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Tosca à L’Holy Trinity Church à Cannes

Tosca à L’Holy Trinity Church à Cannes

samedi 28 janvier 2023
Cecilia Arbel et Jean-Christophe Brun. ©Bernard Allegretti

Pour ce nouvel évènement, les Liberi Cantori ont décidé de proposer une œuvre lyrique du grand répertoire quasiment dans son intégralité avec quelques textes de liaison (en français) parlés. Le choix s’est porté sur Tosca dans une version adaptée pour le piano et recentrée sur le drame de ces deux artistes amoureux, ballotés au milieu d’une révolution sanglante et impitoyable. Le chef-d’œuvre de Puccini inspiré par la célèbre pièce de théâtre de Victorien Sardou (créée à Paris avec Sarah Bernhardt en 1887) montre toutes les facettes de l’âme humaine, l’amour, la défense de la liberté jusqu’au sacrifice mais aussi les plus noires, la jalousie, le sadisme, la cruauté. Depuis sa création au Teatro Costanzi en 1900 à Rome, Tosca n’a jamais quitté les scènes des plus grands théâtres de la planète.
 
Monter une œuvre lyrique dans une église pose évidement une multitude de problèmes, ne serait-ce que celui de la scénographie, à moins de songer à y insérer des décors peu compatibles avec pareil lieu. Certes, Tosca se déroule pendant un acte entier (en l’occurrence le premier) dans une église ce qui facilite naturellement la tâche de l’exécuter à l’intérieur de pareil édifice. Mais le deuxième se passe dans le bureau du Chef de la police romaine Scarpia au Palais Farnese. On peut alors transformer l’autel en large bureau d’autant que les chandeliers qui figurent sur la table de travail serviront à l’héroïne qui les disposera auprès du cadavre de Scarpia lorsqu’elle l’aura assassiné pour éviter le viol que ce dernier s’apprêtait à lui faire subir après lui avoir promis de libérer son amant emprisonné, sous réserve de se donner à lui.
 
Guy Bonfiglio a adapté – avec le soin que l’on connait de cet artiste expérimenté et par ailleurs excellent metteur en scène – l’œuvre de Puccini en exploitant avec perspicacité l’espace assigné et en simplifiant la scénographie mais, en outre, en utilisant très astucieusement un grand écran où sont projetés, tout au long de l’action, non seulement les lieux où elle se déroule mais encore, comme dans un film, certains plans évoquant parfois d’autres aspects afin de susciter l’imaginaire du spectateur. Il faut, de ce point de vue, féliciter ceux qui ont, avec beaucoup de goût et de professionalisme réalisé cette vidéo (Jean-Charles et Cécilia Mourey) qui permet au plus profane de suivre et comprendre le scénario de cet intense drame lyrique
 
Reste le troisième acte celui du dénouement de cette horrible tragédie au cours de laquelle les trois principaux protagonistes trouvent la mort : Scarpia assassiné par Tosca, Cavaradossi fusillé et son amante Tosca se jetant dans le vide depuis la tour du Château Saint Ange. Guy Bonfiglio a donc, pour ce faire, joué avec l’abstraction, en projetant un ciel étoilé (« E lucevan le stelle », «Le ciel luisait d’étoiles »). Une sorte de rêve que l’on peut analyser comme une introspection du passé ou du futur des amants (ayant peut-être déjà basculé dans l’autre monde) et qui revivent leur vie et leurs espoirs (« Finché congiunti alle celesti sfere dileguerem siccome alte sul mare », « Jusqu’au moment où réunis aux sphères célestes, nous nous dissiperons sur la mer »). Dans cet univers poético-ésotérique, il n’y aura donc ni fusillade pour Mario, ni suicide pour Tosca. Une sorte de nymphe toute de noir vêtue et voilée de dentelles avec des fleurs dans les cheveux figure la mort. C’est elle qui conduit pas à pas Mario vers ce qui sera sa dernière demeure. Elle s’empare aussi de la protagoniste en l’attirant vers elle hors du public, hors de la vie. Seul rappel de la violence qui a baigné l’acte précédent et qui trouve son accomplissement fatal dans le final : la dernière image sur l’écran montre le visage de Tosca soudain envahi par un ruissellement de sang.
 
Cette mise en scène elliptique et efficace a été appréciée à juste titre et les spectateurs dans cette église archicomble ont longuement applaudi les interprètes particulièrement méritoires, à commencer par Cécilia Arbel (Tosca) dont on a pu suivre avec intérêt l’évolution vocale de soprano léger (elle avait chanté Valses de Vienne à l’Opéra de Nice) vers une voix plus spécifiquement de grand lyrique avec l’ample matériel qui convient à un tel rôle : médium corsé, graves sonores et aigus tranchants et aisés. La comédienne fait preuve d’un constant engagement et d’une indubitable sensibilité face à un partenaire qu’on ne cesse d’admirer pour la longévité de sa carrière, le nombre de rôles abordés et la voix qui reste d’une facilité déconcertante sur toute la tessiture. Le public avait apprécié l’été dernier le Turridu de Luca Lombardo dans Cavalleria Rusticana au Festival Opus Opéra de Gattières, il a ici particulièrement aimé ce ténor toujours aussi vaillant et chaleureux dans son rôle de Mario face au Scarpia du baryton Jean-Christophe Brun à la voix ample et au physique idéal pour incarner le sadique baron, chef de la police. Tout le reste de la distribution est plus qu’honorable : Michel Gallo (Cesare Angelotti), Léa Laude (le pâtre), Jean-Charles Mourey (Spoletta) flanqué de sa complice Cécile Macaudière qui fait également partie du chœur des femmes avec Elisabeth Aubert, Laurence Exertier et Patricia Schnell. Au piano Ludovic Selmi assure avec autant d’endurance que de talent, la version piano de la partition de Puccini. Fort de ce succès les Liberi Cantori peuvent envisager avec sérénité de proposer, dans un avenir proche, une saison composée d’œuvres intégrales aussi bien dans le domaine du drame lyrique que dans celui plus léger de l’opéra-bouffe.
 
 
Christian Jarniat
Le 28 janvier 2023
 
 
Adaptation et mise en scène : Guy Bonfiglio
Direction musicale et piano : Ludovic Selmi
Présentation : Christiane Payne
Création vidéo : Jean-Charles et Cécilia Mourey
Costumes : Elisabeth Aubert
Régie Générale : Eric Girauldon

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