Certainement plus originale que la Carmen de la veille, même si celle-ci représentée dans sa version composée originellement par Bizet avant de subir de significatives modifications en vue de sa création, la double affiche conçue par le Festival della Valle d’Itria associe ce soir Igor Stravinsky et Alfredo Casella. Créé en 1920 sur une commande de Serge Diaghilev pour les Ballets russes, le ballet avec chant Pulcinella est plus précisément titré « Pulcinella, ballet avec chant en un acte d’après Giambattista Pergolesi ». Quant à l’opéra de chambre en un acte La favola di Orfeo d’Alfredo Casella, il fut créé en 1932 à Venise. Ce diptyque est donné ce soir sans entracte, la metteuse en scène et chorégraphe Jean Renshaw ayant souhaité rapprocher ces deux courts opus, qui forment une soirée d’une durée d’une heure et demie environ.

La scénographie et les costumes de Sophia Debus optent pour le noir et blanc, la clarté dominant pour Pulcinella. Une table, des chaises, une jeune fille qui tient en main des ballons blancs, l’espace est alors bien dégagé sur le plateau pour une chorégraphie moderne, inventive, drôle régulièrement et souvent très libre dans les mouvements. Ainsi les six danseuses portent leur chaise autour du cou, paraissent fatiguées en se traînant ensuite. Les danseurs sont deux et font assaut de séduction après des jeunes filles, comme dans l’intrigue… mais pas de Pulcinella / Polichinelle ce soir ! Si le personnage au masque noir à nez crochu est bien présent avant le spectacle, se mêlant au public en s’asseyant à diverses places, il n’est pas prévu d’entrée en scène pour lui durant cette première partie. La danse et le mouvement sur scène y tiennent les premiers rôles, on apprécie par exemple les deux danseurs venant porter et déplacer les ballerines, chacune à leur tour, figées qu’elles sont comme des mannequins.

Constituée de 21 mouvements plus ou moins courts, la partition de style néo-classique Pulcinella emprunte à des compositeurs italiens plus anciens, Giambattista Pergolesi en tête. La musique dirigée par le jeune chef italo-allemand Nicolò Umberto Foron (28 ans) est particulièrement vivante et d’une grande classe. L’équilibre entre pupitres est idéal et chaque musicien de l’orchestre du Teatro Petruzzelli di Bari peut sereinement s’exprimer, l’auditeur bénéficiant de tous les détails instrumentaux. Si le style classique 18ème siècle de Pergolesi et ses contemporains napolitains domine en première partie, la patte du compositeur russe intervient de plus en plus clairement, avec ici un solo de trompette caractéristique, là l’ironie et les cassures de rythmes pour les ensembles de cuivres ou les soli aux bois, jusqu’à de petits passages qui semblent précurseurs de l’opéra plus tardif The Rake’s Progress.

Le chant se fait plutôt rare, qui participe à huit numéros. Le ténor Matteo Falcier assure ses aigus, mais d’un impact modéré, tandis que la mezzo Chiara Mogini, développe un timbre sombre et paraît plus à l’aise dans sa partie aiguë bien projetée que dans la moitié inférieure, par moments d’une stabilité imparfaite. La basse Roberto Lorenzi complète avec ampleur et un instrument bien timbré, quoique plus discret pour ses notes les plus graves.

La musique s’arrête à l’issue de Pulcinella, mais pas l’animation sur le plateau, à la vue d’un balayeur et de deux danseuses qui vont et viennent latéralement, comme si elles tanguaient sur un bateau. Le traitement visuel garde son noir et blanc, mais s’assombrit pour La favola di Orfeo : on tombe le voile blanc au fond pour laisser apparaître une paroi noire et c’est aussi la couleur des ballons que tient à présent en main la jeune fille. On porte un cercueil selon une marche funèbre superbement éclairée, les ombres du cortège étant projetées sur la paroi du fond. On y met Eurydice à l’intérieur, mais on l’en extrait, pour l’y réinstaller très rapidement après sa deuxième mort.

En Euridice, la soprano Cecilia Taliano Grasso chante très bien mais très peu, Orfeo se retournant vers elle fort rapidement après avoir sorti son aimée des Enfers. On retrouve en Orfeo le ténor Matteo Falcier, assuré dans ce rôle, surtout dans la partie centrale de la voix. Il s’exprime parfois en latin et termine ce soir tué par les Bacchantes, ici les choristes féminines en ligne à l’avant du plateau et menaçant avec une pierre à la main. Le Plutone de Roberto Lorenzi se montre inquiétant et autoritaire, également bien disant dans le prologue en ouverture. Le baryton Willingerd Giménez amène une contribution de qualité, en poussant un peu son instrument dans l’aigu.
Nicolò Umberto Foron apporte à nouveau un grand soin à cette musique, qui installe d’emblée une atmosphère pesante, inquiétante, bien en lien avec l’image de la déambulation du cercueil. Le chef est constamment attentif aux musiciens et solistes sur scène, donnant à ceux-ci l’intégralité des départs. Les choristes maintiennent qualité de son et cohésion d’ensemble, avec de beaux effets acoustiques lorsqu’elles chantent depuis les coulisses.
Irma FOLETTI
29 juillet 2026
Martina Franca, Palazzo Ducale
Direction musicale : Nicolò Umberto Foron
Mise en scène et chorégraphie : Jean Renshaw
Décors et costumes : Sophia Debus
Lumières : Lutz Deppe
Chef des chœurs : Marco Medved
Orchestra e coro del Teatro Petruzzelli di Bari
Compagnie de danse : Eko Dance Project
Pulcinella :
Chiara Mogini, mezzosoprano
Matteo Falcier, ténor
Roberto Lorenzi, basse
La favola di Orfeo :
Orfeo : Matteo Falcier
Euridice : Cecilia Taliano Grasso
La voce di Aristeo (giovane pastore) : Willingerd Giménez
Plutone : Roberto Lorenzi
Una driade : Chiara Mogini
Una baccante : Flavia Fioretti











