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Rossini Opera Festival Adelaide di Borgogna, opéra de Gioachino Rossini Pesaro, Vitrifrigo Arena

Rossini Opera Festival Adelaide di Borgogna, opéra de Gioachino Rossini Pesaro, Vitrifrigo Arena

lundi 14 août 2023
 Olga Peretyatko ©Amati Bacciardi
Le Festival della Valle d'Itria de Martina Franca avait quelque peu grillé la politesse au Rossini Opera Festival (ROF) de Pesaro, en montant Adelaide di Borgogna en 1984 avec une splendide distribution vocale : Mariella Devia et Martine Dupuy, placées sous la direction musicale d’Alberto Zedda. Cet enregistrement au disque, gravé ensuite en CD, avait permis à de nombreux amateurs de découvrir cette rareté rossinienne, les mêmes artistes reprenant d’ailleurs l’opéra en concert Salle Pleyel en mai 1988… nous y étions ! Ce n’est qu’en 2006 que le ROF mettait pour la première fois l’ouvrage à son affiche (Patrizia Ciofi, Daniela Barcellona), puis à nouveau en 2011 dans un spectacle de Pier’Alli (Jessica Pratt, Daniela Barcellona).

C’est aujourd’hui dans la nouvelle production confiée à Arnaud Bernard qu’est proposé l’opus, un traitement résolument bouffe et second degré pour ce dramma per musica qui se déroule vers l’année 950 dans le livret original. Nous sommes en effet en 2023 en pleine répétition d’opéra et, pendant l’ouverture, on sort les décors de containers « ROF » à l’arrière-plan, les artistes passant devant la machine à café pour arriver au fur et à mesure sur le plateau en séchant leurs parapluies. Le metteur en scène du « spectacle dans le spectacle » est assis à cour à sa table et son assistant règle les mouvements, tandis que les choristes répètent sous la battue du chef de chant. A jardin est placée une petite loge dans laquelle la soprano surprend son amant de ténor dans les bras d’une danseuse, déclenchant l’ire de la dame et scandale. Les saynètes sont à vrai dire nombreuses, parfois concomitantes, comme cette spectatrice qu’on accompagne à sa place au premier rang, mais qui quitte plus tard son siège pour monter et traverser le plateau… parfois un peu perdue entre scène et salle de spectacle. Plusieurs gags ou situations ont certes été maintes fois déjà vus, mais l’ensemble fonctionne agréablement avec un bon esprit et le spectateur se surprend à sourire régulièrement… à condition d’adhérer un tant soit peu au concept !
Une mention particulière pour les décors, carton-pâte évidemment mais d'une si jolie facture qu'on se désole de le voir remonter trop rapidement dans les cintres.
Défendu dans les éditions précédentes par Mariella Devia, Patrizia Ciofi ou Jessica Pratt, soit des chanteuses belcantistes particulièrement chevronnées, le rôle-titre est redoutable en termes d’écriture fleurie et de zones aigüe et suraigüe à explorer. La grande scène en fin de second acte « Ah ! vanne… addio… » ressemble ainsi de très près au « Cessà di più resistere » d’Almaviva dans Il Barbiere di Siviglia … ainsi qu’au rondo final de La Cenerentola !. On pouvait donc, a priori, redouter l’attribution du rôle d’Adelaide à Olga Peretyatko, qui nous avait laissé un souvenir mitigé lors de sa dernière venue dans un opéra au ROF, soit Fiorilla du Turco in Italia en 2016. Il faut reconnaître que la soprano parvient sans incident ni encombres au terme de la représentation, mais au prix de stridences dans l’aigu, de sons parfois d’outre-tombe dans le grave (on pourrait voir passer l’ombre de la Comtesse de La Dame de pique !) et de tempi parfois très ralentis pour l’exécution de ses cabalettes. 
Il en va tout autrement pour la mezzo Varduhi Abrahamyan (Ottone) et le ténor René Barbera (Adelberto), chanteurs en pleine possession de leurs moyens et tout à fait disposés à être actuellement distribués dans des rôles belcantistes. Régulièrement entendue à Marseille ou Pesaro, Varduhi Abrahamyan commence à collectionner les rôles rossiniens, voix profonde au timbre riche qui fait preuve de souplesse dans les passages d’agilité et sait aussi amener de petites variations dans les reprises. René Barbera dispose quant à lui d’une forte projection dans l’aigu, l’instrument est homogène sur toute l’étendue et d’un timbre agréable. Son grand air du second acte « Grida, o natura » recueille ainsi une ovation sonore. La basse Riccardo Fassi interprète Berengario, mais manque peut-être d’un peu d’ampleur pour impressionner réellement et faire peur dans ce rôle de méchant. Eurice dispose aussi d’un air au second acte, bien conduit par la soprano Paola Leoci, dont la partie la plus aigüe est brillante. 
Le chef Francesco Lanzillotta assure une direction d’abord au service des artistes sur le plateau, en disposant d’un Orchestra Sinfonica Nazionale della RAI aux belles couleurs rossiniennes et solide techniquement. Les rythmes sont par séquences très sensiblement ralentis, ceci pour faciliter la tâche des solistes sur le plateau, quitte à ré-accélérer les passages intermédiaires pour chœurs seuls. Les choristes du Coro del Teatro Ventidio Basso font preuve de cohésion et chantent tout en paraissant s’amuser de la réjouissante réalisation visuelle, comme lorsqu’une choriste tient la note un peu plus longtemps que l’ensemble de ses consœurs. 

Irma FOLETTI
13 août 2023

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Direction musicale : Francesco Lanzillotta
Mise en scène : Arnaud Bernard
Décors : Alessandro Camera
Costumes : Maria Carla Ricotti
Lumières : Fiammetta Baldiserri

Ottone : Varduhi Abrahamyan
Adelaide : Olga Peretyatko
Berengario : Riccardo Fassi
Adelberto : René Barbera
Eurice : Paola Leoci
Iroldo : Valery Makarov
Ernesto : Antonio Mandrillo

Orchestre : Orchestra Sinfonica Nazionale della RAI
Chœurs : Coro del Teatro Ventidio Basso

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