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Le Misanthrope au Théâtre de L’Eau Vive

Le Misanthrope au Théâtre de L’Eau Vive

jeudi 30 septembre 2021
 Didier Veschi et Frédérique Grégoire- Marc Concas. Photo DR

Des mystères demeurent autour de ce chef d’œuvre de Molière. L’a-t-il vraiment écrit de sa main où – selon certaines thèses – Corneille lui aurait-il été de quelque aide ? Jean-Baptiste Poquelin s’investissait-il dans chacune de ses comédies en y instillant quelques parcelles de sa propre vie (ses relations avec Madeleine puis Armande Béjart) ou sa vertigineuse introspection psychologique de l’âme humaine lui en permettait-il d’en saisir, avec une exceptionnelle acuité, la quintessence (l’avarice, le donjuanisme, le penchant hypocondriaque, la fourberie…) pour en faire d’immortels archétypes de la nature humaine ? Le Misanthrope en est un exemple particulièrement révélateur et nous propose en Alceste, au prisme d’une loupe extrêmement grossissante, un individu qui ne transige en rien et qui a décidé de dire à ses semblables tout ce qu’il pense d’eux, de leurs faits, de leurs gestes, de leurs comportements sans jamais le plus mince accommodement, ni la moindre nuance.  C’est ainsi qu’à Oronte qui se réjouit de lui soumettre ses vers, il va détruire en quelques phrases cinglantes le sonnet que le « pseudo poète » se réjouit de lui lire. Au procès dans lequel il est attrait, il n’acceptera ni acquiescement ni conciliation. De sorte que son univers n’est peuplé que de sots, de méchants, d’incultes, de jaloux, d’intrigants etc. Mais cet intransigeant univoque laisse apparaître une faille dans sa structure monolithique : l’amour qui se présente à lui sous les traits charmants mais combien inconstants de la trop complaisante Célimène. Et dans ce domaine où la concession est érigée en dogme, et malgré son attachement, Alceste n’en fera aucune. D’où la perte non seulement de Célimène mais aussi des deux femmes qui lui portaient quelque intérêt : Eliante et Arsinoé. A la fois grinçant et émouvant, il s’agit, sans doute, de l’un plus grands chefs-d’œuvres de la littérature du 17ème siècle et du théâtre de tous les temps. La Compagnie « Le petit Théâtre des Affranchis » en a donné une intéressante reprise (quasiment à guichets fermés) pour les quatre représentations au Théâtre de L’Eau Vive. On y a, apprécié le très beau décor constitué par une myriade de tableaux en rouge et noir signés Frédérique Grégoire, laquelle dessine de surcroît une coquette et insouciante Célimène. A ses côtés, Didier Veschi, met en scène avec le talent qu’on lui connaît, ce Misanthrope et incarne également son héros à la fois violent et étriqué, tonitruant et désabusé, autoritaire et désespéré qui, à l’épilogue, n’aura comme seule ressource de se retirer du monde dans l’impossibilité de vivre et de communiquer avec ses contemporains.  La distribution parfaitement homogène réunit autour de ce couple, Marc Concas en « précieux » Oronte, Bernard Gaignier en sage Philinte, Marie-Caroline Verstraete en Arsinoé ambigüe, Lucile Fraimout-Gaigner en tendre Eliante et un duo clownesque autant que cocasse à l’instar des deux Dupont de Tintin ( dont l’un serait affublé d’une voix de contrebasse et l’autre de flûte) : Philippe Testori en Acaste et Lionel Bouttau en Clitandre. Quant à la toute jeune Cléo Fraimout elle dessine avec aplomb les trois personnages Basque, Dubois et un garde. 
  Christian Jarniat 30 septembre 2021

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