IMPRESSIONS DE BAYREUTH 2026

IMPRESSIONS DE BAYREUTH 2026

samedi 22 août 2026

©DR

À mon retour du pèlerinage annuel sur la colline verte, j’étais quelque peu décontenancé par le terme d’« intelligence artificielle ».

J’ai donc entrepris de demander à ladite intelligence artificielle de me résumer toutes les critiques des spectacles auxquels j’avais assisté, c’est-à-dire le Ring et Rienzi.

En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, Copilot m’a produit un document assez stupéfiant duquel il ressort, pour la Tétralogie, une belle et rare unanimité des critiques et commentateurs de tous poils pour descendre en flammes l’absence de mise en scène due à l’usage de l’intelligence artificielle, et idem pour la direction d’acteurs.

Les costumes sont également montrés du doigt pour leur laideur, voire même leur indigence. Un zéro pointé donc pour l’image, déclarée définitivement KO sur le Ring.

Pour le son, en revanche, tout est OK et même plus… Les commentaires sont parfois dithyrambiques pour saluer la vision flamboyante de la direction de Christian Thielemann, la performance stratosphérique et sans égal à ce jour de Klaus Florian Vogt qui a assumé trois rôles et non des moindres (Loge, Siegmund et Siegfried), la classe et l’expérience de Michael Volle (Wotan) et enfin l’expressivité et le charisme de la délicieuse Camilla Nylund en Brünnhilde.

On retrouve presque la même unanimité pour saluer l’apparition de Rienzi au Festspielhaus. De nombreuses appréciations laudatives pour la direction aussi puissante que précise de Nathalie Stutzmann, le constat du triomphe vocal d’un trio qui réunissait Andreas Schager (Rienzi), Gabriela Scherer (Irène) et l’extraordinaire Adriano de Jennifer Holloway.

Quelques timides critiques visent la transposition de l’action dans la Rome actuelle, et l’on n’échappe bien évidemment pas aux traditionnelles imprécations de certains commentateurs qui croient déceler une fascisation du sujet.

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©Enrico Nawrath

Hormis le dernier point cité, je suis complètement en phase avec les écrits de mes collègues et je ne vois pas grand-chose à y ajouter.

Mon billet va donc s’intéresser de plus près à quelques détails vécus lors de mon séjour dans le temple wagnérien. Lors d’un entracte du Crépuscule des Dieux, nous dévorons avec mon ami Alain Duault un sandwich aux saucisses avec un verre de Riesling. Nous devisons sur l’absence de mise en scène et la pauvreté des images, et je lui fais part de ma consternation. Je lui explique que je ne comprends pas la totale absence de visions à connotation figurative.

Avec les moyens actuels de l’intelligence artificielle et disons de l’informatique, les scènes des « murmures de la forêt » ou de la « chevauchée des Walkyries » pourraient donner lieu à un spectacle qui retrouverait les chemins de la poésie et le frisson des fulgurances. Mais que nenni, me répond-il… Dans le petit cénacle actuel des metteurs en scène et décideurs « audacieux », une référence figurative devient une facilité assimilable à une absence de prise de risque. Elle est donc méprisable…

Les bras m’en sont tombés et j’ai essayé d’imaginer ce que notre bien-aimé Richard aurait pu faire avec les moyens actuels… Lui aurait su, bien évidemment, mettre toutes les innovations techniques au service de son art…

Et c’est bien là que réside le problème de notre duo de concepteurs Marcus Lobbes et Nils Corte (puissamment conspués au rideau final). Bien que disposant de moyens techniques d’avant-garde, ils ne sont jamais parvenus à se mettre au service de l’œuvre. Ils sont même d’ailleurs incapables de la regarder droit dans les yeux, empêtrés dans des schémas peu lisibles, souvent incompréhensibles et bien éloignés des mystères du wagnérisme.

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©Enrico Nawrath

Autre catastrophe peu relevée par les commentateurs, le dispositif scénique oblige les chanteurs à se tenir, quasiment immobiles, et très éloignés, je dirais à au moins une douzaine de mètres derrière le bord de scène et de surcroît derrière un très léger rideau destiné à recevoir les projections d’images. Cette prise de distance, et cette immobilité imposées constituent une monumentale erreur, (Une de plus….) Elle « brise » le contact avec le public et contraint les chanteurs à de redoutables efforts pour maintenir leur expressivité.

Pour conclure je dirais que ce flop ne doit pas être le procès de l’IA mais celui de l’incompétence inattendue avec laquelle elle a été utilisée…

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©Bayreuther-Festspiele

Pour la représentation de Rienzi, j’ai eu l’opportunité de disposer d’un siège assez extraordinaire, en fait le numéro 1 du premier rang. De mon observatoire excentré j’avais la chance de voir parfaitement l’écran de télévision qui retransmettait les images de Nathalie Stutzmann et les chanteurs évoluaient à quelques mètres de moi. Ce fut donc un double bonheur, tout d’abord grâce à la prestation du jeune ténor Magnus Vigilius. Son nom à consonances latines augure bien de son aptitude à camper un héros romain. Engagé comme couverture d’Andreas Schager, le ténor danois en état de grâce a connu son heure de gloire le 14 août au soir. L’ovation qui l’a accueilli sur scène aux saluts était du même calibre que celles décernées aux plus grosses pointures du festival et notre Rienzi, pétrifié par les acclamations, a fondu en larmes devant le public. L’artiste est magnifique, la voix est fraîche et claire, la projection efficace, le timbre captivant et l’engagement dramatique est venu littéralement « percuter » le public.

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©DR

Autres régals de la soirée, le geste ample et le magnétisme si particulier de la direction de Nathalie Stutzmann. La cheffe française est désormais chez elle à Bayreuth et l’acoustique de l’orchestre n’a plus de secrets pour elle. Sur le petit écran de télévision je la voyais reprendre son souffle inondée de sueur et boire un petit peu d’eau quand elle le pouvait…

Mais le souffle qui sous-tend sa baguette doit enchanter Richard Wagner…

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©Enrico Nawrath

Pour terminer ce court billet, je souhaiterais exprimer un doute. Les chœurs qui constituaient l’un des points les plus forts du Festival m’ont paru légèrement en retrait par rapport à leurs prestations habituelles. Le bloc vocal a laissé entrevoir quelques lézardes, certes infinitésimales, mais…. bien réelles. Or les chœurs de Bayreuth étaient parfaits… Ils étaient uniques au monde par leur homogénéité et leur sonorité. J’ai cru comprendre que les effectifs avaient été réduits et renouvelés… Attention danger, il va falloir batailler pour conserver le niveau du passé.

Ainsi va donc Bayreuth, les erreurs de casting, la grande classe de Thielemann, les larmes du ténor, l’histoire d’amour entre Nathalie Stutzmann et Bayreuth, le fléchissement des chœurs, tout cela fait désormais partie de l’histoire du Festspielhaus.

Cette édition 2026 a prouvé que Bayreuth demeure un irremplaçable atelier de l’art lyrique dont les productions déchaîneront toujours critiques et passions. Et c’est bien là l’essentiel.

Yves Courmes

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