Théâtre de l’Odéon-Opéra de Marseille : La Vie parisienne

Théâtre de l’Odéon-Opéra de Marseille : La Vie parisienne

dimanche 25 octobre 2026

©Marc Jénoc

Ce qu’il y a peut-être de plus remarquable lorsqu’on se rend au Théâtre de l’Odéon-Opéra de Marseille, pour assister à une opérette, c’est son public.

Multigénérationnel, chaleureux, réactif, qui fait un triomphe à chaque air et à chaque acte, dans une bonne humeur communicative, et c’est un réel plaisir de partager ces moments musicaux.

Pourtant, tout cela a bien failli ne pas avoir lieu en ce week-end du 24-25 octobre !

Malgré le grave contexte social actuel, la direction de l’Opéra de Marseille a fait le choix, après l’annulation par mesures de sécurité de la représentation du samedi 24 octobre, de maintenir cette Vie parisienne, ce dimanche 25 octobre.

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©Marc Jénoc

On retrouve parmi les artistes de la représentation quelques « habitués » du Théâtre de l’Odéon, ce qui peut rappeler le temps où existaient dans tous les théâtres lyriques, des « troupes » qui faisaient vivre chaque soirée de spectacle avec un bel esprit de connivence.

Ainsi de Carole Clin, ex-chanteuse lyrique soprano, qui orienta la majorité de sa carrière vers le monde de l’opérette et de la comédie musicale ( Hello Dolly, Phi-Phi, Les Mousquetaires au Couvent, No no Nanette… ), où elle excella.

Désormais, très régulièrement, elle met en scène des opérettes et autres comédies musicales à l’Odéon.

De L’Auberge du Cheval blanc en 2021 aux partitions de Francis Lopez et Vincent Scotto, jusqu’à cette Vie parisienne d’Offenbach, Carole Clin n’a eu de cesse de nous offrir un vrai talent de metteuse en scène au service du style lyrique léger et ensoleillé allié à un véritable savoir-faire.

Cette nouvelle production du chef-d’œuvre d’Offenbach succède donc à celle de 2022 que nous avait proposé Olivier Lepelletier.

On apprécie les somptueux costumes sortis des réserves richement dotées de l’Opéra de Marseille, ainsi qu’une jolie et très efficace scénographie, notamment le lever de rideau tout en ombres chinoises avec la projection d’un ancien film en noir et blanc représentant l’entrée en gare d’un train.

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©Camille Rovera

La mise en scène, alerte, drôle et inventive joue le jeu d’un joyeux premier degré, et cela plaît, jusqu’à un final endiablé dans une belle chorégraphie d’Anne-Céline Pic-Savary pour ses six danseurs et danseuses pour un French Cancan obligé et explosions de paillettes dorées; ce qui déclenche de la part du public un tonnerre d’applaudissements.

Musicalement, on a également affaire ici à de bien jolis personnages aussi bien vocalement que sur le plan dramaturgique.

Offenbach composa initialement sa Vie parisienne pour la troupe du théâtre du Palais Royal (1866) et non des chanteurs lyriques; devant les difficultés rencontrées par des comédiens dépassés par une partition trop exigeante sur le plan musical, le compositeur révisa son œuvre, et c’est ainsi que naquit une seconde version (1873), destinée à de véritables chanteurs lyriques pour le Théâtre des Variétés, et qui rencontra immédiatement un grand succès toujours d’actualité.

Nous sommes donc bien plus habitués à entendre dans cette œuvre des chanteurs rompus au genre lyrique que d’entendre des comédiens.

Quelques timides tentatives toutefois, avaient essayé de reprendre l’ idée de confier l’ouvrage à des comédiens (Opéra de Lyon 1991 par exemple), mais sans grand succès soyons honnête.

Il faudra attendre que la fameuse maison d’édition discographique Bru Zane, toujours à la recherche d’authenticité, nous propose un enregistrement exemplaire paru en 2024 de cette première version.

S’ensuivit une très grosse coproduction scénique dans la mise en scène par Christian Lacroix, qui est encore proposée sur les grandes scènes lyriques actuellement, immortalisée par une édition Blu-ray/DVD, et qui a convaincu de la qualité de cette partition originale.

Toutefois, la seconde – et beaucoup plus connue – version de 1874 a encore de beaux jours devant elle, notamment grâce à des pages remarquables qui ne figurent pas dans la version d’origine.

Malgré tout, malheureusement, nous avons eu à regretter en ce dimanche 25 octobre les nombreuses micro coupures aussi bien musicales que dans les textes qui ont entaché quelque peu cette pourtant bien sympathique production (jusqu’à un acte IV sérieusement amputé, qui en vint presque à rendre le dénouement incompréhensible).

C’est dommage car musicalement nous avions là une bien jolie distribution !

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©Camille Rovera

Raoul de Garde-feu et Bobinet, les deux jeunes bourgeois qui veulent « se rapprocher » des femmes du monde, ténor et baryton ou baryton et ténor ?

C’est vrai que Offenbach a laissé planer un doute, puisque initialement ces deux rôles étaient destinés à des comédiens, donc des tessitures vocales plutôt floues.

Toutefois en transformant la partition en pièce lyrique, et pour distinguer les deux personnages, respectivement pour un ténor et un baryton (martin ?), Offenbach semble avoir fixé pour toujours ces deux ambitus vocaux.

Un peu comme le fit l’Opéra de Lyon en 2007 qui avait choisi deux barytons pour incarner les deux jeunes hommes, l’opéra de Marseille a choisi lui, d’inverser les deux voix par rapport à ces deux rôles et après tout c’est là une excellente idée: en choisissant de confier les rôles aux magnifiques Philippe Estèphe et Kaelig Boché, dont les physiques très proches en font quasiment deux frères et dont les voix, de surcroît, se marient à merveille ; leurs prestations révèlent une remarquable connivence en scène.

Il est vrai qu’Estèphe comme Boché sont deux remarquables tout jeunes artistes lyriques dont les invitations régulières sur les grandes scènes lyriques leur permettent désormais de se situer vers les sommets lyriques internationaux.

Kaelig Boché, chanteur élégant et racé, fin diseur, aux aigus solides, (qui a incarné l’an passé un très bel Aumônier dans Dialogues des carmélites à l’Opéra de Marseille), sera ainsi prochainement Piquillo dans la prometteuse Périchole pour les fêtes de fin d’année toujours à l’Opéra de Marseille.

Philippe Estèphe – dont nous gageons qu’il sera un jour un admirable Pelléas – titulaire de la bourse du Cercle Richard Wagner Nice Rive Droite participe régulièrement aux enregistrements Bru zane, et a déjà incarné un très beau Don Giovanni ( pour Opéra Éclaté ); il chante régulièrement sur les grandes scènes françaises ( Montpellier, Toulon, Rouen, Saint-Étienne, Limoges…et sera prochainement à Monte-Carlo puis à la Scala de Milan).

C’est dire le très beau niveau vocal que ces deux compères nous ont offert ce dimanche, qui plus est ce sont d’excellents comédiens. Bravo à eux !

Dans cette satire de la société bourgeoise du Paris du XIXe siècle, il y a de nombreux rôles, les énumérer tous serait un brin fastidieux, et que ceux que nous ne citerons pas spécifiquement nous pardonnent, mais il conviendra de dire que depuis les plus petits rôless jusqu’aux plus importants, la distribution est des plus convaincantes et de plus homogènes.

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©Camille Rovera

Commençons par l’admirable vétéran Jean-Claude Calon.

Dès son entrée en scène, ce petit bonhomme s’impose en deux mots prononcés et par une seule mimique; cela signale spontanément un immense artiste !

Ce grand Monsieur dont la carrière débuta en… 1956 côtoya les plus grands, à commencer par Luis Mariano au Théâtre du Châtelet (!), nous offre dans les petits rôles des serviteurs Alfred et Urbain une telle prestation, que ses scènes en deviennent de véritables monuments à elles seules !

De plus il donne une réplique musicale parfaite dans les ensembles. Un très grand artiste.

Elsa Roux Chamoux, de par son élégance et ses qualités vocales nous dessine une bien jolie Baronne de Gondremarck.

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©Camille Rovera

Pour son époux de théâtre, le Baron de Gondremarck, nous retrouvons avec plaisir Olivier Grand, aussi impayable ici que dans son Général Boum l’an passé ici même, dans la Grande-Duchesse de Gérolstein. Véritable « bête de scène » il dévore le plateau avec un appétit d’ogre, et juste le brin de naïveté qui sied au personnage, pour la plus grande joie d’un public conquis.

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©Camille Rovera

Nous retrouvons également avec plaisir dans le rôle de l’hautaine et malicieuse Metella, Laurence Janot qui nous avait offert la saison passée une bien belle Grande-Duchesse de Gérolstein.

Son élégance naturelle, ses manières raffinées et son chant toujours distingué composent un portrait pertinent de la demi-mondaine parisienne, et chante fort bien la belle valse du IVe acte.

Bien sûr qu’un des rôles les plus attendus dans La Vie parisienne, est celui de la gantière Gabrielle, alias la Veuve du Colonel et Madame de Saint Amarante.

La soprano colorature Corse Julia Knecht, premier prix du Conservatoire National Supérieur de Paris en 2013, qui a déjà interprété sur les scènes de l’Opéra de Versailles et de l’Opéra de Bordeaux le rôle de La Reine de la Nuit, impressionne et galvanise le public par ses aigus stratosphériques et sa sûreté d’interprétation.

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©Camille Rovera

Avec sa voix immense et sa folle énergie, Marc Larcher s’en donne à cœur joie pour notre plus grand bonheur, dans les rôles de composition du fameux Brésilien et du bottier Frick alias le Major .

Amandine Ammirati, interprète remarquable déjà dans Berlioz, Weber ou Puccini, chante (et joue) ici le rôle de la servante Pauline admirablement, avec une grande voix chaleureuse et enveloppante.

Le jeune chef d’orchestre Mehdi Lougraïda (qui inexplicablement ne s’est pas présenté lors des saluts finals), mène tout ce petit monde avec beaucoup de finesse, en faisant ressortir les jolis contrepoints de la partition, mais nous a cependant paru parfois manquer de panache; après une ouverture orchestrale lente et prudente, voire timide, la représentation finit heureusement par trouver son rythme, paramètre indispensable à toute représentation d’un opéra-bouffe d’Offenbach.

On remarquera également avec regret, de sérieux et inexplicables décalages à l’orchestre notamment dans la fameuse valse « À minuit » que chante Metella à l’acte IV; c’est surprenant, car ce n’est pas la page la plus complexe de l’œuvre…

Cela finit par rentrer dans l’ordre et le beau French cancan qui clôt la représentation emporte l’enthousiasme du public qui demande même un bis.

Très belle participation des chœurs de l’opéra de Marseille.

Permettons-nous un dernier mot, qui relève plus d’une réflexion personnelle: tous ces artistes musiciens, des plus jeunes aux plus âgés, dont nous venons de parler, ont en eux une telle gentillesse, une telle humilité envers leur art et envers la musique, qu’une seule expression vient à l’esprit: c’est là l’apanage des plus grands.

Merci à tous ces artistes de nous offrir ainsi leur talent avec cette belle sincérité !

Marc Jénoc
25 octobre 2026

Direction musicale : Mehdi LOUGRAÏDA
Mise en scène : Carole CLIN
Régie de production : Isabelle Dolivet
Chorégraphie : Anne-Céline PIC-SAVARY
Chef de chœur : Florent Mayet
Costumes : Opéra de Marseille

Metella : Laurence JANOT
Gabrielle : Julia KNECHT
Pauline : Amandine AMMIRATI
La Baronne de Gondremarck : Elsa ROUX CHAMOUX
Léonie : Francesca CAVAGNA
Clara : Alexia MACBETH
Louise : Christine TUMBARELLO
Le Baron de Gondremarck : Olivier GRAND
Bobinet : Kaëlig BOCHÉ
Raoul de Gardefeu : Philippe ESTÈPHE
Frick & le Brésilien : Marc LARCHER
Prosper : Philippe BÉRANGER
Joseph & Alphonse : Dominique DESMONS
Urbain & Alfred : Jean-Claude CALON
Employé de gare : Cédric BRIGNONE
Gontran : Jean-Michel MUSCAT
Danseurs : Marie GIBAUD, Anne-Céline PIC-SAVARY, Marion PINCEMAILLE, Maxime BORDESSOULES, Idir CHATAR, Guillaume REVAUD

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

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