysées, en mars-avril 2025, dans la mise en scène de Christof Loy. Des représentations dont notre collaboratrice Cécile Beaubié avait rendu compte dans Résonances Lyriques.

Benjamin Bernheim — outre sa superbe diction — nous offre un Werther qui subjugue dès son air d’entrée « Ô Nature, pleine de grâce » ; chaque inflexion, chaque mot, chaque intonation est sublimé par ce timbre reconnaissable entre tous, fait de lumière et de teintes mordorées.

Toute son interprétation sera au diapason, avec une intériorité et une sensibilité remarquables, et des aigus solaires.

Werthet verso DGG

Sa Charlotte, c’est ici Marina Viotti ; son beau timbre sombre et chaleureux convient idéalement au rôle, et sa flamme libératrice est puissante.

Tout juste peut-on lui reprocher un excès de projection vocale au détriment de la prononciation. C’est certes dommage, mais ce n’est pas rédhibitoire.

Albert est ici confié au beau baryton Jean-Sébastien Bou. Lui aussi, sa diction exemplaire, alliée à une voix dans la plénitude de ses moyens, témoigne d’une interprétation intelligente et sensible du rôle pourtant ingrat de l’époux résigné.

Sophie, c’est Sandra Hamaoui qui, à l’encontre des sopranos piquantes souvent distribuées dans ce rôle, interprète ici son personnage avec un timbre chaleureux et rond et une belle sensibilité, donnant une belle réplique à sa sœur Charlotte.

Le Bailli, personnage rassurant dans cet univers déstabilisé, est absolument bien interprété et chanté par le sonore Marc Scoffoni.

Marc Leroy-Calatayud dirige l’orchestre sur instruments d’époque Les Siècles et, comme lors des représentations de Werther en janvier dernier à l’Opéra-Comique, dirigées par Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion, on retrouve cette rondeur de son qui donne à l’ouvrage un aspect bien plus sombre qu’avec un orchestre symphonique sur instruments modernes.

Ici, Marc Leroy-Calatayud offre une lecture inspirée, tourmentée à souhait et cependant très nuancée, n’hésitant pas à déchaîner les grondements de l’âme ou, au contraire, à faire ressortir les délicats sourires de l’acte I.

On n’oubliera pas de sitôt ici le merveilleux solo de saxophone d’une expressivité sublime, dans l’air des « Larmes » que chante Charlotte à l’acte III, par l’excellent saxophoniste Sylvain Malezieux.

La participation de la Maîtrise des Hauts-de-Seine est remarquable par sa luminosité et sa fraîcheur.

Bien chantés — mais on en a connu de plus marquants —, les compères Johann et Schmidt, interprétés par Yuri Kissin et Rodolphe Briand, ainsi que Kätchen et Brühlmann, confiés à Johanna Monty et Guilhem Begnier, défendent honorablement les quelques notes que leur réserve la partition.

Enfin, lors de la première écoute, j’avais remarqué que certains passages n’étaient pas ce que l’on entend habituellement dans cette œuvre, notamment dans le duo de la scène finale, et après consultation du livret accompagnant, dans la note de rédaction rédigée par… Alexandre Dratwicki (tiens-tiens, Bru Zane…), on comprend que nous écoutons ici pour la première fois l’enregistrement de la première mouture de l’œuvre. Cela aurait pu être inscrit en exergue sur ce nouvel album.

werther DGG

L’édition Deutsche Grammophon, par ailleurs, est plutôt simple (pas de livret imprimé, et juste un boîtier plastique double), et si ce n’est la belle photo de couverture de Bernheim en contre-jour, accompagnée de la célèbre étiquette jaune, il n’y a pas grand-chose à en dire.

Mais, somme toute, élégamment présenté, le contenu en est vraiment précieux.

Une nouvelle version qui vient donc enrichir une discographie déjà abondante, mais qui se révèle indispensable à tout amoureux de Massenet et de son Werther.

Marc Jénoc


Jules Massenet (1842-1912) — Werther

Distribution

Direction musicale : Marc Leroy-Calatayud
Orchestre : Les Siècles

Werther : Benjamin Bernheim
Charlotte : Marina Viotti
Albert : Jean-Sébastien Bou
Sophie : Sandra Hamaoui
Le Bailli : Marc Scoffoni
Johann : Yuri Kissin
Schmidt : Rodolphe Briand
Kätchen : Johanna Monty
Brühlmann : Guilhem Begnier

Les Enfants : Maîtrise des Hauts-de-Seine

Enregistré au Théâtre des Champs-Élysées en mars et avril 2025.

2 CD — Deutsche Grammophon — Référence 774002

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