Ah, quel éblouissant West Side Story nous a offert le Philharmonique de Monte-Carlo lors de son dernier concert !
À sa tête se trouvait Lio Kuokman, chef aussi efficace qu’élégant. D’un geste tranchant du bras, il sait déchaîner les éléments. Mais il accompagne aussi d’un mouvement souple de la main les courbes subtiles d’une mélodie.
West Side Story recèle des moments de rage et des instants de grâce. L’œuvre raconte les combats entre deux bandes rivales au milieu desquels naît l’amour entre Tony et Maria. L’orchestre doit traduire tout cela.
Le Philharmonique de Monte-Carlo l’a fait magnifiquement, lançant ses solistes dans l’éclat comme dans la douceur. Dans l’éclat, les cuivres étaient en première ligne : le trio des trompettes Matthias Persson–Gérald Rolland–Samuel Tupin, le tromboniste Jean-Yves Monier, le corniste Andrea Cesari. Mais aussi la section jazz avec Noé Ferro à la batterie et, aux xylo et vibra, le Niçois Renaud Muzzolini, soliste du Philharmonique de Radio France descendu sur la Côte. Dans les moments de douceur, il fallait entendre les échanges infiniment délicats entre les deux violons solos de l’orchestre, David Lefèvre et Liza Kerob. Ils tenaient une part de rêve au bout de leur archet. Au moment où, dans l’œuvre, intervient la mort de Tony, il y eut cette phrase bouleversante émise par la flûtiste Anne Maugue. Puis, l’instant d’après, le magnifique message de paix lancé avec ferveur par le hautboïste Matthieu Petitjean. Tout l’orchestre s’employait à raconter cette Story.

Le même hautboïste nous avait déjà touché en première partie du concert, au milieu du très beau concerto pour violon de Samuel Barber.
Le violoniste Randall Goosby fut le remarquable soliste de ce concerto. Il y a quelque chose d’émouvant dans sa manière de jouer. On semble percevoir en lui une sorte d’humilité par rapport à la musique qu’il interprète. Il n’est pas de ceux qui se servent de la musique mais qui la servent. Il ne dit pas : « Regardez comme je joue ! », mais « Écoutez comme la musique est belle ! » On a perçu cela non seulement lorsqu’il a joué le concerto mais aussi les deux bis de Perkinson et Bach. Et on a beaucoup apprécié…
André Peyregne
25 octobre 2026

