Créée au Opera Festival de Pesaro (ROF) en 1987, la mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle (1932 – 1988) conçue pour L’occasione fa il ladro avait déjà été reprise en 1996 et 2013, aux bons soins de Sonja Frisell, tout comme pour cette série. Ces nouvelles représentations en 2026 nous confirment qu’il est en effet salutaire de proposer au ROF, par exemple une fois par décennie, ce modèle de spectacle naturel et vivant, où le théâtre s’anime avec simplicité et intelligence.

C’est d’abord le personnage de Martino, valet de Don Parmenione, qui entre en scène par la salle, distribue des partitions au chef ainsi qu’à quelques musiciens, puis monte sur scène pour y placer le bagage de son patron. Et c’est au travers de cette valise que sortent, par les dessous, les accessoires et protagonistes de cette burletta per musica. Pendant la sinfonia, le plateau d’abord nu reçoit de rares éléments de décors, tables et chaises, ainsi que des toiles montées à vue. Les techniciens vont et viennent avec efficacité, tirent les cordes pour élever les cintres et déplier les bâches peintes qui figurent l’auberge dans laquelle les voyageurs se rencontrent, puis la maison de Don Eusebio dans laquelle se déroule la majorité de l’intrigue… un théâtre dans le théâtre indémodable et insurpassable depuis bientôt 40 ans ! L’échange des valises entre le Comte Alberto et Don Parmenione n’est pas fortuit ici, c’est Martino, dans une sorte d’arrêt sur image où tous les autres personnages se figent, qui procède sciemment au remplacement qui conduira à l’usurpation d’identité par Don Parmenione dans cette intrigue amoureuse.
La distribution vocale est surtout homogène et composée d’anciens participants à l’Accademia Rossiniana du Festival.

Pour la soprano Damiana Mizzi le rôle de Berenice est le premier au ROF depuis sa participation à l’Accademia en 2013, chose curieuse tellement sont évidentes ses qualités. La ligne vocale est superbement conduite, avec douceur dans la cantilène intermédiaire de son long air « Voi la sposa pretendete », puis elle chante avec panache sa dernière section agitée, avec vocalises bien détachées et notes piquées précises, amenant d’intéressantes variations dans la reprise.

Membre de l’Accademia en 2017, la mezzo Martiniana Antonie fait valoir elle aussi une voix bien assurée en Ernestina.

Côté masculin, les participations à l’académie de chant du ROF sont plus récentes, soit 2022 pour Dave Monaco qui défend le rôle du Comte Alberto ce soir. Le jeune ténor italien de 30 ans est déjà bien connu en France, où il a chanté La Cenerentola dans plusieurs théâtres, ou encore Almaviva du Barbiere di Siviglia à l’Opéra de Nice en mai 2025. Le format est typiquement celui d’un ténor rossinien, voix d’un volume réduit mais agile et facile dans l’aigu, comme il le démontre dans son air « D’ogni più sacro impegno », aux intonations parfois dans le masque.

Doté intrinsèquement d’un beau grain de baryton, Matteo Mancini en Don Parmenione nous paraît devoir encore développer l’ampleur de son instrument, celui-ci en l’état s’effaçant significativement dans la partie la plus grave, ainsi qu’au cours des passages sillabato.

Membre de l’Accademia en 2023, tout comme Mancini, l’autre baryton Giuseppe Toia s’affirme davantage en Martino, en particulier dans des aigus plus épanouis. Bien moins sollicité pour les parties chantées, le ténor Manuel Amati n’en émet pas moins un son bien concentré en Don Eusebio.
La bonne surprise est la très bonne tenue de l’Orchestra Sinfonica G. Rossini, sous la baguette dynamique d’Alessandro Bonato. L’animation musicale est fine et précise, ceci dès l’Ouverture qui contient d’ailleurs la Musique d’orage du Barbiere di Siviglia. Le chef sait aussi varier, à bonne dose, les nuances, en renforçant par exemple le mordant d’une attaque aux cordes, ceci tout en conservant le bon équilibre avec les solistes sur scène.
Irma FOLETTI
12 août 2026
L’occasione fa il ladro, opéra de Gioachino Rossini
Pesaro, Teatro Rossini
Direction musicale : Alessandro Bonato
Mise en scène, décors et costumes : Jean-Pierre Ponnelle
Reprise de la mise en scène : Sonja Frisell
Lumières : Fabio Rossi
Don Eusebio : Manuel Amati
Berenice : Damiana Mizzi
Conte Alberto : Dave Monaco
Don Parmenione : Matteo Mancini
Ernestina : Martiniana Antonie
Martino : Giuseppe Toia
Orchestra Sinfonica G. Rossini






