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Hugo au bistrot Théâtre National de Nice

Hugo au bistrot Théâtre National de Nice

mercredi 9 juin 2021
Magali Rosenzweig et Jacques Weber. Photo Kim Weber

Après avoir été pendant 15 ans directeur du Théâtre National de Nice entre 1986 et 2001, Jacques Weber est donc revenu dans ces lieux où il a laissé le souvenir de saisons particulièrement brillantes et d’interprétations qui ont fait date dans notre ville.
Dès sa prise de fonctions Muriel Mayette-Holtz l’a invité une première fois dans le cadre de la série intitulée Confessions intimes où il a été longuement interviewé par Catherine Ceylac et cette deuxième fois pour Hugo au bistrot, une espèce de one man show, ou plus exactement un duo, puisque Jacques Weber y partage la scène avec Magali Rosenzweig pour célébrer le culte de Victor Hugo. Tout cela commence avec le monologue de l’acte 3 de Ruy Blas « Bon appétit Messieurs !… » dans lequel le héros surgit au milieu d’un conseil des ministres pour fustiger les hommes politiques. Une centaine de vers sur lesquels on peut en effet s’exercer au petit déjeuner ! Ceci permet de dire qu’à la longue certains comédiens se lancent dans cette tirade et finissent par « bouffer les mots » : une petite leçon au passage sur la diction et l’articulation qui ont quelquefois perdu leur sens à l’époque actuelle. Une manière aussi de rendre un hommage à Gérard Philippe, grand spécialiste du répertoire romantique « A l’annonce de sa mort, toutes les mamans pleuraient » s’exclame Jacques Weber. La passerelle avec Edmond Rostand est toute trouvée pour ces deux auteurs caractérisés par leur souffle épique. (Jacques Weber fut- faut-il le rappeler ?- un exceptionnel Cyrano). Autre pièce de Victor Hugo qui donna lieu à une bataille homérique : Ernani et dont l’interprète était Mademoiselle Mars avec la fameuse opposition entre l’écrivain et son interprète qui répugnait à dire le vers « Vous êtes mon lion superbe et généreux », souhaitant substituer au terme « lion » celui de « seigneur ». Après avoir promis de respecter le vœu de l’auteur, Mademoiselle Mars, lors de la représentation, n’en fit qu’à sa tête et le vers ne fut ni applaudi, ni sifflé. Cela valait-il la peine d’une polémique ? 

Avec gourmandise et humour Jacques Weber narre ensuite l’anecdote de ses leçons avec Madame de Chateaubriand qui était aussi laide que méchante et qui négociait, parait-il, des friandises. Il y a naturellement la rencontre avec Juliette Drouet qui fut une médiocre actrice de théâtre mais qui avait néanmoins séduit le poète. Victor Hugo lui avait néanmoins concédé la première de Marie Tudor et elle fut sans doute, outre sa maîtresse, l’amour de toute son existence. L’épisode de la mort de sa fille, qu’il apprit par un journal en lisant Alexandre Dumas, est évidemment le drame de sa vie (« demain, dès l’aube, où blanchit la campagne je partirai. Je sais que tu m’attends… »). Jacques Weber évoque aussi la carrière d’homme politique de Victor Hugo, député, montant au créneau pour l’instruction et la culture et l’abolition de la misère (discours à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849) « Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ». Vient ensuite le romantisme échevelé de la défaite avec la retraite de Moscou (qui ignore que Hugo était un fervent admirateur de Napoléon ?) « Il neigeait On était vaincu par sa conquête. Pour la première fois l’aigle baissait la tête. Sombres jours… »). Jacques Weber en profite pour faire un grand clin d’œil humoristique à une situation similaire qui convoque aussi le froid intense, à savoir celle du film Le Revenant dans lequel Leonardo Di Caprio se recroqueville dans les entrailles d’un cheval éventré pour se réchauffer. C’est l’horreur du froid mêlé à celui de la guerre. Mais Hugo est aussi le véritable précurseur de la défense des femmes. Et comment ne pas citer les héroïnes de son « roman phare » Les Misérables, et les figures pathétiques et si attachantes de Fantine et d’Eponine. Et puis c’est l’art d’être grand-père avec les petits enfants du poète, Georges et Jeanne (« La vie avance, l’amour persiste). En 1881, dans son testament, Hugo évoque Dieu, la justice et même les Etats-Unis d’Europe « Je vais fermer l’œil terrestre mais l’œil spirituel restera ouvert plus grand que jamais ». Dans son panorama, Weber cite encore Laurence Olivier et Louis Jouvet qui se plaisait à dire « j’aime les tripes quand elles sont bien accommodées ».
Géant à la crinière blanche, avec cette voix inimitable au timbre velouté de contrebasse, Jacques Weber fait revivre avec lyrisme, emphase, émotion et chaleur, le grand poète, l’immense romancier que fut Victor Hugo passant des vers aux confidences avec quelques digressions réjouissantes dans l’improvisation tandis que la lumineuse Magali Rosenzweig l’accompagne dans ce flamboyant voyage en faisant entendre la tendre voix de Juliette Drouet.

Christian Jarniat
9 juin 2021

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