Le metteur en scène et directeur d’opéra Louis Erlo s’est éteint à l’âge de 97 ans. De Lyon à Aix-en-Provence, en passant par l’Opéra-Studio de Paris, il aura consacré sa vie à l’art lyrique, accompagnant ses transformations, défendant de nouveaux répertoires et ouvrant la voie à plusieurs générations d’artistes.
Avec la disparition de Louis Erlo, c’est une grande figure du monde lyrique français qui nous quitte. Une de ces personnalités qui, pendant plusieurs décennies, ont fait bouger les lignes et contribué à faire de l’opéra un art toujours vivant, curieux et ouvert sur son époque.
Né à Lyon en 1929 sous le nom de Louis Camerlo, il commence tout naturellement son parcours dans la maison d’opéra de sa ville. D’abord régisseur, après une formation technique, il devient metteur en scène et signe dès 1952 sa première production, Lohengrin de Wagner.
Lorsqu’il prend la direction de l’Opéra de Lyon en 1969, il n’a que 40 ans. Il y restera jusqu’en 1995 : vingt-six années au cours desquelles il va profondément transformer la maison et lui donner une nouvelle dimension.
Louis Erlo aime entreprendre, découvrir, faire évoluer les habitudes. Il renouvelle le répertoire, encourage la création, s’intéresse à la manière de faire venir de nouveaux publics et sait surtout s’entourer. Avec Vittorio Biagi, il fonde dès 1969 le Ballet de l’Opéra de Lyon. Plus tard, avec Jean-Pierre Brossmann, il accompagne notamment la création de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon.
Sous leur impulsion, la maison développe également une importante politique d’enregistrements audio et vidéo et affirme progressivement sa place parmi les grandes scènes lyriques européennes.
Cette métamorphose sera aussi celle du bâtiment. Louis Erlo accompagne le grand projet de rénovation de l’Opéra confié à Jean Nouvel. Lorsque le nouvel édifice ouvre ses portes en 1993, avec son étonnante verrière devenue depuis indissociable du paysage lyonnais, une nouvelle page de l’histoire de la maison s’écrit.

Transmettre, toujours
Mais Lyon n’est qu’une partie de son histoire. Louis Erlo a aussi beaucoup œuvré pour les jeunes artistes. En 1973, il crée à Paris l’Opéra-Studio, qu’il dirige jusqu’en 1979. Une compagnie-école destinée à permettre à de jeunes chanteurs de se confronter réellement à la scène : une idée qui paraît aujourd’hui évidente, mais qui était alors particulièrement novatrice.
En 1982 commence une autre grande aventure : il prend la direction du Festival d’Aix-en-Provence, qu’il conservera jusqu’en 1996, parallèlement à ses fonctions lyonnaises.
Et dès sa première édition, il donne le ton avec un événement : Les Boréades de Rameau sont enfin portées à la scène, près de deux cent vingt ans après leur composition, sous la direction de John Eliot Gardiner et dans une mise en scène de Jean-Louis Martinoty.
La redécouverte du répertoire baroque devient l’un des grands fils rouges de ses années aixoises. En 1983, Hippolyte et Aricie réunit notamment Jessye Norman, José van Dam et Rachel Yakar. Suivront Campra, Lully, Purcell, Haendel et, bien sûr, toujours Rameau.
William Christie et Les Arts Florissants prennent naturellement part à cette aventure, avec notamment The Fairy Queen en 1989, Les Indes galantes en 1990 ou encore Castor et Pollux en 1991.
Mais réduire les années Erlo à Aix au seul baroque serait injuste. Mozart y conserve bien sûr une place privilégiée, tandis que Strauss, Britten, Stravinski, Prokofiev et la création contemporaine viennent enrichir des programmations où la curiosité reste toujours présente.
En 1991, Le Songe d’une nuit d’été de Britten, confié à un jeune Robert Carsen, devient ainsi l’une des productions emblématiques du Festival. Le spectacle connaîtra une remarquable carrière internationale et reviendra même à Aix près d’un quart de siècle plus tard, en 2015.
Une étrange coïncidence à Lyon
Metteur en scène lui-même, Louis Erlo laisse également derrière lui de nombreuses productions. Parmi elles, L’Amour des trois oranges de Prokofiev, qu’il avait mis en scène à Lyon en 1989 avec Alain Maratrat, sous la direction musicale de Kent Nagano.
Et c’est ici que l’histoire réserve une de ces coïncidences dont le théâtre a parfois le secret.
Au moment de sa disparition, l’Opéra de Lyon venait justement de retrouver L’Amour des trois oranges, cette fois dans une nouvelle production mise en scène par Laurent Pelly.
Dimanche, pendant l’entracte de la représentation, Richard Brunel, directeur général et artistique de l’Opéra de Lyon, a annoncé au public la disparition de Louis Erlo. La production lui est désormais dédiée.
Difficile d’imaginer hommage plus symbolique : une œuvre qu’il avait lui-même mise en scène, dans cette maison où il avait commencé sa carrière et qu’il avait dirigée pendant plus d’un quart de siècle.
Louis Erlo aura finalement connu l’opéra sous presque toutes ses facettes : régisseur, metteur en scène, directeur, bâtisseur, découvreur et passeur.
Il laisse surtout derrière lui des maisons, des artistes, des spectacles et des publics qu’il aura contribué à faire grandir.
Et une certaine idée de l’opéra : celle d’un art qui ne doit jamais cesser de se renouveler.

