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Théâtre National de Nice Le procès d’Antigone

Théâtre National de Nice Le procès d’Antigone

dimanche 4 octobre 2020
Photo C. Pellegrin

Après les mises en accusation de Médée et de Lady Macbeth, dans le cadre des « Rendez-vous du jardin » (Kiosque de la Promenade du Paillon), le Théâtre National de Nice poursuit chaque dimanche matin sa série de procès des personnages historiques ou mythologiques qui semblent avoir désormais trouvé, en la forme, leur vitesse de croisière. Rappelons que cette excellente initiative repose sur deux moteurs essentiels : le premier consistant à créer une véritable interactivité avec le public incité pour l’occasion à poser des questions comme pourrait le faire un juge, et le deuxième à prendre la décision comme un jury de cour d’assises. Bien entendu, il ne s’agit, en aucune manière, de reconstituer, avec la rigueur juridique des prétoires, les règles de la procédure pénale mais plutôt, au travers de cette formule originale (qui recueille à chaque fois un évident succès), de se livrer à un processus pédagogique permettant à l’auditoire de mieux se familiariser avec ces personnages hors du commun. Il est donc bien entendu question avant tout ici de « faire du théâtre » en donnant un tour dramatique (et même parfois comique) à une histoire qui se construit et se dessine au fur et à mesure que le procureur accuse, que les jurés interrogent et que l’accusé se défend. Pour ce qui concerne Antigone qui n’est censée, à priori, n’avoir commis aucun crime (à la différence de Médée, Lady Macbeth ou Néron), le problème est délicat car il s’agit davantage d’une victime que d’un coupable. Non seulement elle a la douleur de pleurer ses deux frères Polynice et Etéocle qui se sont entretués sur un champ de bataille, mais encore il lui est reproché de vouloir ensevelir l’un d’eux exposé à pourrir sur place ou à être mutilé par les insectes et dévoré par les bêtes sauvages. Ses tentatives répétées de donner à Polynice une sépulture se heurtent à l’intransigeance de son oncle, le roi de Thèbes Créon, qui a édicté un arrêt formulant une interdiction drastique en ce sens. C’est donc l’infraction à ce fatal décret qui expose Antigone à une condamnation à mort inéluctable. 

Dans cette dramaturgie oppressante, il fallait que le personnage soit défendu par une artiste de haute volée et la directrice du TNN elle-même, Muriel Mayette-Holtz,  s’y est en conséquence attelée avec le talent qu’on lui connaît. Les cheveux coiffés en couettes, pour rappeler la jeunesse de l’héroïne, elle défend celle-ci bec et ongles avec ardeur et émotion, répondant instantanément aux très nombreuses questions posées avec un sens inouï de l’improvisation qui laisse évidemment admiratif. Entre injonctions véhémentes, pleurs, incantations et défense émouvante, elle convainc, que les élans du cœur doivent primer sur la rigidité des règles strictes du droit en stigmatisant l’orgueil ainsi que  l’aveuglement obstiné et égoïste du pouvoir. En ce sens elle s’érige comme une messagère portant le signe précurseur de la parole libérée des femmes. Elle est, pour la circonstance, bien secondée dans sa démarche par Maître Julie Robert, avocate au barreau de Nice. Inutile de dire que la conviction farouche d’Antigone a emporté celle du jury et du public car, à l’heure du verdict, il ne s’est trouvé aucune voix pour la condamner !…

Prochain rendez-vous le dimanche 11 octobre à 11 heures pour le procès de Lucrèce Borgia avec Pauline Huriet.

Christian Jarniat

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