Retour au Festival Puccini de Torre del Lago, avec son cadre toujours aussi enchanteur et sa vue imprenable sur le lac de Massaciuccoli. La manifestation remonte la production de La bohème conçue à l’origine par le cinéaste Ettore Scola (1931 – 2016) et reprise pour cette série par Marco Scola di Mambro, autre réalisateur de cinéma et neveu du premier. Comme la plupart des mises en scène in loco, destinées à un large public placé souvent à bonne distance du plateau, le spectacle est extrêmement classique et suit le livret. Ceci quitte à certaines paraphrases, comme lorsque Rodolfo montre ses feuillets à Mimì en lui disant « Chi son ? Sono un poeta. Che cosa faccio ? Scrivo. »

La mansarde des bohèmes des premier et dernier actes est ce soir une coupe intérieure d’une maison sur deux niveaux, où il est quand même difficile de faire passer au public la sensation de froid, en ces temps de canicule bien installée. D’ailleurs, à la première évocation par Marcello « Rodolfo, io voglio dirti un mio pensier profondo : ho un freddo cane », l’auditoire pouffe gentilment. Problème technique ou pas, toujours est-il qu’un petit paquet de neige tombe d’un coup en ouverture du III à la Barrière d’Enfer, avant même l’allumage des lumières. Un grand bâtiment affichant « Douane » est fermé par des grilles et les troncs d’arbres, comme morts, ont perdu toutes leurs feuilles.

Précédemment le deuxième acte du Café Momus est, comme généralement, le plus spectaculaire, une petite saynète prenant place à jardin avant les premières notes de musique : des modèles prennent la pose devant Édouard Manet en train de peindre Le Déjeuner sur l’herbe. Le Café Momus a davantage l’allure d’une gare, avec sa pendule perchée au centre de la façade et sa petite verrière à l’avant. Mais les tables, chaises, affiches ou peintures publicitaires à l’intérieur ne laissent plus de doute sur le lieu.
L’ensemble des plateau et fosse d’orchestre est sonorisé, avec de petits haut-parleurs sur pied placés à intervalles réguliers entre les différents secteurs de l’amphithéâtre en extérieur. Nous sommes d’ailleurs assis ce soir à trois mètres d’un tel petit haut-parleur et la qualité de restitution du son est remarquable, avec l’impression d’entendre directement le chanteur qu’on est en train de regarder, dans une ambiance musicale équilibrée. Le chef Francesco Ivan Ciampa dirige un Orchestre du Festival Puccini appliqué et de qualité, en particulier son premier violon, régulièrement exposé dans de petits soli. La coordination des chœurs, d’adultes et d’enfants, pendant le deuxième acte est un défi, tant les choristes sont dispersés sur toute la largeur du plateau et loin du chef… défi relevé avec brio, et sans décalage. Les nuances sont réussies également, comme certains ralentis, par exemple lors du dernier tête-à-tête entre Mimì et Rodolfo au quatrième acte.

Le plateau vocal est globalement de bon niveau et homogène, avec un bémol pour la Mimì de Valeria Sepe, d’un timbre peu séduisant dans la moitié inférieure de son registre. Dommage car la partie aiguë passe bien, dans une agréable musicalité, et l’actrice sait se montrer émouvante. Il faut dire que la chanteuse n’a pas de chance, un avion passant pile-poil au moment de son premier grand air « Mi chiamano Mimì ».

Elisa Balbo assume quant à elle crânement son rôle de Musetta, dans son air d’entrée « Quando me’n vo » aux notes piquées précises et aigus qui passent au-dessus des ensembles

.Les quatre bohèmes forment une équipe de belle qualité, à commencer par le Rodolfo de Freddie de Tommaso, ténor très engagé, vocalement comme scéniquement. Le ténor anglo-italien dispose d’un large médium, mais aussi d’un registre aigu solide et utilisé avec générosité. L’impression est celle d’un chant à pleine voix et à l’allègement très rare, comme pour son air d’entrée « Che gelida manina », où il faut attendre les dernières paroles « Vi piaccia dir » émises en légère mezza voce. Ses deux ultimes appels « Mimì … Mimì … » à la conclusion de l’opéra sont véritablement déchirants, tout comme ses pleurs, plus vrais que nature.
Luca Micheletti en Marcello donne l’impression d’une couleur noire dans le grave, qu’on associe plus naturellement aux rôles de méchants. Il tient bien son rôle, avec mordant, en particulier au III face à Musetta qui badine gentiment avec un gendarme.

En Colline, Adolfo Corrado déploie un bel instrument, notamment dans son air du IV « Vecchia zimarra », chanté avec douceur et de beaux graves profonds.
Le Schaunard d’Alberto Petricca nous semble aussi posséder une noblesse de grain, un timbre ferme et agréable qui garde ses qualités aussi bien quand il pousse que lorsqu’il allège.
Irma FOLETTI
La Bohème, opéra de Giacomo Puccini
Festival Puccini de Torre del Lago
6 août 2026
Direction musicale : Francesco Ivan Ciampa
Mise en scène : Ettore Scola
Reprise de la mise en scène : Marco Scola di Mambro
Décors : Luciano Ricceri
Costumes : Cristina Da Rold
Lumières : Valerio Alfieri
Chef des chœurs : Marco Faelli
Rodolfo : Freddie de Tommaso
Marcello : Luca Micheletti
Colline : Adolfo Corrado
Schaunard : Alberto Petricca
Benoît : Claudio Ottino
Alcindoro : Stefano Marchisio
Mimì : Valeria Sepe
Musetta : Elisa Balbo
Parpignol : Nicola Pamio
Un sergente dei doganieri : Lorenzo Barbieri
Un doganiere : Luigi Cirillo
Orchestre, chœur et chœur d’enfants du Festival Puccini






