Les moissons musicales du Vigan

Les moissons musicales du Vigan

dimanche 16 août 2026

©AP

L’été venu, les mélomanes deviennent voyageurs. Ils abandonnent leurs fauteuils, leurs habitudes, leurs salles de concert pour parcourir les routes de France. Pour un Impromptu de Schubert, un Nocturne de Chopin, un Quatuor de Beethoven, les voilà capables de franchir des montagnes, de s’égarer dans des chemins à peine connus des GPS, de découvrir des cours de châteaux, des places de villages, des nefs d’églises.

Un jour, ils traversent les grandes zones boisées des Cévennes, longent les plateaux des Causses, suivent une route qui tourne, monte, redescend — et arrivent au Vigan. Là, dans cette petite ville du Gard, la musique fait ses moissons depuis cinquante ans. Et quelles moissons ! Des musiciens de classe internationale sont venus s’exprimer jusqu’ici.

À l’origine de ce festival il y a un homme : Christian Debrus, pianiste, musicien, humaniste. Il a créé cette manifestation il y a un demi-siècle et est toujours à sa tête. Combien de directeurs en France, en Europe, ont une telle longévité à la tête de leur festival ? Christian Debrus est peut-être unique. Un soir, le public s’est levé en son honneur. Une standing ovation non pour un pianiste, pour une cantatrice, pour quelque virtuose – mais pour un directeur du festival ! C’était aussi rare que mérité.

La maire du Vigan, Sylvie Arnal, fidèle soutien de la manifestation, pouvait elle aussi être fière en voyant dans sa commune de quatre mille habitants plus de cinq cents personnes remplir l’église Saint-Pierre pour entendre le Gloria de Vivaldi. L’œuvre était interprétée par l’Orchestre de chambre de Toulouse et le chœur de l’Abbaye de Silvanès sous la direction de Michel Piquemal.

Nous y étions.

L’Orchestre de chambre de Toulouse fut parfait. Mais la meilleure surprise, ce soir-là, venait peut-être du chœur. Michel Piquemal a le génie de la direction chorale. Donnez-lui des choristes, une abbaye et une semaine de stage. il réussira à fondre les timbres des voix, à unir les respirations, à obtenir des attaques précises, des phrasés souples, des nuances naissant sans heurt, sans crispation. Beaucoup de ses stagiaires avaient un certain âge mais l’ensemble sonnait « jeune ». Magie de Piquemal ! Deux solistes, Eva Plouvier et Gaëlle Mallada firent étinceler les vocalises de Vivaldi.

Le lendemain, il fallut reprendre la route. Le concert avait lieu à Saint-Martial. Pour rejoindre ce village, on serpente longtemps sous les arbres. La route se rétrécit, s’enroule autour des montagnes, longe une vallée, franchit un col. À chaque virage, on se demande qui aura l’audace d’accomplir un tel parcours pour aller au concert. Au bout de presqu’une heure, le vieux village apparaît, comme surgi de l’Histoire de France, avec ses ruelles étroites, ses passages voûtés, ses pierres qui ont connu les siècles. Dans l’église – surprise ! – un piano de concert Steinway trône dans la nef. Les vieux murs de schiste sont trop étroits pour contenir la foule qui est venue de toute la région, en présence de Carole Delga, présidente de la Région Occitanie.

Ce soir là, nous avons entendu une version idéale, vertigineuse, des Douze études opus 25 de Chopin par le pianiste coréen de 19 ans, Saehyun Kim, qui remporta l’an dernier le concours international Marguerite Long.

Telles sont les merveilles que l’on peut entendre, si on sait les trouver, au creux des villages de France.

André PEYREGNE
13 et 16 aout 2026

 

 

 

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.