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Valses de Vienne à l’Odéon de Marseille

Valses de Vienne à l’Odéon de Marseille

samedi 13 janvier 2018
Christophe Berry et Amélie Robins – Photo Christian Dresse

Valses de Vienne (ou tout d’abord Walzer aus Wien), est, on le sait, un pur produit de fabrication confectionné par une équipe composée, pour la version originale allemande, de Alfred-Maria Wilner, Heinz Reichert, Ernst et Hubert Marischka à partir de valses, marches, polkas et mazurkas de Johann Strauss père et fils.
Il est d’ailleurs intéressant d’observer que certains des arrangements de cette version, créee à Vienne en 1931, sont signés Erich Wolfgang Korngold, l’un des compositeurs les plus doués de son temps, qui, fuyant le nazisme, partira à Hollywood dans les années 30.

Maurice Lehmann, illustre directeur du théâtre du Châtelet, qui avait entendu, en 1933, l’ouvrage à Londres, fraîchement débarqué de Broadway, dans sa version en anglais, « Wiener Waltz », en signera d’ailleurs une mise en scène somptueuse lors de la création parisienne du 21 décembre1933, au théâtre de La Porte St Martin, dans une distribution éclatante où André Baugé incarne Strauss junior, Pierre Magnier Strauss père, Lucienne Trajin, Rési et la grande Fanély Revoil, la Comtesse Olga. Le triomphe qui en résulte ne se démentira plus, surtout dès l’instant où « Valses de Vienne » passera au Châtelet, en 1941, théâtre dans lequel l’opérette connaîtra, jusqu’en 1974, 6 reprises. C’est au théâtre Mogador que seront données, en 1975 et 1977, les dernières reprises parisiennes à ce jour , même si l’ouvrage continuera à être régulièrement repris dans l’hexagone, en particulier au théâtre de l’Odéon, à Marseille, à Lyon et au festival d’opérettes de Nice…

Disons d’emblée que pour pleinement apprécier cette nouvelle reprise, il faut éviter de trop penser au style « opérette à grand spectacle » qui est pourtant bel et bien celui de « Valses de Vienne » ! On passera donc sur un décor sommaire qui se limite le plus souvent à des rideaux peints et ne facilite pas les déplacements des solistes et du chœur, contraints d’évoluer dans un espace pour le moins mouvant…
Si l’on peut être déçu de ne pas pouvoir applaudir dans sa totalité, à la fin de l’acte I, le ballet tiré de « La Valse de l’Empereur » (comme cela avait pu être le cas à Nice en 2012) ni l’ensemble des 24 numéros que compte l’intégralité de la partition (en particulier le magnifique air de la comtesse, « Quand l’amour nous ensorcelle », pourtant l’un des plus beaux de l’ouvrage…),  on a plaisir à entendre l’air de Rési « Je ne suis plus de votre rang », souvent coupé, tout comme celui de Strauss fils « La Gloire au fond, qu’est-ce-vraiment ? », curieusement chanté au premier acte, alors qu’il est mieux positionné au troisième, précisément au moment où la notoriété du musicien est devenue évidente et qu’il s’interroge sur les incidences du succès…

Les intermèdes chorégraphiques, parmi lesquels on peut citer les inusables « Beau Danube bleu », « Tritsch-Tratsch-Polka » et « Sous le tonnerre et les éclairs » sont particulièrement bien chorégraphiés par Estelle Lelièvre-Danvers et permettent d’apprécier les trois couples de danseurs réunis pour l’occasion.

Le plateau vocal de ces représentations est solide à commencer par la magnifique comtesse de Laurence Janot, auquel le rôle va comme un gant, et qui, comme toujours, fait preuve d’un bel abattage et d’un métier que l’on souhaite à nouveau saluer.

De même, Rési, la jeune première à laquelle revient la célébrissime valse « Tout est soleil, tout est printemps » (adaptée des « Légendes de la Forêt Viennoise »), trouve en Amélie Robins, non seulement un physique de jeune première mais surtout une interprète évidemment à son affaire dans la colorature d’agilité indispensable dans ce rôle, enregistré, on le sait, par des calibres tels que Mady Mesplé ou Mado Robin !

Quant à Strauss jr., rôle le plus souvent confié à un baryton aigu, il n’est pas à contre-emploi de le distribuer à un ténor tel que Christophe Berry dont nous avons trouvé la voix bien projetée et la prononciation superlative. Particulièrement à l’aise dans son duo du 1er acte avec la Comtesse, « Une fée a passé », malgré une tendance à donner ses aigus en force, l’interprète n’est pas ménagé par la partition où, entre ses airs et duos omniprésents, il chante également, avec aplomb, le très rare-et magnifique-« La Gloire au fond, qu’est-ce-vraiment ? »

De même, le couple de fantaisistes (Léopold et Pépi) trouve en Grégory Juppin et Julie Morgane des interprètes délicieux dont la complicité et la dynamique fonctionnent admirablement.

Pour conclure, disons que c’est l’homogénéité de ce spectacle, et l’élégante lecture orchestrale qu’en donne Bruno Membrey, qui restent à l’esprit, une fois la représentation terminée.

Hervé Casini
13 janvier 2018

Valses de Vienne

Direction musicale : Bruno Membrey, mise en scène : Jack Gervais et Sébastien Oliveros ; décors :Théâtre de l’Odéon ; costumes : Maison Grout ; avec : Amélie Robins (Rési), Laurence Janot (La comtesse),Julie Morgane (Pépi), Jean-Claude Calon (Strauss père), Christophe Berry (Strauss fils), Grégory Juppin (Léopold) , Philippe Fargues (Ebeseder), Jacques Lemaire (Gogol), Antoine Bonelli (Wessely), Michel Delfaud (Dressler), Jean-Luc Epiltalon (Donmayer)

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