Monsieur Choufleuri restera chez lui le… / Saint-Priest-Ligoure (87) / Festival Opération Opérette

Monsieur Choufleuri restera chez lui le… / Saint-Priest-Ligoure (87) / Festival Opération Opérette

dimanche 18 octobre 2026

Pour son 6e spectacle, le Festival Opération Opérette a fait appel, avec le soutien de la Follembûche, à la compagnie « Inter Spinas Canta » pour présenter l’opérette bouffe d’Offenbach Monsieur Choufleuri restera chez lui le… C’est la salle polyvalente de Saint-Priest-Ligoure (Haute-Vienne) qui a accueilli le spectacle.

Monsieur Choufleuri restera chez lui le… est créé le 14 septembre 1861 à Paris aux Bouffes-Parisiens. L’ouvrage avait vu le jour une première fois le 31 mai de la même année au Palais Bourbon, Présidence du Corps Législatif. On n’en est pas surpris quand on récapitule le nom des auteurs, parmi lesquels figure le comte de Morny, demi-frère de l’Empereur. Il semble que Charles de Morny ait d’abord collaboré à l’écriture du livret aux côtés de Ludovic Halévy, Hector Crémieux et Ernest Lépine, tous proches du pouvoir. Pensant qu’on pourrait lui reprocher la charge satirique du sujet, il demande à Offenbach de paraître uniquement sur l’affiche comme compositeur sous le pseudonyme de Saint-Rémy, les notes étant sans doute moins sujettes à caution que les mots.

Monsieur Choufleuri, imbu de sa personne, décide d’organiser chez lui une soirée consacrée au Bel Canto. Il engage trois noms célèbres du chant italien et invite tout le gratin parisien. Mais un flop se profile : les chanteurs se décommandent et le public est résiduel. Ernestine, la fille de Choufleuri, entend sauver la mise. Elle fait appel à son amoureux, Chrysodule Babylas, compositeur sans le sou dont son père ne veut pas entendre parler comme gendre. Celui-ci monte à la va-vite un trio composé de lui-même et d’Ernestine, auxquels se joindra Choufleuri. Babylas profite de la situation pour faire sa demande en mariage à laquelle Choufleuri ne peut s’opposer sous peine de voir le subterfuge démaqué. La prestation musicale remporte le succès qu’un public ni connaisseur ni exigeant peut lui accorder.

La partition est courte. Après l’ouverture, l’air d’Ernestine, son duo avec Babylas et l’air de Petermann, un trio met en place le stratagème (ouvert par une phrase de La Dame blanche). L’entrée des invités, du couple Balandard, se déroule dans un court ensemble. Vient pour finir le clou de la soirée le fameux « Trio Patriotique ».

Ce dernier joue sur le décalage entre une musique estampillée italienne et des paroles extravagantes qui exagèrent et pourfendent les situations stéréotypées des opéras italiens de l’époque (Bellini, Donizetti, Verdi). On décrypte derrière le texte délirant, macaronique, le thème supposé être central de l’opéra italien. Le père en butte avec sa fille qui veut épouser l’ennemi de la patrie : supplications d’un côté, malédiction de l’autre. En ouverture de l’air, une allusion aux travaux d’Haussmann ; à la fin, une liste de compositeurs en vogue aux noms tarabiscotés.

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La mise en scène de Christophe Gateau

La mise en scène de Christophe Gateau apporte une grande lisibilité à l’ouvrage, mais elle prend aussi la mesure de la bouffonnerie. Le décor de Philippe Boustie est réaliste, même si les fenêtres sont utilement mobiles pour situer les personnages. Quelques accessoires (selle de cavalier, plumeaux et gants…) donnent de la fluidité au discours. Et les écriteaux, venus du théâtre de la Foire, atteignent toujours leur but. Dans le « Trio Patriotique » on arrivera au XXVIe acte de l’opéra ! Les éclairages de Margot Fillol complètent efficacement les effets recherchés.

Christophe Gateau met aussi en scène une opérette bouffe. Les costumes sont déjà excentriques, dépaysés, colorés dans les scènes réalistes, notamment pour Babylas en personnage de bande dessinée ou Madame Balandard énamourée à l’extrême. On atteint un nouveau palier dans le « Trio Patriotique » où les personnages, davantage alignés, permettent de pourfendre les stéréotypes des opéras romantiques parodiés, tout en introduisant une certaine folie dans les costumes, celui de la Sontag pouvant rappeler quelque apparition de Montserrat Caballé.

Tout au long du spectacle, la direction d’acteurs joue sur un certain réalisme psychologique (entrée des invités) transfiguré par la danse dans plusieurs numéros. Elle s’empare d’Ernestine et de Babylas dans leur « duo de la guitare enchantée du muletier Pedro » ou dans le trio très réussi où Babylas « arrive en galant paladin ». La mise en scène fait littéralement décoller le finale de l’ouvrage.

La distribution

La distribution est tout à fait idéale et bien inscrite dans la mise en scène.

Marine Boustie joue une Ernestine malicieuse qui sait parvenir à ses fins ; la voix pleinement timbrée, nuancée et expressive, à la diction de rêve, donne au personnage une vraie personnalité vocale qui sait prendre ampleur et puissance dans la parodie d’opéra du « Trio Patriotique ».

Le rôle de Choufleuri semble avoir été écrit pour Nicolas Bercet qui l’aborde sous l’angle de la comédie avec un génie dramatique accompli et sous l’angle vocal avec une voix ample, puissante et superbement projetée.

Le Babylas d’Étienne Girardin trouve une parfaite traduction scénique, sa voix claire et très agréable ajoutant au jeu déjanté du personnage.

Martin Queval apporte une « vis comica » très drôle à Petermann, tout en dotant le rôle d’une vocalité mordante.

On ne présente plus Nathalie Courtioux-Robinier toujours attendue dans le Festival ; sa Madame Balandard ne déroge pas à une époustouflante présence scénique toujours brillante.

Christophe Gateau dans Balandard n’est pas moins remarqué pour son investissement scénique et sa très jolie voix de ténor.

Le public a associé à la troupe la prestation pianistique verveuse et mélodique de Zoé Crozet-Robin, très attentive aussi aux chanteurs.

Longs applaudissements pour un spectacle des plus réussis.

Didier Roumilhac
18 octobre 2026

Mise en scène : Christophe Gateau
Scénographie / Lumières : Margot Fillol
Décors : Philippe Boustie
Ernestine : Marine Boustie

Monsieur Choufleuri : Nicolas Bercet
Chrysodule Babylas : Étienne Girardin
Petermann : Martin Queval
Mathilde Balandard : Nathalie Courtioux-Robinier
Balandard : Christophe Gateau

Piano : Zoé Crozet-Robin

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