Pour la douzième année consécutive, le festival berlinois « La dernière rose de l’été » célèbre la musique de chambre au siège historique de la Banque Mendelssohn. Son concert de clôture a été voué à des œuvres signées von Dohnányi et Brahms. En parallèle, la manifestation aura accueilli des masterclasses où des étudiants ukrainiens avancés auront découvert un monde en paix.
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« La première condition importante pour la réussite d’un programme est que le nombre des œuvres soit limité. »[1] Je me remémorais hier ces mots de Wolfgang Stresemann (1904-1998), en écoutant – à la Remise Mendelssohn de Berlin – une séance de musique de chambre consacrée à la « Sérénade »[2] opus 10 d’Ernst von Dohnányi (1877-1960) et au « Quatuor avec piano » opus 25 de Johannes Brahms (1833-1897). La réunion de ces deux partitions a résulté des réflexions de Judith Ingolfsson et de Vladimir Stoupel, les co-directeurs artistiques du festival « La dernière rose de l’été ». En a résulté la juxtaposition d’oeuvres certes différentes, mais proches.
En effet, les racines hongroises de von Dohnányi, le grand-père du regretté chef d’orchestre Christoph von Dohnányi (1929-2025), et la fascination permanente de Brahms pour la musique populaire magyare se combinent d’une manière fructueuse. Datant de 1902, la « Sérénade » pour trio à cordes puise dans les trésors stylisés d’un folklore fascinant dont Bártok et Kodály firent leur miel. Elle comporte aussi une citation de Haydn, autre maître attiré par les ressources sonores hongroises traditionnelles. De son côté, Brahms affirme son amour pour la virtuosité des violonistes et des cymbalistes tziganes durant le « Presto » final du « Quatuor avec piano » opus 25, écrit quatre décennies avant la « Sérénade » de von Dohnányi .[3] Tant la violoniste Judith Ingolfsson, l’altiste Alan Stoupel et le violoncelliste Friedemann Ludwig que le pianiste Vladimir Stoupel ont donné une lecture impressionnante de cette partition pleine de traquenards. D’ailleurs, la constance de Vladimir Stoupel au piano suscite l’admiration. Elle dure depuis des décennies. Elle aura encore fait merveille hier avec Brahms.
Comme l’an passé, « La dernière rose de l’été » organise des masterclasses destinées à des étudiant(e)s en musique de haut niveau. Pour la session 2026, vingt-deux d’entre eux sont venus à Berlin afin d’y travailler durant deux semaines. Une moitié est arrivée – outre d’Allemagne – d’Indonésie, du Mexique et des États-Unis. L’autre moitié provient d’Ukraine. Cette impulsion a été donnée à la suite du séjour de Judith Ingolfsson à Kiev, où elle aura joué au printemps dernier le « Concerto pour violon » opus 61 de Beethoven. Comme on le sait, l’Allemagne est le pays de l’Union Européenne soutenant le plus l’Ukraine dans le conflit armé l’opposant à la Fédération de Russie depuis février 2023. Il est donc heureux que des jeunes musiciens ukrainiens prometteurs découvrent une nation où règne la paix et puissent progresser dans leur art.
Tel est le désir de la Société Mendelssohn et de l’Ambassade d’Irlande en Allemagne, co-organisatrices de ces manifestations. Une fois encore, un public nombreux et fidèle les aura suivies. On y aura notamment vu Marc Sagnol (*1956), un proche de l’écrivain et cinéaste Claude Lanzmann (1925-2018).
Dr. Philippe Olivier
[1] Werner Grünzweig et Christiane Niklew (dir.) : Wolfgang Stresemann, Archiv der Akademie der Künste Berlin, Wolke, Hofheim, 2004, p. 31. Ces mots son tirés d’un texte écrit par Wolfgang Stresemann en 1946, tandis qu’il vivait encore aux États-Unis. Il y avait fui en 1939, afin d’échapper aux persécutions nazies. Le même Stresemann fut ensuite directeur général de l’Orchestre philharmonique de Berlin.
[2] Les exécutants de l’œuvre ont été la violoniste islandaise Sif Magrét Tulinius, l’altiste Alan Stoupel et le violoncelliste Friedemann Ludwig.
[3] L’œuvre est aussi connue en tant qu’élément du répertoire symphonique, suite à l’orchestration qu’en réalisa Arnold Schönberg en 1937.
