Le vaste Sferisterio est plein comme un œuf ce soir pour l’unique concert de la célèbre Carmina Burana, cantate scénique intitulée plus précisément « Poèmes chantés de Beuern : Chants profanes, pour chanteurs solistes et chœurs, avec accompagnement instrumental et images magiques ».

Sinon magiques, les animations vidéo de Luca Agnani projetées sur toute la surface du mur sont de très belle définition, pleines de couleurs et de facture souvent abstraite, en lien avec les thèmes des 24 poèmes médiévaux sur la chance (la Fortune), la nature, le retour du printemps, la taverne et ses alcools, le plaisir, l’amour… Passent ainsi quelques éléments figuratifs – un œil, une tête d’oiseau, l’horizon sur la mer, des détails de tableaux, des volcans en fusion souvent… –, mais aussi beaucoup de formes plus abstraites, comme des vagues colorées, ou encore des fragments de dessins qui se meuvent, à la manière d’un kaléidoscope.

Aux commandes des musiciens de l’Orchestra Filarmonica Marchigiana, le chef Ramón Tebar impulse une direction aux nuances variées, dès les premières mesures modérées où l’on entend les deux pianos dans une agréable clarté, avant de faire donner les cuivres et la grosse caisse avec ampleur, mais sans basculer dans un style pompier qu’on peut parfois associer aux passages les plus grandiloquents de cette œuvre. Les soli aux cordes ne sont pas tous d’une parfaite intonation, les bois et cuivres font un sans-faute et les percussions, en nombre, font preuve d’enthousiasme. Les passages les plus doux, à la flûte notamment, sont particulièrement réussis.
Les choristes du Coro Lirico Marchigiano “Vincenzo Bellini” sont attentifs à la précision des départs et assurent la cohérence d’ensemble. L’articulation du texte est meilleure par pupitre séparé que pour l’ensemble du chœur, du moins à l’entame, l’oreille s’adaptant petit à petit. Le point de faiblesse concerne toutefois le pupitre des soprani, qui a bien du mal à atteindre avec justesse les plus hautes notes, en particulier sur les passages les plus exposés comme « Floret silva nobilis ». Tout de blanc vêtus et contrastant avec les adultes habillés de noir, les enfants du chœur Pueri Cantores “Domenichino Zamberletti” amènent aussi leurs contributions plus angéliques, bien en place techniquement mis à part un faux-départ qui embarque à peu près la moitié du groupe.

Les numéros composés pour les trois solistes sont fort bien chantés, en premier lieu ceux par le baryton Grisha Martirosyan, timbre riche et noble, bien en place et très expressif y compris dans ses montées vers des aigus tenus et projetés. Remplaçant Sara Blanch annoncée initialement, la soprano Karen Gardeazabal émet des aigus d’une belle pureté, sur une ligne très aérienne. Moins sollicité, le ténor Ruzil Gatin affronte avec vaillance une impossible partition aux suraigus très haut perchés.
Grand succès général au final, le public ayant applaudi précédemment chaque numéro à la conclusion un tant soit peu brillante et spectaculaire musicalement.
Irma FOLETTI
7 août 2026
Carmina Burana, cantate scénique de Carl Orff
Macerata, Sferisterio
Direction musicale : Ramón Tebar
Vidéo : Luca Agnani
Chef des chœurs : Christian Starinieri
Chef des chœurs d’enfants : Annarosa Agostini
Soprano : Karen Gardeazabal
Ténor : Ruzil Gatin
Baryton : Grisha Martirosyan
FORM-Orchestra Filarmonica Marchigiana
Coro Lirico Marchigiano “Vincenzo Bellini”
Chœur d’enfants Pueri Cantores “Domenichino Zamberletti”



