Festival Verdi à Parme – Gala Verdiano, octobre 2026

Festival Verdi à Parme – Gala Verdiano, octobre 2026

samedi 10 octobre 2026

©M. RICCI-Festival de Parme

« En l’an mil huit cent treize, le douze octobre, à neuf heures du matin, se présenta devant nous, accompagné du maire de Busseto et de l’officier d’état civil de ladite commune de Busseto, département de Taro, Verdi Carlo, âgé de vingt-huit ans, aubergiste, domicilié à Roncole, qui nous présenta un enfant de sexe masculin, né le dix de ce mois à huit heures du soir, déclaré par lui-même et par Luisa Uttini, fileuse, domiciliée à Roncole, son épouse, et à qui il déclara vouloir donner les noms de Giuseppe Fortunino Francesco. » C’est l’acte de naissance de Giuseppe Verdi, rédigé en français, car le duché de Parme était alors annexé et administré par la France napoléonienne. L’acte fut établi le 12 octobre, tandis que la naissance de Verdi est traditionnellement située au 10 octobre.

C’est ainsi que Parme, comme chaque année, n’oublie certainement pas le 213e anniversaire de son illustre enfant et le célèbre avec le désormais traditionnel Gala Verdi, un concert comprenant une symphonie et deux actes individuels.

Dans le cadre de ce festival, placé sous le thème des « mondes lointains », le Festival nous fait découvrir une œuvre rare : la Symphonie Guarany. L’opéra-ballet d’Antonio Carlos Gomes, créé au Teatro alla Scala de Milan le 19 mars 1870, connut un immense succès. Verdi lui-même, selon des sources contemporaines, aurait déclaré : « Ce jeune homme commence là où je m’arrête ! ».

PARMA GALA
©M. RICCI-Festival de Parme

James Conlon à la tête de l’Orchestre Philharmonique Toscanini, dirige cette ouverture d’un geste ample et rigoureux et parvient à mettre en lumière toute la richesse et la palette de couleurs de l’opéra-ballet de Gomes.

PARMA CONCERT GALA
©M. RICCI-Festival de Parme

La soirée se poursuit avec le deuxième acte d’Il corsaro, un mélodrame sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après un poème narratif de Lord Byron. Cet opéra, créé au Teatro Grande de Trieste le 25 octobre 1848, nous transporte en mer Égée, alors infestée de pirates. Dès les premières mesures, on est plongé dans le harem de Seid. Après le chant suggestif des odalisques, Gulnara s’attaque au célèbre et exigeant air « Vola talor dal carcere ». Alessia Panza, met sa voix de mezzo-soprano solide et bien projetée au service du phrasé de Verdi : la rondeur du timbre et la clarté de son chant agile sont remarquables, tout comme la détermination avec laquelle la soprano maîtrise les nombreux changements brusques de l’écriture.

Seid entre alors en scène, confiée ici au timbre chaud et chaleureux de Daniel Luis de Vicente. Le baryton confirme les qualités d’un instrument particulièrement adapté à l’écriture du jeune Verdi. Son chant puissant et l’accent incisif contribuent à définir l’aspect cruel et barbare de ce personnage.

Gal3
©M. RICCI-Festival de Parme

Le pirate quant à lui est incarné par Galeano Salas. Le ténor possède un timbre velouté, riche en harmoniques, et aborde la mélodie avec une assurance musicale indéniable. Galeano Salas privilégie toutefois une interprétation plus romantique qu’héroïque du personnage de Corrado, le corsaire.

Tous les artistes bénéficient d’un excellent soutien sur le podium. James Conlon, en effet, parvient à trouver un équilibre dynamique et sonore constant, soulignant les passages les plus tendus et atténuant autant que possible les accents romantiques.

Cet extrait se termine avec le Chœur du Teatro Regio qui, grâce à la direction de Martino Faggiani, offre une contribution précieuse et parfaitement calibrée.

En troisième partie, voici enfin le troisième acte de Jérusalem, un grand opéra en quatre actes sur un livret de Témistocle Solera et une adaptation française de Royer et Vaëz. La première eut lieu à l’Opéra national de Paris le 26 novembre 1847 : le monde évoqué est celui des Croisades, vers 1095.

L’acte s’ouvre sur l’aria d’Hélène, une pièce d’une remarquable complexité d’exécution et d’interprétation. Alessia Panza confirme ici encore son remarquable talent et interprète le cantabile, avec un chant doux et un legato d’une grande finesse. Puis elle se lance dans la cabalette avec une énergie et une assurance remarquables, abordant sans hésitation les montées répétées dans le registre aigu. L’interlude suivant (la fameuse « marche funèbre ») est dirigé par James Conlon sur un rythme à la fois solennel et poignant, comme s’il préparait déjà la scène du jugement de Gaston. Ce dernier prend vie dans le chant passionné de Galeano Salas : grâce à la luminosité de son timbre, le ténor traduit avec justesse le profond désir du personnage par l’ampleur de son chant et la fermeté de sa voix. Il se montre tout aussi convaincant dans les passages les plus détendus que dans les plus frénétiques. La prestation de Daniel Luis de Vicente, qui campe le comte de Toulouse avec la fierté appropriée, est remarquable, bien qu’un peu limitée.

Les seconds rôles apportent également une contribution précieuse, certains interprètes ayant déjà été appréciés au cours de la soirée : le sonore Long Ning, engagé d’abord comme un eunuque puis comme un officier, Agostino Subacchi, dans le double rôle de Giovanni et L’Émir, et Emil Abdullaiev dans celui du Hérault.

Les Chœurs du Teatro di Parma toujours splendides et capables de trouver le ton le plus approprié pour exprimer la portée dramatique du moment, contribuent largement au succès remarquable de la représentation.

Les influences du style romantique italien sont mises à l’honneur : force, grandeur, ampleur et présence de leitmotivs, grâce à la précieuse direction du maestro américain James Conlon, à la tête de l’Orchestre Philharmonique Arturo Toscanini, très bien préparé.

Le public, italien mais surtout international, a réservé un accueil triomphal à cette soirée.

C’est toujours émouvant de constater l’admiration et la passion que suscite Giuseppe Verdi et le lien fort qui unit Parme au Maestro.

Et « Viva Verdi » !!!

Marie-Thérèse Werling

Distribution

Direction musicale : James Conlon
Direction du chœur : Martino Faggiani

Gulnara (Il corsaro), Hélène (Jérusalem) : Alessia Panza
Corrado (Il corsaro), Gaston (Jérusalem) : Galeano Salas
Seid (Il corsaro), comte de Toulouse (Jérusalem) : Daniel Luis de Vicente
Giovanni, l’émir : Agostino Subacchi
Eunuque, officier : Long Ning
Le Héraut : Emil Abdullaiev

Orchestre : Filarmonica Arturo Toscanini
Chœur : Coro del Teatro Regio di Parma

Imprimer
Cookies
Nous utilisons des cookies. Vous pouvez configurer ou refuser les cookies dans votre navigateur. Vous pouvez aussi accepter tous les cookies en cliquant sur le bouton « Accepter tous les cookies ». Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre Politique de confidentialité et des cookies.