LA MÉMOIRE IMMATÉRIELLE DES THÉÂTRES LYRIQUES FRANÇAIS : UN CHANTIER NÉCESSAIRE

LA MÉMOIRE IMMATÉRIELLE DES THÉÂTRES LYRIQUES FRANÇAIS : UN CHANTIER NÉCESSAIRE

vendredi 25 septembre 2026

Un projet passionnant – Document remis par Dezède

Inauguré en 2012, le site Dezède accueille la mémoire de certains théâtres lyriques français. Animé par Yannick Simon (Université de Toulouse), il est utile aux amateurs d’opéra, aux curieux et aux chercheurs. On espère qu’il pourra continuer à se développer, permettant ainsi à notre pays de rattraper son retard en la matière.

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On ne peut que regretter le peu d’intérêt des théâtres lyriques français pour la patrimonialisation de leur activité. Légitimement concentrés sur l’organisation de la saison en cours et la préparation de celles à venir, leurs dirigeants font peu de cas de la mémoire des spectacles proposés au public au cours des décennies et siècles passés. Quel théâtre lyrique français pourrait nous indiquer le titre et la distribution de l’œuvre présentée, non pas l’année dernière, mais le 2 février 1992 ? Le 9 avril 1965 ? Le 5 mai 1891 ? Dans le reste du xixe siècle et, pour certains d’entre eux, sous l’Ancien Régime ? Quel théâtre connaît l’histoire des œuvres qu’il met en scène aujourd’hui dans ses propres murs ? Ces lacunes mériteraient d’être comblées. Tout autant que les bâtiments dans laquelle elle se déploie, l’activité des théâtres lyriques fait partie de leur patrimoine et, moins qu’un passé encombrant, elle est un « capital » susceptible d’être valorisé. Force est de constater que sa mise à la disposition du public, des professionnels et des historiens est une mission négligée.

La reconstitution du passé, proche et lointain, supposerait un investissement qui prendrait la forme d’un travail historique et musicologique basé sur les archives des théâtres. On sait qu’elles n’ont pas toujours fait l’objet d’un soin attentif et, malheureusement, que les incendies et les guerres ont parfois eu raison de leur conservation. Des sources existent pourtant, dans des proportions certes variables, mais néanmoins suffisantes pour répertorier tout ou partie de l’activité des théâtres lyriques au jour le jour. Et quand elles seront manquantes, la presse, dans laquelle les spectacles sont quotidiennement annoncés, saura les suppléer. Contrairement aux solutions individuelles adoptées en Italie, en Allemagne et dans les pays anglo-saxons, l’ambition pourrait être collective. Mieux vaudrait construire un outil numérique commun offrant des possibilités d’interrogation multiples.

Un tel projet mutualisé trouverait dans le site Dezède l’instrument idéal pour atteindre son objectif. Inauguré en 2012, Dezède est dorénavant l’un des principaux portails français dédié à l’histoire des spectacles et des concerts en France du xviiie siècle à nos jours. Il permet d’accéder à des ressources réunies dans des dossiers. Chacun d’entre eux est organisé autour d’une chronologie d’événements dédiée à une œuvre, un lieu, une institution ou un individu. À ce jour, Dezède contient plus de 100 000 événements dont la reconstitution s’appuie sur des sources, référencées ou consultables sous la forme de reproductions (images ou transcriptions), ou grâce à des hyperliens. Ce travail a déjà nécessité l’établissement de 76 000 autorités d’œuvres, 43 000 d’individus et 14 000 de lieux. Progressivement, Dezède s’est enrichi d’autres fonctionnalités. Il est aussi une solution d’archivage et de valorisation puisqu’il est désormais le site hébergeur des archives de l’Opéra-Comique (25 000 images). Dezède accueille également une bibliothèque numérique constituée d’ouvrages dédiés aux arts du spectacle, et plus particulièrement des travaux portant sur des théâtres régionaux, qu’il est possible d’indexer. Enfin, Dezède est un outil pédagogique, puisqu’il est le support de cours de licence et de master de musicologie.

Dezède contient déjà de très nombreuses ressources sur le théâtre lyrique en France auxquelles on peut accéder au travers des dossiers. Celui de l’Opéra-Comique est l’un des plus riches, même s’il n’est pas encore achevé. Plus de 32 000 événements y sont répertoriés entre 1764 et 2022. Certaines périodes, à l’image des années 1870 à 1914 sont complètes (13 583 événements). On peut y découvrir l’activité quotidienne de l’Opéra-Comique et les titres des œuvres interprétées chaque jour. Malheureusement, dans ce dossier comme dans d’autres, les distributions font défaut. Les ajouter supposerait un travail considérable que le projet Dezède n’a pas actuellement les moyens humains de supporter.

La moitié des événements présents sur Dezède est associée aux régions. Un établissement, en particulier, a fait l’objet d’un travail déjà considérable (18 395 événements) : le Théâtre des Arts de Rouen, notamment la période comprise entre 1876 et 1940.

Les institutions ne sont pas les seuls accès à Dezède puisque des dossiers portent sur une œuvre ou sur un compositeur. C’est ainsi que l’on pourra consulter le dossier Wagner et la France et ses différents sous-dossiers, en particulier Les trois concerts au Théâtre-Italien en 1860, Wagner à Rouen et Le tour de France par Lohengrin (1891). Le plus important d’entre eux est celui consacré aux représentations du Ring en France dont on peut découvrir actuellement dix-huit versions différentes entre 1904 et 1994.

Reste l’Opéra de Paris, essentiellement présent au travers du dossier associé à la direction d’André Messager et Leimistin Broussa (1908-1914) (1 403 événements). Cet ensemble incluant les distributions vient s’ajouter aux ressources contenues sur le site Mémopéra qui ne remonte pas au-delà de la saison 1972-1973. On pourra légitimement s’étonner que la principale institution française ne soit pas en mesure de proposer une chronologie complète de son activité depuis sa fondation, à laquelle seraient associées les distributions — c’est déjà le cas dans nombre d’institutions étrangères de renom. En entreprendre la reconstitution serait pourtant aisé tant les sources sont nombreuses. L’impulsion donnée par la mise en œuvre d’un tel chantier inciterait peut-être les autres théâtres lyriques français à se pencher sur leur activité passée.

Yannick Simon

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