Cet opéra de Puccini (1893), troisième ouvrage du musicien – qui n’en composera que dix au cours de sa carrière –, marque son premier véritable grand succès, lui assurant définitivement une renommée internationale.
L’histoire de Manon écrite par l’abbé Prévost avait déjà inspiré Auber et Massenet. Sa vision de l’héroïne, différente de celles de ses prédécesseurs, nous montre une femme forte, sensuelle et déterminée, proche d’une Violetta de Verdi.
Le livret, maintes fois remanié, paraît assez confus et présente des hiatus qui déroutent un peu le spectateur. Volonté assumée de Puccini, il souhaita ramener à l’essentiel l’histoire de son héroïne sans s’encombrer d’épisodes qu’il juge superflus.
Quatre actes, quatre lieux distincts : une auberge à Amiens, Paris, Le Havre puis la Louisiane.
Que dire de cette nouvelle coproduction (TCE Paris, Covent Garden Londres, Opéra de Nice) ?

Annemarie Woods signe de magnifiques costumes du XVIIIe siècle en noir et blanc qui nous interpellent au premier tableau ; également responsable, avec Ricardo Pardo, d’une habile scénographie (dont l’ossature servira par la suite), elle nous offre une vision de la foule se pressant à l’auberge qui évoque immédiatement la peinture de Hogarth.
Nous lorgnerons par la suite du côté de chez Hopper : l’intelligence du metteur en scène Oliver Mears réside dans une fidèle restitution de l’intrigue telle que Puccini l’a imaginée. Ainsi, la noirceur sera soulignée par un jeu de lumières sombre, miroir des états d’âme de nos protagonistes.

Le chef Lorenzo Passerini conduit avec fougue l’Orchestre national de France, déployant une virtuosité remarquable.
Roberto Alagna, notre ténor national aux soixante rôles au cours de plus de quarante ans de scène, affiche une forme vocale et physique exceptionnelle. Il impressionne tout simplement.

Face à lui, Ailyn Pérez, soprano américaine qui fait ici ses débuts au TCE, mais également dans le rôle-titre, confère un relief saisissant à un rôle exigeant, outre de grandes qualités vocales, des dispositions particulières pour la tragédie. Elle bouleverse la salle au quatrième tableau, particulièrement émouvant.

Lionel Lhote, souffrant le soir de la première, a laissé la place au baryton ukrainien Iurii Samoilov, qui campe un solide Lescaut.
Nicola Ulivieri, déclaré également indisposé, assure néanmoins le rôle de Géronte et sauve heureusement la représentation.
Léo Vermot-Desroches (aux multiples emplois) complète avec Mathilde Ortscheidt un plateau équilibré.

On se réjouit d’avoir entendu cet ouvrage trop rare sur nos scènes qui nous a comblés par un remarquable engagement artistique.
Le talentueux chœur accentus, dirigé par Christophe Grapperon, chef associé, apporte un éclat supplémentaire à cette belle soirée.
Philippe Pocidalo
2 novembre 2026
Direction musicale : Lorenzo Passerini
Mise en scène : Oliver Mears
Scénographie et costumes : Annemarie Woods
Scénographie : Ricardo Pardo
Chorégraphie : Sarah Fahie
Lumières : Fabiana Piccioli
Distribution
Manon Lescaut : Ailyn Pérez
Le chevalier des Grieux : Roberto Alagna
Lescaut : Iurii Samoilov
Géronte de Ravoir : Nicola Ulivieri
Edmond / Le maître de ballet / Un allumeur de réverbères : Léo Vermot-Desroches
Un chanteur : Mathilde Ortscheidt
L’aubergiste / Le sergent : Maurel Endong
Orchestre : Orchestre national de France
Chœur : accentus (chef associé : Christophe Grapperon)








