Ah, il a de la vigueur, de l’énergie du panache, ce pianiste Javier Perianes ! Il nous a donné à Monaco une interprétation vibrante et brillante du Concerto de Grieg. Certes, on a entendu des versions plus ouatées, plus onctueuses, de ce concerto. Mais avec la braise impatiente qu’il tient entre ses doigts, ce pianiste espagnol a des arguments pour nous convaincre. Ce n’est pas pour rien qu’il nous proposa en bis la Danse du feu de Falla !
Hélas, le beau piano à queue sur lequel il jouait était mal accordé – en particulier dans le medium au niveau de deux notes la et si bémol du milieu du clavier. Cela perturba quelque peu l’audition.
Autour de lui, l’orchestre brillait, animé d’une même ardeur que lui, sous la direction de Yutaka Sado.
Egalement au programme du concert l’Apprenti sorcier de Paul Dukas. On connaît l’histoire de cette œuvre – celle du balai qui prend vie, créant une inondation, mettant en panique l’apprenti qui ne sait l’arrêter. Au sein de l’orchestre, le beau basson de Jules Postel, rythmique et enjoué, s’en donna à coeur joie pour évoquer le balai ensorcelé. Quant aux violons, il fallait voir le mouvement frénétique de leurs archets, entraînés par leur valeureux capitaine David Lefèvre. Ils donnaient à eux seuls l’image des forces envoûtantes auxquelles fait appel cette histoire.
Vint la somptueuse Cinquième Symphonie de Tchaïkovsky, expression de passions, de drames, de destins combattus. Elle est de ces œuvres qui vous soulèvent. On ne résista pas à la puissance du Philharmonique entraîné par Yutaka Sado – notamment dans l’intensité du deuxième mouvement et le brio du final. Tout au long de l’oeuvre, jaillissaient de magnifiques solos : celui du corniste Andrea Cesari déroulant la phrase sublime de l’adagio, ceux de la clarinette basse d’Augustin Carles et de la clarinette de Marie-B. Barrière-Bilote, offrant leurs phrases de velours aux envolées romantiques de la symphonie, ou ceux de la flûtiste Anne Maugue et du hautboïste Matthieu Petitjean, traits de lumière au milieu de la tempête, ou ceux, encore, des trompettistes Gérald Rolland et Matthias Persson dont l’éclat trouait les ténèbres. Et cela sans parler de la beauté du bataillon des trombones ou de la présence impérieuse du timbalier Julien Bourgeois, lançant triomphalement le départ du concerto de Grieg, ou rythmant de manière implacable l’avancée du destin dans la symphonie de Tchaïkovsky.
Entre splendeur de Tchaïkovsky, romantisme de Grieg et sorcellerie de Dukas, on passa un bien beau dimanche.
André PEYREGNE
3 mai 2026
