Quand Munich défiait Bayreuth : les 125 ans du Théâtre du Prince Régent

Quand Munich défiait Bayreuth : les 125 ans du Théâtre du Prince Régent

Il y a 125 ans, les 20 et 21 août 1901, Munich inaugurait l’un de ses théâtres les plus emblématiques : le Prinzregententheater. Conçu comme un écrin pour les œuvres de Richard Wagner, il allait pourtant naître au cœur d’une véritable bataille entre Munich et Bayreuth. Car pour Cosima Wagner, veuve du compositeur et gardienne de son héritage, l’existence même de cette nouvelle scène menaçait le caractère unique de Bayreuth.

Aujourd’hui, le Prinzregententheater est indissociable du paysage culturel de Munich. Il accueille l’opéra, le théâtre, les concerts et la danse, et demeure également l’un des grands lieux de formation des jeunes artistes. Mais son histoire commence à une époque où le nom de Wagner règne sur la vie musicale allemande et où la question de son héritage est encore brûlante.

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Munich, Wagner et la naissance d’un grand projet

À la fin du XIXe siècle, Richard Wagner occupe une place exceptionnelle dans la vie culturelle bavaroise. Son destin est intimement lié à Munich. Le jeune roi Louis II de Bavière lui avait apporté un soutien décisif et permis la création dans la capitale de plusieurs de ses œuvres majeures. Mais Wagner avait finalement trouvé à Bayreuth le lieu idéal pour réaliser sa conception du théâtre musical.

Le Festspielhaus de Bayreuth, construit selon ses principes, devait être bien davantage qu’une simple salle de spectacle. Il était pensé comme un lieu entièrement consacré au drame musical et à l’œuvre du compositeur. Après la mort de Wagner en 1883, sa veuve Cosima Wagner entreprit de préserver cet héritage. Sous sa direction, Bayreuth devint peu à peu un véritable sanctuaire wagnérien.

C’est précisément ce caractère exceptionnel que le projet munichois allait remettre en question. L’idée d’un grand théâtre consacré à Wagner n’était pourtant pas nouvelle à Munich. Des projets avaient déjà été envisagés du vivant du compositeur, notamment autour du projet de l’architecte Gottfried Semper, mais aucun n’avait abouti.

À partir de 1895, Ernst von Possart, intendant général des théâtres de la cour de Munich, relança avec détermination l’idée d’un nouveau théâtre. Il voulait offrir aux œuvres de Wagner une salle spécialement conçue pour elles et rendre à Munich une place centrale dans la vie musicale allemande. Le projet bénéficia du soutien de plusieurs milieux munichois et de la Société Wagner de Munich. L’architecte Max Littmann fut chargé de donner corps à cette ambition.

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Un théâtre inspiré de Bayreuth

Littmann s’inspira directement du Festspielhaus de Bayreuth, tout en imaginant une architecture originale, adaptée à Munich. La salle fut conçue selon une forme amphithéâtrale, afin d’offrir une excellente visibilité aux spectateurs. Comme à Bayreuth, l’orchestre devait être en grande partie soustrait au regard du public. L’objectif était de retrouver certains des principes défendus par Wagner : faire passer le spectacle au premier plan et laisser l’orchestre, invisible, soutenir l’action depuis la fosse.

Le bâtiment mêlait des éléments inspirés du classicisme et du Jugendstil. Son architecture était pensée autant pour la beauté que pour les exigences acoustiques et scéniques. La grande salle compte aujourd’hui 1 029 places au parterre, ainsi que six loges de neuf places chacune.

Les travaux commencèrent le 27 avril 1900. Le chantier progressa à une vitesse remarquable. En un peu plus d’un an, le nouveau théâtre allait être prêt à accueillir ses premiers spectateurs. Mais tandis que les murs s’élevaient à Munich, une autre bataille se jouait à Bayreuth.

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Cosima Wagner contre le Prinzregententheater

Pour comprendre la réaction de Cosima Wagner, il faut mesurer la place qu’elle occupait alors dans l’univers wagnérien. Veuve du compositeur depuis 1883, elle dirigeait les Festspiele de Bayreuth et se considérait comme la gardienne de la volonté artistique de Wagner. Pour elle, Bayreuth n’était pas un théâtre parmi d’autres. C’était le lieu consacré à l’œuvre du Maître. La construction à Munich d’un théâtre directement inspiré du Festspielhaus et destiné à présenter les œuvres de Wagner constituait donc une menace. Le problème n’était pas seulement artistique : il était aussi juridique et institutionnel.

Un article du Progrès de Lyon, daté du 4 septembre 1900, rapporte avec précision le conflit qui s’était engagé. Le journal écrit :

« Lorsqu’on annonça la construction, à Munich, du Prinzregententheater, Mme Cosima Wagner, voyant dans cette entreprise une concurrence pour Bayreuth, émit la prétention que les onze œuvres de Wagner dont l’Opéra de la cour de Munich a acquis le droit de représentation ne pouvaient être jouées au Prinzregententheater. »

À cette prise de position, poursuit le journal, M. Possart, l’intendant des théâtres, répondit que les droits de représentation de ces œuvres ayant été acquis par l’intendance, celle-ci avait le droit de les jouer sur toutes les scènes se trouvant sous son contrôle.

Le désaccord était profond. Cosima Wagner, voyant sa cause perdue, décida alors de s’adresser directement au prince-régent Luitpold de Bavière, sous le haut patronage duquel étaient également placées les représentations de Bayreuth. C’est finalement le prince-régent qui trancha.

Selon Le Progrès, il décida que :

1° Les œuvres de Wagner ne pourront être jouées simultanément à Munich et à Bayreuth.

2° Aucun des artistes engagés par Mme Cosima Wagner ne pourra accepter un engagement au théâtre du Prince-Régent.

Cette décision constitue un compromis particulièrement révélateur. Munich obtenait le droit de présenter Wagner dans son nouveau théâtre, tandis que Bayreuth bénéficiait d’une protection contre une concurrence directe. La rivalité n’était donc pas supprimée : elle était désormais encadrée.

Une querelle pour l’héritage de Wagner

Cette affaire montre combien le Prinzregententheater représentait un enjeu considérable. Pour Cosima, Bayreuth devait conserver son caractère unique. Pour Possart et les promoteurs munichois du projet, l’œuvre de Wagner appartenait aussi à Munich, ville qui avait joué un rôle essentiel dans la carrière du compositeur. La question touchait au cœur même de l’héritage de Wagner : devait-il appartenir exclusivement à Bayreuth ou pouvait-il également vivre sur les autres grandes scènes allemandes ?

La réponse du prince-régent fut pragmatique. Bayreuth conserverait son statut particulier, mais Munich pourrait disposer de son propre théâtre wagnérien. Le compromis imposait toutefois ses limites : pas de concurrence simultanée et pas de transfert des artistes de Cosima vers la nouvelle scène munichoise.

Un théâtre achevé en un temps record

Alors que la querelle faisait rage, les travaux se poursuivaient. La construction avançait si rapidement que le théâtre pouvait déjà apparaître comme l’une des grandes réalisations architecturales de Munich.

Un autre témoignage contemporain, publié dans L’Art dramatique et musical au XXe siècle en 1901, annonce l’achèvement du bâtiment : « On finit d’achever le théâtre du Prince Régent où seront exécutées les œuvres de Richard Wagner ». La publication insiste également sur les caractéristiques techniques de la construction : « Le nouveau théâtre, dont la scène est construite entièrement en fer et en pierre, sera inauguré par un gala le 20 août ». Ces quelques lignes témoignent de l’importance accordée aux innovations techniques du nouveau bâtiment. Le théâtre ne devait pas seulement impressionner par son architecture : il devait être moderne, solide et particulièrement adapté aux exigences de la représentation lyrique.

20 août 1901 : l’inauguration du Prinzregententheater

Après un peu plus d’un an de travaux, le grand jour arriva. Le 20 août 1901, le Prinzregententheater fut inauguré par un grand gala. Le bâtiment, qui portait le nom du prince-régent Luitpold de Bavière, était devenu le symbole d’une ambition culturelle nouvelle pour Munich. La ville possédait désormais une salle capable de rivaliser, par son architecture et ses moyens techniques, avec les grands théâtres allemands. Mais le véritable événement devait avoir lieu le lendemain.

21 août 1901 : les Maîtres Chanteurs

Le 21 août 1901, le Prinzregententheater accueillit sa première grande représentation : Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (Die Meistersinger von Nürnberg) de Richard Wagner. Le choix de cette œuvre était particulièrement significatif. Pour un théâtre dont la naissance avait précisément suscité les inquiétudes de Cosima Wagner, ouvrir la scène avec une œuvre du compositeur revenait à affirmer haut et fort sa vocation. Les Maîtres Chanteurs étaient particulièrement adaptés à cette cérémonie : profondément liés à l’identité allemande, ils constituaient aussi l’une des grandes créations de Wagner. La presse de l’époque annonçait une représentation exceptionnelle. L’Art dramatique et musical au XXe siècle parle d’ailleurs d’une « interprétation dont on dit merveille ». Un détail assez savoureux montre également l’importance accordée à la distribution. Deux chanteurs, Knote et Walter, étaient tous deux titulaires du rôle de Walter von Stolzing. Pour déterminer lequel chanterait lors de la première soirée, on procéda à un tirage au sort.

L’ironie de l’histoire était évidente. Le nouveau théâtre munichois avait été conçu en s’inspirant du théâtre de Wagner à Bayreuth, il devait présenter les œuvres du compositeur, et sa construction avait provoqué l’opposition de Cosima Wagner. Et pourtant, le 21 août 1901, Wagner était bien à l’honneur sur la scène du nouveau Prinzregententheater. Le bâtiment entrait dans l’histoire avec une identité déjà forte. Il n’était pas simplement un théâtre municipal ou une nouvelle scène lyrique : il devenait le grand théâtre wagnérien de Munich.

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L’ironie du sort : le théâtre wagnérien que Louis II ne put construire

Il y a une singulière ironie dans l’histoire du Prinzregententheater. Dès 1865, Louis II de Bavière avait envisagé de faire construire à Munich un grand théâtre spécialement consacré aux œuvres de Richard Wagner, son compositeur de prédilection et son protégé. Le roi rêvait ainsi de donner à Munich une scène à la mesure de son admiration pour Wagner et de faire de la capitale bavaroise l’un des grands centres du drame musical. Mais le projet se heurta à l’opposition d’une partie des Munichois et des milieux politiques, qui jugeaient notamment trop considérables les dépenses qu’aurait nécessitées une telle construction. Le projet fut finalement abandonné.

L’ironie du sort voulut pourtant que, plusieurs décennies plus tard, Munich se dotât bien de ce grand théâtre wagnérien dont Louis II avait rêvé. Le Prinzregententheater, construit à partir de 1900 et inauguré en 1901 sous le règne du prince-régent Luitpold, apparaissait ainsi comme l’aboutissement tardif d’une ambition royale restée longtemps sans lendemain.

Le théâtre que Louis II n’avait pu offrir à Wagner fut finalement édifié après la mort du roi et du compositeur, et il porta non pas le nom de Louis II, mais celui du prince-régent qui avait pris les rênes de la Bavière après sa disparition.

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Une vocation d’abord consacrée aux Festspiele

Dans ses premières années, le théâtre fut étroitement associé aux manifestations wagnériennes. Les Festspiele y occupèrent une place centrale et le bâtiment accueillit plusieurs grandes œuvres du compositeur. On y donna notamment le Ring des NibelungenTristan und Isolde, Tannhäuser et Lohengrin. Pendant plus d’une décennie, les manifestations wagnériennes constituèrent même l’une des principales raisons d’être du théâtre. Le compromis avec Bayreuth devait cependant empêcher que Munich ne devienne un concurrent totalement libre des Festspiele. Le Prinzregententheater devait trouver son propre équilibre entre fidélité à l’héritage de Bayreuth et affirmation de son identité munichoise.

Un exemple : l’affiche des Richard Wagner Festspiele de 1903 annonce comme on peut le lire 24 représentations entre le 8 août et le 14 septembre 1903 et vante l’invisibilité de l’orchestre, comme à Bayreuth. Dans le coin inférieur droit, on voit le blason de Munich (avec le Münchner Kindl) superposé à celui de la Bavière, porteur des couleurs blanche et bleue et du lion bavarois.

1909 : l’anecdote des Walkyries et du comte Ferdinand von Zeppelin

Huit ans après l’inauguration, le Prinzregententheater fut le théâtre d’une scène qui illustre à merveille l’atmosphère de l’Allemagne impériale : un mélange de Wagner, de patriotisme, de technologie et d’humour.

Le 7 septembre 1909, Le Progrès de Lyon publiait une revue de presse sous le titre : « Zeppelin et les Walkyries», qui reprend l’information diffusée par le Ménestrel. Voici le récit intégral de ce texte :

« Pendant l’une des dernières représentations de la Walkyrie, au théâtre du Prince-Régent de Munich, un peu avant que le rideau s’ouvrît sur le troisième acte, les filles de Wotan, rassemblées dans la coulisse, attendaient le moment de commencer leurs clameurs et leur équitation. Alors, dit le Ménestrel, un des employés du théâtre accourut auprès des jeunes femmes et glissa dans la main de chacune d’elles un joli billet sous une coquette enveloppe. Le billet, écrit par M. Mottl, l’illustre chef d’orchestre, était ainsi conçu : « Chères Walkyries, — songez, vous toutes, que Zeppelin est dans nos murs, là, dehors, à deux pas de nous ! Je lui ai dit que son appareil le plus perfectionné ne semble plus qu’une caisse pesante et lourde si l’on compare ses mouvements dans l’air à la merveilleuse vélocité des vôtres, et que vos chevauchées à travers l’espace et le bel éclat de vos voix produise un spectacle d’harmonie complète qu’il ne saurait réaliser avec son véhicule aérien, Je lui ai affirmé, en outre, que vous articulez très clairement et que vous ne manquez jamais d’arriver à l’heure ponctuelle aux effets où l’on vous attend. Zeppelin va vous voir et vous entendre, ne me faites pas mentir, je vous prie. — Avec un cordial « Hojotohoh», votre père, Félix Mottl. »

L’arrivée de l’aéronaute n’était qu’une invention de M. Félix Mottl qui s’était avisé par cette plaisanterie, de stimuler le zèle de ses Valkures. Mais le résultat fut excellent. Les blondes amazones lancèrent avec plus d’éclat et d’entrain que jamais leurs fulgurants «Hojotohoh». En bonnes patriotes, elles acclamaient le conquérant du ciel et prouvaient en même temps que ses victoires intermittentes n’inquiètent pas encore les Walkyries. »

Cette anecdote est savoureuse parce qu’elle fait se rencontrer deux symboles de l’Allemagne de l’époque. D’un côté, les Walkyries, filles de Wotan, figures mythologiques de l’univers wagnérien, chevauchant à travers les airs et poussant leurs célèbres cris de guerre. De l’autre, Ferdinand von Zeppelin, devenu l’une des grandes figures de la modernité technologique allemande grâce à ses dirigeables.

Félix Mottl, en excellent homme de théâtre, avait compris qu’il pouvait utiliser l’actualité et le patriotisme pour donner encore plus d’énergie à ses chanteuses. Il leur faisait croire que Zeppelin se trouvait à proximité et qu’il allait les voir et les entendre. La comparaison était volontairement flatteuse : même le dirigeable le plus perfectionné paraissait lourd et maladroit à côté de la fantastique vélocité des Walkyries. Et le résultat fut immédiat. Les chanteuses lancèrent leurs « Hojotohoh » avec davantage d’éclat et d’enthousiasme que jamais. La plaisanterie de Mottl avait parfaitement fonctionné.

En 1909, le Prinzregententheater était ainsi devenu le lieu d’une rencontre improbable entre le monde mythologique de Wagner et la modernité la plus spectaculaire. Les Walkyries volaient dans l’imagination ; Zeppelin, lui, commençait à voler pour de vrai.

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21 mai 1913 – Inauguration du monument à Richard Wagner

Le monument à Richard Wagner, œuvre du sculpteur alsacien Heinrich Waderé, fut inauguré le 21 mai 1913 à proximité du Prinzregententheater de Munich, à la veille du centenaire du compositeur. Inspiré du célèbre portrait de Goethe par Tischbein, il représente Wagner assis, enveloppé dans un manteau  et tenant une partition. Réalisé dans un imposant bloc de marbre d’Untersberg de quatorze mètres cubes, le monument nécessita un transport exceptionnel depuis la gare de l’Est jusqu’à son emplacement. La cérémonie se déroula en présence du prince régent et d’Ernst von Possart, initiateur du projet. L’inauguration fut interprétée comme une forme de réparation envers Wagner, contraint de quitter Munich précipitamment en 1865. Invités d’honneur à l’inauguration, sa veuve Cosima et son fils Siegfried refusèrent toutefois d’y assister, en raison de la concurrence croissante entre Munich et Bayreuth. 

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Bien plus qu’un théâtre wagnérien

Au fil du XXe siècle, le Prinzregententheater allait peu à peu élargir son horizon. De 1919 à 1944, il accueillit également le Bayerisches Staatsschauspiel, le théâtre d’État bavarois. Le bâtiment devint ainsi une scène importante, non seulement pour l’opéra, mais aussi pour le théâtre dramatique.

Puis survint la Seconde Guerre mondiale. Les bombardements détruisirent une grande partie du centre culturel de Munich, notamment le Nationaltheater. Le Prinzregententheater fut relativement épargné et son importance augmenta considérablement. Après la destruction du Nationaltheater, l’Opéra d’État de Bavière utilisa le Prinzregententheater comme scène principale entre 1944 et 1963. Le théâtre imaginé pour Wagner se retrouvait ainsi, par la force de l’histoire, au cœur de la vie lyrique munichoise.

1963 : la fermeture

Mais l’histoire allait prendre un nouveau tournant. En 1963, le Prinzregententheater fut fermé en raison de problèmes structurels. Commence alors une longue période difficile. Pendant plus de deux décennies, le grand théâtre demeura privé de son activité normale. Son avenir devint incertain et la question de sa survie se posa véritablement. La disparition du théâtre aurait représenté une perte considérable pour Munich.

La renaissance grâce à August Everding

Le sauvetage du Prinzregententheater doit beaucoup à August Everding, metteur en scène et grande figure de la vie théâtrale munichoise. Une importante mobilisation citoyenne permit de réunir des fonds privés afin de préserver le bâtiment. Après une première restauration, le théâtre put finalement rouvrir ses portes en 1988. Cette réouverture fut un moment majeur dans son histoire, mais elle ne constituait encore qu’une étape. La grande scène demeurait provisoire et d’importants travaux restaient nécessaires pour rendre au théâtre sa pleine vocation. Il fallut cependant attendre 1996 pour que la restauration soit achevée et que le Prinzregententheater retrouve une configuration beaucoup plus proche de celle imaginée à l’origine. La réouverture solennelle de novembre 1996 fut, une fois encore, placée sous le signe de Wagner. On y donna Tristan und Isolde. Près d’un siècle après l’inauguration, la musique de Wagner accompagnait ainsi une nouvelle renaissance du théâtre.

La Theaterakademie August Everding

Le Prinzregententheater est également devenu un important lieu de formation artistique. Depuis 1993, il est associé à la Bayerische Theaterakademie August Everding. L’académie forme de jeunes professionnels dans de nombreuses disciplines : théâtre, mise en scène, dramaturgie, comédie musicale, chant lyrique, scénographie, maquillage et journalisme culturel. Cette vocation donne au bâtiment une dimension nouvelle. Le théâtre construit au début du XXe siècle pour accueillir les œuvres d’un compositeur est aussi devenu un lieu où se forment les artistes qui feront le théâtre de demain.

Une architecture qui conserve la mémoire de 1901

Le charme du Prinzregententheater tient aussi à la présence de nombreux éléments historiques. Certaines installations témoignent encore des techniques théâtrales de l’époque de sa construction. Parmi elles figure le fameux « Donnerkasten », utilisé pour produire les effets sonores du tonnerre. Des billes d’acier roulaient dans une longue structure en bois afin de créer un grondement évoquant l’orage. Ce détail rappelle que le théâtre de 1901 était aussi un lieu d’expérimentation technique. Le spectacle moderne naissait alors de la rencontre entre architecture, mécanique, acoustique, lumière et musique.

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125 ans après : une histoire toujours vivante

En ce mois d’août 2026, le Prinzregententheater célèbre ses 125 ans. Un siècle et un quart au cours duquel son histoire s’est confondue avec les grands bouleversements de Munich et de l’Allemagne.  Au regard contemporain, il est difficile d’imaginer les passions qui entourèrent sa naissance. Le bâtiment semble désormais appartenir de toute éternité au paysage munichois. Pourtant, derrière ses murs se jouait alors une question essentielle : qui pouvait revendiquer l’héritage de Richard Wagner ? Le compromis trouvé en 1900 et 1901 apporta une réponse à cette rivalité : Bayreuth conserva son rôle historique, tandis que Munich se dota d’une nouvelle grande scène consacrée notamment à Wagner. Le Prinzregententheater put ainsi accueillir les œuvres du compositeur sans devenir pour autant un « second Bayreuth ». Il allait suivre sa propre voie, au cœur de la vie musicale et théâtrale de Munich, et inscrire glorieusement son nom dans l’histoire de la ville.

Luc-Henri ROGER

Crédit photographique : les quatre premières photographies sont extraites de la publication commémorative parue à l’occasion de l’inauguration. Max Littmann (éd.) : Das Prinzregenten-Theater in München : erbaut vom Baugeschäft Heilmann & Littmann, G.m.b.H. : Denkschrift zur Feier der Eröffnung.  (actuellement disponible en ligne sur archive.org)

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