CHOREGIES D’ORANGE 2026 – MUSIQUES EN FÊTE –

CHOREGIES D’ORANGE 2026 – MUSIQUES EN FÊTE –

vendredi 19 juin 2026

©Philippe Gromelle

Un rendez-vous populaire et musicalement exigeant

C’était, cette année, la quinzième édition de Musiques en fête en direct des Chorégies d’Orange, l’un des rendez-vous les plus prisés du petit écran chez les amateurs d’art lyrique mais aussi chez les dilettantes de grande musique et, tout simplement, chez celles et ceux qui aiment la musique bien écrite ! Dans une période d’incertitude pour le plus ancien festival français, ce lancement en fanfare fait toujours souffler un air « frais » bienvenu.

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©Philippe Gromelle

Retour sur quelques temps forts musicaux de cette édition.

On le sait d’expérience et de fréquentation : dans ce type de soirée festive, c’est l’alternance des approches musicales qui garantit le succès auprès d’un public populaire, généreux en applaudissements – voire en Ola ! – venu en famille pour vivre la musique comme un partage sans filtre.

Conçu, en particulier, par Alain Duault, le programme de cette quinzième édition aura fait une large part à de grands classiques de l’art lyrique – de l’incontournable Carmen, largement présente cette année, à Rigoletto en passant par Norma, Lucia di Lammermoor, I Puritani – mais aura également fait la part belle à la pop music, au disco, à la variété française, à l’opérette et à la comédie musicale : que demander de plus ?!

Présentée de façon toujours professionnelle, et avec leur simplicité coutumière, par Judith Chaine et Cyril Féraud, la soirée aura vu pas moins de 3 chefs d’orchestre se succéder à la tête de l’orchestre national de Cannes, en la personne d’Ariane Matiakh, Didier Benetti – deux habitués des lieux – et du jeune et brillant maestro Clément Lonca, récemment nommé premier Kapellmeister de l’Opéra de Berne. Une baguette à suivre de près.

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©Philippe Gromelle

Parmi les moments à retenir de cette édition, les apparitions de Julie Fuchs, avec sa classe coutumière et ce chant racé qui la caractérise : la valse du Robinson Crusoé d’Offenbach « Conduisez-moi vers celui que j’adore », d’abord, puis le duo Adina/Dulcamara « Io son ricco » (avec Jérôme Boutillier) et, enfin, le cantique « Amazing Grace » (avec Marina Viotti), trois moments qui auront permis à un public, pas forcément expert, de découvrir le miracle de la voix humaine !

Si on a malheureusement trouvé peu de caractérisation au « Mexico » du ténor Vincent Guérin, une voix prématurément ternie à la basse Nika Guliashvili dans le « rondo du Veau d’or » – on se souvenait pourtant d’un Sourine bien chantant dans La Dame de pique mise en scène par Olivier Py avant la pandémie – et un chant encore en devenir chez le jeune ténor Julien Henric, qui doit absolument apprendre à canaliser un organe plutôt séduisant mais auquel la nuance piano fait, à ce jour, défaut dans l’air de la fleur, la présence charismatique de Marina Viotti, entrant, sous la baguette virevoltante d’Ariane Matiakh, sur la chanson bohème de Carmen, emporte immédiatement l’adhésion du public, qui lui réservera également un triomphe dans un quintette, extrait de la même œuvre, à la belle cohésion d’ensemble (Mariam Battistelli, Anne-Lise Polchlopek, Vincent Guérin, Florian Sempey).

De même, si les couplets du toréador captent davantage l’attention par les applaudissements rythmés, et quasi incessants, du public plus que par la voix gutturale du baryton-basse Mark Kurmanbayev, on retrouve ce chanteur mieux inspiré dans l’air de Raimondo de Lucia di Lammermoor, porté, il est vrai, par les artistes du chœur de Parme rigoureusement préparés par Stefano Visconti. Permettons-nous d’écrire, au passage, qu’il est dommage, cette année, de ne pas avoir davantage profité de la présence d’un artiste de la qualité du chef du chœur de l’Opéra de Monte-Carlo, et de n’avoir guère pu nous délecter de moments exclusivement choraux : le répertoire est pourtant large et évite sans problème l’écueil de la répétitivité !

On retrouvait avec plaisir Florian Laconi dans un « Vesti la giubba » au legato soigné et sans effets de glotte intempestifs, puis dans le duo de Cavalleria rusticana où notre ténor est rejoint par la mezzo Anne-Lise Polchlopek, au phrasé de belle tenue et à l’aigu dardant.

Musiques en fête permet souvent de faire entendre des artistes lyriques auxquels les scènes lyriques françaises commencent à confier des premiers rôles : c’est le cas, tout d’abord, avec la soprano d’origine éthiopienne Mariam Battistelli, ébouriffante d’agilité et d’espièglerie dans la vocalité de l’Adina de L’Elisir d’amore puis dans les trilles de la polonaise des Puritains, malgré une attaque incertaine, particulièrement bien gérée par le maestro Clément Lonca, décidément à son affaire dans le Bel Canto romantique. C’est également le cas avec Emy Gazeilles, dont on suit, depuis maintenant plusieurs années, l’ascension fulgurante : dans la valse de Musetta comme dans les extraits de Rigoletto au programme, la soprano avignonnaise a gagné encore en aplomb vocal dans l’aigu – depuis son inoubliable Lisette dans La Rondine au festival de Gattières – et le grave a acquis une rondeur bienvenue.

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©Philippe Gromelle

On n’aurait garde d’oublier la prestation, toujours très attendue ici, du chœur des élèves des classes CHAM du collège Joseph d’Arbaud de Vaison-La-Romaine, qui vient rythmer de son enthousiasme communicatif les extraits du Roi Lion et le gospel « Oh happy day ! », tous deux permettant d’entendre les voix magnifiques du Gospel Hooks.

Des prestations nombreuses de Florian Sempey, lors de cette édition, on retiendra en tout premier lieu une cavatine et cabalette de Riccardo des Puritains magnifiquement ciselées et à la vaillance couronnée d’un beau la aigu. Du luxe probablement dans ce type de soirée où, le programme s’écoulant, l’attention du jeune public semble faiblir quelque peu… .

Mais ce sont probablement les interventions de l’autre grand baryton vedette de la soirée, Jérôme Boutillier, qui nous auront le plus séduit. A la fois dans les duos de L’Elisir d’amore, avec Adina, mais, surtout, dans un « Cortigiani… », un duo de la vengeance et un quatuor de Rigoletto – tous deux dirigés avec grand professionnalisme par Clément Lonca – le chanteur fait entendre une voix au timbre attachant et bien reconnaissable, doublée d’un phrasé parfaitement adapté aux exigences verdiennes. En outre, la caractérisation du personnage, même sur quelques extraits, est bien présente. A quand un Rigoletto intégral sur l’une de nos scènes françaises ? Vocalement et dramatiquement, tout est en place pour !

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©Philippe Gromelle

L’atout charme de cette soirée, un peu roborative malgré tout ? Un tango d’Astor Piazzolla où le bandonéon de Théo Ould se mêle à la voix chaude de Marina Viotti, l’archet de Camille Thomas dont l’émouvante couleur du violoncelle fait, soudain, de la Bohème d’Aznavour un véritable lied ou encore le swing romantique et éternel dégagé par la direction de Didier Benetti dans l’ouverture arrangée de Singin’ in the Rain !

Il nous reste à former le vœu que parmi le public jeune de cette soirée, la petite graine de la « bonne » musique ait pu germer et ne cesse plus, désormais, de grandir…

Hervé CASINI
19 juin 2026

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