La cour du Palais Princier de Monaco est le lieu où l’on entend les plus beaux concerts symphoniques de la région.
Dès que le soir descend sur les murs couleur de miel, les pierres semblent retrouver une mémoire secrète – celle du millénaire de la dynastie des Grimaldi. L’escalier en fer à cheval ouvre ses deux bras pour accueillir l’orchestre, tandis qu’ au dessus la galerie d’arcades déroule les fresques qui racontent les exploits d’Hercule.

L’exploit du Philharmonique, lui, consiste à donner du relief aux grandes symphonies. Il l’a fait admirablement dans la Huitième de Dvořák. Il était placé sous la direction de Martin Rajna. Trente et un ans à peine, un visage où la jeunesse n’a rien d’insolent, ce chef a une gestique élégante et efficace. Les musiciens le suivent avec cette confiance qu’on n’accorde qu’à ceux qui savent où ils nous conduisent. On devinait, derrière une telle aisance, l’ouvrage patient des répétitions. La musique respirait avec une souplesse de velours. Les grands élans éclataient sans brutalité ; les phrases douces se prolongeaient comme des caresses. Alors la symphonie de Dvořák déploya ses paysages. Au début on entendait une campagne assoupie que, soudain, une flûte réveillait. Le soleil se levait. Tout vivait, vibrait, exultait. L’adagio qui suivait était une forêt peuplée de chants d’oiseaux : ici la flûte de Raphaelle Truchot, là la clarinette de Marie-B Barrière, puis le hautbois de Matthieu Petitjean, mais aussi, sur le devant, scintillant sous les projecteurs, le violon de Liza Kerob. Le basson de Jules Postel n’était pas loin avec sa voix ancestrale. Et, bien sûr, au cœur de la forêt romantique, les cors s’avançaient, entraînés par Andrea Cesari. Puis, survint le Scherzo, cette valse où Vienne entrouvre ses salons dorés. Les archets y dessinaient des courbes d’une infinie souplesse. On croyait voir les robes tourner sous les lustres, les sourires s’échanger. Martin Rajna ne dirigeait plus seulement les musiciens ; l’air dansait autour de lui. Enfin les trompettes nous rappelèrent à l’ordre. Elles arrivaient en fanfare. L’orchestre entier semblait entraîné dans une fête. Et le public avec. On était heureux !

La première partie avait offert le 3ème concerto de Beethoven avec le pianiste Zoltán Fejérvári. Jeu d’une impeccable tenue, d’une probité sans défaut. Tout y était à sa place. Peut-être attendait-on cependant, par instants, une émotion plus présente.
Une fois encore, la cour du Palais avait rempli sa promesse. Et peut-être, ce soir-là, les héros peints sur les fresques ont-ils eux aussi incliné la tête pour saluer les musiciens.
André PEYRÈGNE
2 août 2026


