Au Teatro Lirico de Cagliari : la douce folie du Cappello di paglia di Firenze de Nino Rota

Au Teatro Lirico de Cagliari : la douce folie du Cappello di paglia di Firenze de Nino Rota

jeudi 24 septembre 2026

©Angelo Cucca

Le Teatro Lirico de Cagliari met à son affiche Il cappello di paglia di Firenze de Nino Rota, sur un livret d’Ernesta Rinaldi et du compositeur, d’après la pièce d’Eugène Labiche Un chapeau de paille d’Italie. Si Rota est surtout connu pour ses musiques de films, en particulier la presque intégralité des bandes sonores des films de Federico Fellini, sa production lyrique compte tout de même une douzaine d’ouvrages. Nous avions ainsi chroniqué dans ces colonnes Aladino e la lampada magica, vu à Martina Franca à l’été 2024, mais c’est ce soir son opus le plus connu qui est proposé, intitulé « farsa musicale » en quatre actes et cinq tableaux.

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©Angelo Cucca

Le spectacle est monté dans la production de Damiano Michieletto, créée en 2007 au Teatro Carlo Felice de Gênes et reprise à Gênes fin 2024, puis fin 2025 à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. Point de transposition ou d’actualisation audacieuse de la part du metteur en scène vénitien, encore à ses débuts il y a presque vingt ans, mais un traitement respectueux et somme toute traditionnel de cette charmante comédie qui tourne régulièrement au vaudeville farfelu. On ne s’en plaint pas le moins du monde, la scénographie de Paolo Fantin se résumant à un grand plan incliné installé sur un plateau tournant. Les accessoires sont particulièrement spartiates, voire absents la plupart du temps et les lumières de Luciano Novelli sont plutôt crues et blafardes, suggérant davantage une salle d’attente dans un hôpital qu’un salon feutré du XIXe siècle. La topographie du praticable est modifiée à vue par des techniciens qui déplacent des cloisons, soit en position périphérique pour délimiter une grande salle, soit pour séparer les pièces en une chambre à coucher, un petit salon, voire une salle de bain. Lors de plusieurs entrées et sorties de scène, le chœur se déplace autour de ce plateau surélevé, en particulier pour les scènes d’extérieur. Le jeu théâtral est bien réglé et semble naturel, le texte ainsi que les situations cocasses suscitant le rire du public.

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©Angelo Cucca

Deux distributions alternent pour certains rôles, la première soirée du 24 septembre à laquelle nous avons assisté correspondant au second cast. En Fadinard, le ténor colombien César Cortés peut rappeler Juan Diego Flórez à ses débuts dans le même rôle à La Scala de Milan il y a une trentaine d’années, par sa couleur méditerranéenne, l’élégance de la ligne de chant, la séduction de l’aigu, quelques notes diminuées qui sonnent avec angélisme, sans oublier un registre grave plus discret.

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©Angelo Cucca

Le lendemain, Marco Ciaponi présente à peu près la même typologie vocale, avec sans doute un inconfort légèrement plus marqué pour ses notes les plus graves, mais un ténor bien concentré, bien disant et généreux dans l’émission des aigus, comme à la fin de l’ouvrage un Tutti v’abbraccio très longuement tenu. Le Nonancourt de Roberto Lorenzi maîtrise son sujet, baryton d’une belle présence vocale, timbre agréable et projeté avec vigueur. Sa seule faiblesse est finalement de souffrir des pieds en raison de chaussures trop petites pour se rendre à la noce de sa fille Elena, chaque accès de douleur « Ahi, che mal ! » étant accompagné d’un petit grincement à l’orchestre.

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©Angelo Cucca

En Beaupertuis, Matteo Loi est un mari parfaitement jaloux qui doute, avec raison, de la fidélité de sa femme Anaide en prenant un bain de pieds dans sa baignoire. L’aigu se resserre cependant, tandis que Marco Filippo Romano dégage davantage d’ampleur et donne plus de relief dramatique à son air de jalousie en début de troisième acte. Moins sollicité, Paolo Nevi est un zio Vézinet (l’oncle de l’épouse) stable et davantage ténor de caractère, tandis que l’amant Emilio est interprété par Antonino Giacobbe, baryton bien timbré mais à la puissance parfois mesurée.

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©Angelo Cucca

En Elena, la soprano Giulia Bolcato dispose d’une certaine musicalité, plusieurs aigus flottant toutefois avec un vibrato parfois envahissant. On la préfère alors au cours des passages où les notes ne sont pas tenues, comme dans sa scène de fin du IIIe acte « Papà, non mi lasciar », où la jeune fille redoute la nuit de noce en affrontant un équivalent de cabalette fleurie agrémentée de notes piquées. Lavinia Bini l’emporte le lendemain en présence vocale : médium puissant et assuré, aigus aériens filés et agréable conduite de la ligne vocale. Soprano moins aiguë, Anna Maria Sarra en Anaide rend crédible son rôle d’amante, en surjouant plusieurs fois l’épouse en danger. Alessandra Della Croce est une bonne actrice en Baronessa di Champigny, qui dit fort bien son texte, mais le chant est le plus souvent difficilement audible, sauf dans la partie la plus aiguë, bien projetée. On lui préfère Ana Victória Pitts, bien plus sonore et dotée d’un timbre voilé bien en ligne avec ce personnage de la haute société. Peu sollicitée, la Modista de Maria Rita Combattelli est bien chantante et garde une grande classe dans son court rôle de patronne.

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©Angelo Cucca

Pour tout amateur d’opéra, cette partition de Nino Rota est un régal, sorte de passage en revue de nombreux compositeurs italiens en « i », depuis Rossini et Donizetti jusqu’à Verdi et Puccini, sans citer directement leurs partitions, mais sans laisser non plus beaucoup de doute sur ces clins d’œil musicaux. Ainsi la musique d’orage alla Rossini du quatrième acte est encore plus fracassante aux percussions que celle du cygne de Pesaro, pendant que des parapluies montent et descendent des cintres. Autre exemple, plus tôt au premier acte, l’air de Fadinard « Come un piccol fior d’april » revêt des mélodies qu’on croirait sorties de l’inspiration d’un Puccini. Dès l’Ouverture, qui expose plusieurs thèmes qui seront entendus quelquefois comme des leitmotivs, le chef Valerio Galli délivre une musique aux rythmes précis et bien équilibrée entre les divers pupitres. Dans cette salle à l’acoustique apparemment très favorable à la fosse d’orchestre, la phalange a tout de même tendance à une puissance parfois à la limite de couvrir certains solistes. Le Chœur du Teatro Lirico de Cagliari participe également avec qualité et expressivité, sinon perfection rythmique pour ce qui concerne certains départs.

Irma FOLETTI


Il cappello di paglia di Firenze, opéra de Nino Rota

Cagliari, Teatro Lirico, les 24 et 25 septembre 2026

Direction musicale : Valerio Galli
Mise en scène : Damiano Michieletto
Reprise de la mise en scène : Paola Ornati
Décors : Paolo Fantin
Reprise des décors : Francesca Amato
Costumes : Silvia Aymonino
Reprise des costumes : Vera Pierantoni Giua
Lumières : Luciano Novelli
Reprise des lumières : Andrea Ledda
Chef du chœur : Massimo Fiocchi Malaspina

Fadinard : César Cortés (24/09) / Marco Ciaponi (25/09)
Nonancourt : Roberto Lorenzi
Beaupertuis : Matteo Loi (24/09) / Marco Filippo Romano (25/09)
Lo zio Vézinet : Paolo Nevi
Emilio / Un caporale delle guardie : Antonino Giacobbe
Felice / Achille di Rosalba : Mauro Secci
Una guardia : Tommaso Nicolosi
Elena : Giulia Bolcato (24/09) / Lavinia Bini (25/09)
Anaide : Anna Maria Sarra
La baronessa di Champigny : Alessandra Della Croce (24/09) / Ana Victória Pitts (25/09)
La modista : Maria Rita Combattelli
Minardi : Gianmaria Melis

Orchestre et Chœur du Teatro Lirico de Cagliari

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