Au Rossini Opera Festival de Pesaro : reprise de La scala di seta mise en scène par Damiano Michieletto

Au Rossini Opera Festival de Pesaro : reprise de La scala di seta mise en scène par Damiano Michieletto

jeudi 13 août 2026

©Amati Bacciardi

Pour compléter son affiche 2026, le Rossini Opera Festival (ROF) reprend la production de La scala di seta créée ici même en 2009 par Damiano Michieletto. Il est d’ailleurs à noter que le spectacle avait été remonté en 2011 et qu’il s’agit donc de la troisième fois qu’il est proposé lors de la manifestation.

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©Amati Bacciardi

Le décor conçu par Paolo Fantin est un plan d’appartement tracé au sol, avec les noms des pièces, emplacements des meubles, fenêtres et portes. Pendant la Sinfonia, des machinistes amènent le mobilier, en incluant la cuisine toute équipée et les personnages de Giulia et Dorvil, qu’on porte à la manière de mannequins. Un miroir à 45° au-dessus du plateau renvoie les images vues de dessus au public, tandis que les personnages vont et viennent, ouvrent des portes invisibles ou se cachent derrière des cloisons également inexistantes. On pourrait croire à un appartement témoin, tant les pièces sont idéalement agencées et le logement dans un état de rangement et propreté impeccable. Nous sommes davantage à notre époque qu’aux temps de la création de l’ouvrage, au Teatro San Mosè de Venise en 1812 : le serviteur Germano fait son repassage en regardant sa série préférée à la télévision et la jeune Giulia pratique la gymnastique en rythme.

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©Amati Bacciardi

Après une première impression d’une voix sans doute plus large que celle attendue dans le rôle de Giulia, l’instrument d’Hasmik Torosyan se met rapidement au diapason de notre oreille, pour dégager de plus en plus de charme. Son grand air « Il mio ben sospiro e chiamo » est ainsi bien conduit, avec musicalité dans la cantilène, puis souplesse et abattage pour aborder la partie rapide de la cabalette.

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©Amati Bacciardi

En débuts au ROF, la mezzo Mara Gaudenzi fait valoir une voix ferme et séduisante en Lucilla. La mise en scène en fait cependant une femme prise soudainement de passion amoureuse envers Blansac, se dévêtant avec un entrain frénétique. Le chant est alors en rapport avec ce jeu survolté, et on aimerait beaucoup l’entendre à présent dans un autre rôle, plus posé.

Les bonheurs ne sont pas tous les mêmes du côté du plateau masculin, à commencer par le Dorvil d’Alasdair Kent, ténor certes agile et capable d’extensions à haute altitude vers l’aigu, mais d’un trop petit format pour donner de l’épaisseur à son personnage. Le timbre se resserre d’ailleurs plus on monte dans l’aigu, pour passer en sonorités nasales moins agréables.

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©Amati Bacciardi

Le cas de Paolo Bordogna en Germano est moins univoque, formidable acteur déjà présent lors des représentations de 2009 et 2011 et qui renouvelle son tour de force de nous faire sourire et rire, par ses mimiques, en communiquent avec son nounours qui ne le quitte pas, en prononçant quelques mots bizarrement aussi. Mais le chanteur est moins à la fête, d’une intonation souvent imparfaite.

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©Amati Bacciardi

Déjà titulaire de Figaro dans Il barbiere di Siviglia au ROF en 2020, le baryton Iurii Samoilov se montre bien plus stable et épanoui en Blansac, timbre de qualité et bien projeté naturellement. Enrico Iviglia complète dans le rôle peu développé de Dormont, le vieux tuteur de Giulia, sans air en propre dans cette partition.

Le chef Iván López-Reynoso anime les musiciens de Orchestra del Teatro Comunale di Bologna, qu’on sent parfois à la limite dans les passages de plus grande virtuosité, ceci dès la Sinfonia initiale où les bois relèvent un peu à l’arraché le défi de la vitesse d’exécution. A signaler aussi les interventions bien inspirées musicalement, et parfois empreintes d’humour, du pianoforte de Giorgio d’Alonzo au cours des récitatifs.

Irma FOLETTI
13 août 2026

La scala di seta, opéra de Gioachino Rossini
Pesaro, Teatro Rossini

Direction musicale : Iván López-Reynoso
Mise en scène : Damiano Michieletto
Décors et costumes : Paolo Fantin
Lumières : Alessandro Carletti

Dormont : Enrico Iviglia
Giulia : Hasmik Torosyan
Lucilla : Mara Gaudenzi
Dorvil :Alasdair Kent
Blansac : Iurii Samoilov
Germano : Paolo Bordogna

Orchestra del Teatro Comunale di Bologna

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