Logo-Resonances-Lyriques
Menu
Kaiserin Joséphine et Im Weissen Rössl au théâtre d’été (Sommerarena) Bühne Baden

Kaiserin Joséphine et Im Weissen Rössl au théâtre d’été (Sommerarena) Bühne Baden

vendredi 19 août 2022
Vincent Schirrmacher et Ivana Zdravkova (Kaiserin Joséphine)
Verena Scheitz et Boris Pfeifer (L’Auberge du Cheval Blanc)  
Photo: Bühne Baden/Christian Husar 

Dernière étape du marathon* des festivals d’été en Autriche à Baden prés de Vienne. Première partie au Sommerarena.

Station thermale réputée, située à une vingtaine de kilomètres de la capitale, Baden s’enorgueillit de posséder deux théâtres, celui d’été « Sommerarena » dont le toit peut s’ouvrir ou se refermer suivant la météo et celui d’hiver Stadttheater (théâtre à l’italienne) où l’été, par tradition, se jouent les comédies musicales et l’hiver se déploie une saison complète d’opéras, d’opérettes, de théâtre musical et de ballets. Son surintendant actuel Michael Lakner a dirigé jusqu’en 2017 le Lehár Festival de Bad Ischl.

Kaiserin Joséphine (L’Impératrice Joséphine) Emmerich Kálmán
En 2017, alors que Michael Lakner était directeur du Lehár Festival, l’opérette d’Emmerich Kálmán était à l’affiche en version semi-scénique pour faire l’objet d’un enregistrement par la firme CPO (2 CD 555 136-2) publié en 2018. On comprend alors aisément pourquoi on retrouve l’œuvre à l’affiche du Bühne Baden Festival…
L’Impératrice Joséphine est la 21ème opérette des 23 que composa Emmerich Kálmán sur un livret de Paul Knepler et Géza Herczeg. Elle fut créée en 1936 à Zurich peu avant la fuite, suscitée par la montée du mouvement national socialiste, du compositeur pour les États-Unis.
Peu connu en France, l’ouvrage raconte quelques épisodes historiques du couple Joséphine-Bonaparte, de la rencontre de la veuve d’Alexandre de Beauharnais à sa liaison avec le lieutenant des hussards Hyppolite Charles alors qu’elle est devenue l’épouse de Bonaparte. Ce dernier cependant parvient à séparer les deux amants et l’opérette se termine par le sacre de l’empereur et de l’impératrice. 
C’est au sud-africian Léonard Prinsloo déjà présent à Bad Ischl que l’on doit la mise en scène efficace et humoristique et la chorégraphie de l’ouvrage. Il suffit de quelques pans de décors, de meubles et des tableaux dus à Erich Uiberlacker pour être transporté au fil des actes dans des salle d’apparat, dans le quartier général de Bonaparte, sur le champ de bataille (en regard des appartements de Joséphine sur l’autre moitié de la scène), pour finir à Notre-Dame de Paris dans une réplique du célèbre tableau du Sacre de Napoléon par Jacques-Louis David. Les costumes de Mareile von Stritzky sont élégants et raffinés, avec une pointe de fantaisie pour les coiffes et perruques démesurées, les moustaches tout droit sorties des caricatures de l’époque et quelques oreilles géantes comme un rappel ironique du geste d’affection de l’empereur passant ses troupes en revue. 
A l’écoute du disque nous avions déjà pris la mesure des difficultés vocales de l’ouvrage, expliquant sans doute en partie sa rareté d’exécution. Vedette du Festival, découvert par Mikael Lakner alors en poste à Bad Ischl, Vincent Schirrmacher fait actuellement les beaux soirs du Volksoper de Vienne avec le Trouvère, Tosca et en juin dernier Turandot. On ne compte pas moins d’une dizaine de solos ou duos où le ténor sino-germanique se joue avec une facilité déconcertante des écueils de la partition de Kálmán imprégnée de références à Malher, Korngold ou Puccini voire Wagner. A ses cotés Ivana Zdravkova (Joséphine) brille vocalement et scéniquement aux bras de Napoléon. En contrepoint au couple impérial, Theresa Grabner (Juliette, camériste de Joséphine) et Thomas Malik (caporal Bernard) rompus aux rôles « bouffe » du répertoire délivrent une prestation impeccable et enjouée, entourés par Kerstin Grotrian en Madame Tallien et Steven Scheschareg, Général Berthier. Il convient de mentionner également Thomas Weissengruber (Paul Barras), Jan Walter (Talleyrand/Capitaine Calmelet), Thomas Zisterer (Hippolyte Charles) et Rita Peterl en diseuse de bonne aventure qui avait prédit à Joséphine son brillant avenir.
Franz Josef Breznik s’avère dans la fosse un excellent directeur musical toujours attentif aux solistes, au chœur et à l’orchestre. 
Immense succès pour l’ensemble des artistes, de l’orchestre, chœur et danseurs. Délire triomphal au tableau final pour Vincent Schirrmacher que le public retrouvera en octobre dans cette même ville de Baden sous les traits de Don José dans Carmen.

19 août 2022
*Voir nos articles sur le Burgenland et Bad Ischl
extrait : https://youtu.be/2QazainnP80

Im Weissen Rössl (L’Auberge du Cheval Blanc) 
Cette Auberge du Cheval Blanc a ouvert triomphalement la saison d’été de Baden, si l’on en croit les échos de la presse locale publiés sur le site du théâtre. 
Rien d’étonnant lorsque l’on sait que cette opérette est l’une des plus prisées du public qui en connaît d’ailleurs tous les temps forts.
Opérette romantique d’après la pièce de Blumenthal et Kadelburg sur une musique de Ralph Benatzky l’œuvre comporte néanmoins des airs additionnels des compositeurs autrichiens Robert Stolz, Bruno Granichstaedten ainsi que de l’allemand Robert Gilbert pour la version qui nous était proposée. 
L’action se situe dans l’établissement éponyme situé à St Wolfgang* sur les bords du Wolfgangsee, au cœur des sublimes montagnes environnantes du Salzkammergut et décrit quelques scènes auxquelles Blumenthal et Kadelburg avaient assisté en fréquentant ce lieu.
Isabella Gregor propose une mise en scène colorée, vivifiante et réactualisée. On y retrouve des gyropodes, une héroïne aux cheveux violets, une vache qui fait des claquettes, des danseurs palmes aux pieds (trépidantes chorégraphies de Anna Vita) et bien sûr tous les plus beaux costumes traditionnels typiques de la région du Salzkammergut que le théâtre ait pu réunir. Les éléments décoratifs de Tanja Hofmann sont très simples mais de bon goût simulant l’hôtel avec son balcon et en fond le lac où défilent bateaux et …aile de requins, puis la grange ou la plage. Quel bonheur d’assister à un spectacle qui respecte l’histoire, les lieux et les intentions des auteurs. On se laisse porter avec bonheur dans cette insouciance romanesque où l’on devine que tout finira bien dans le meilleur des mondes possibles.. 
Les chanteurs une fois de plus sont des artistes complets, la cadence de la mise en scène leur imposant une chorégraphie gestuelle. Verena Scheitz (Josefa) et Boris Pfeifer (Leopold) gèrent non seulement l’auberge mais également le plateau et nous entraînent dans ce tourbillon de mélodies auxquelles participent Jens Janke (Wilhem Giesecke) qui nous délivre un superbe numéro de claquettes, Melanie Schneider (Ottilie), Alexander Kröner (Dr Siedler), Olivier Baier (Sigismund Sülzheimer), Andreas Steppan (Hinzelmann) et Verena Barth-Jurca (Klärchen). Une mention spéciale au Piccolo (pas si « petit » que ça d’ailleurs !) de Jonas Zeiler qui nous gratifie en plus de moments d’accordéon et Gabriele Schuchter tour à tour postière (très drôle numéro en compagnie d’une boite à lettre vivante) et guide touristique. Applaudissements nourris pour le ténor Heinz Zednik (chanteur honoré du titre de Kammersanger) sous les traits de l’empereur François-Joseph. Le public n’a pas oublié celui qui fut l’une des vedettes du Festival de Bayreuth, (en particulier dans la Tétralogie de Chéreau).
L’orchestre et les chœurs de Baden sont menés tambour battant par le chef Michael Zehetner attentif aux rythmes imposés à tous ces artistes. Le public est conquis, chante en chœur et rit beaucoup aux nombreuses facéties des dialogues et des gags visuels.

21 août 2022 
*Ralph Benatzky repose dans le cimetière de la ville après son décès à Zurich où il résidait
Quelques extraits : https://fb.watch/fn6kMRlidP/

Marie-Catherine Pellegrin-Guigues

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.