Festival de la Roque d’Anthéron : Sibelius – Grieg – Brahms /Arielle Beck, Lyia Petrova, Victor Julien-Laferrière, Orchestre Consuelo

Festival de la Roque d’Anthéron : Sibelius – Grieg – Brahms /Arielle Beck, Lyia Petrova, Victor Julien-Laferrière, Orchestre Consuelo

jeudi 23 juillet 2026

©Franck DENIS-2026

« Quiconque se sent pénétré d’un amour vrai pour son art ne peut rien craindre » – George Sand, Consueloroman (1843). 

Lorsqu’on baptise un orchestre en référence au nom d’une héroïne d’un roman de George Sand, cela dénote déjà une évidente et belle culture qui nous dispose d’un a priori favorable.

Ainsi naquit la belle idée de nommer cet orchestre à la moyenne d’âge jeune, avec un chef tout aussi jeune dans sa trentaine…Et ils sont remarquables !

Déjà à la tête d’une belle discographie saluée par la critique, et de nombreuses tournées européennes, L’Orchestre Consuelo dirigé par son chef fondateur Victor Julien-Laferrière, également violoncelliste virtuose, Premier Prix du Concours Reine Elisabeth en 2017, qui a créé ce bel ensemble symphonique en 2021. 

Julien Laferriere Consuelo 06 ©Franck DENIS 2026
©Franck DENIS-2026

Le concert de ce soir est particulièrement généreux.

Programme romantique au souffle évident, celui-ci débute par une belle interprétation de la Symphonie N.3 de Johannes Brahms (1883 ), dont le IIIe mouvement au lyrisme hyper romantique reste une des pages les plus célèbres de toute l’Histoire de la Musique. 

La lecture qu’en donne Victor Julien-Laferrière nous interpelle par sa limpidité.
Dans le 
Mouvement I, par une belle gestique ample, il favorise la clarté de chaque pupitre, complétée par une dynamique admirable qui va des plus infimes pianissimi, aux forte les plus telluriques.

Très belle osmose de la petite harmonie dans le Mouvement II, bientôt rejointe par l’homogénéité des cuivres. 

L’élégante fluidité mélodique, avec son alternance raffinée du Majeur et du mineur du célèbre IIIe Mouvement, est rendue par son geste si élégant et musical; laissant même à un moment juste son bras gauche exprimer la musique, permettant à son orchestre de chanter ainsi. 

Quant au IVe Mouvement, après l’exposition volubile du thème principal par les clarinettes, on peut y remarquer bientôt la belle ponctuation des cuivres avant que n’intervienne le formidable choral de la coda finale qui dialogue avec le commentaire volontairement brumeux des cordes. 

Sincèrement, une très belle interprétation de cette Symphonie N.3 de Brahms.

Arielle BECK Consuelo 02 ©Franck DENIS 2026
©Franck DENIS-2026

C’est avec grand plaisir que nous retrouvons pour cette nouvelle soirée au Festival de La Roque d’Anthéron, la jeune pianiste Arielle Beck, que nous avions découvert voici deux ans lors des soirées proposées par le Festival de piano « hors les murs », au Théâtre La Colonne à Miramas ; en plus d’un impressionnant récital à 19h avec plusieurs pièces (notamment de Franz Liszt ), elle y interpréta un mémorable Concerto pour piano de Robert Schumann, accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Marseille, dirigé alors par Lawrence Foster.

Le Concerto pour piano de Grieg a une toute autre histoire: considéré comme une œuvre « de jeunesse », datant de 1868, (le compositeur avait alors 25 ans), l’œuvre est devenue un parcours obligé pour les pianistes solistes, tant par son exigence technique, que par la beauté de son inspiration. 

C’est une partition flamboyante et là encore, passionnée, toujours justement appréciée du public.

Souvent comparé au Concerto pour piano de Schumann, ne serait-ce que pour sa tonalité identique (LA mineur), il est courant de plus, de les voir très souvent couplés ensemble dans les enregistrements discographiques.

Toutefois, le caractère introspectif qui était la signature du compositeur allemand, laisse ici place à la fougue et au lyrisme norvégien et Arielle Beck nous en offre ce soir cette très belle interprétation.

En accompagnateur et brillant commentateur, l’Orchestre Consuelo, offre quant à lui, de très belles couleurs et une belle puissance dans les crescendi demandés par ces partitions, dialoguant avec souplesse, fougue et fluidité avec notre jeune soliste âgée aujourd’hui de… 17 printemps (!). 

Entre jeu à la puissance extrême, et l’infinie délicatesse de son toucher dans les passages cristallins, Arielle Beck une fois de plus nous transporte vers les cimes dans une si belle leçon de l’art pianistique et de pleine maturité musicale.

Arielle BECK Consuelo 03 ©Franck DENIS 2026
©Franck DENIS-2026

En bis, après le traditionnel bouquet offert par une toute petite fille, Arielle Beck nous gratifie de deux bis : le premier – spectaculaire –  (Quelle énergie encore, après s’être tant donnée dans le concerto ! ), Paraphrase d’une extrême difficulté technique de Franz Liszt sur la musique de scène du Songe d’une Nuit d’été de Felix Mendelssohn (quel titre bien choisi en ce soir à la douceur Rocassière ! ), et pour terminer une des Romances sans Paroles (Mendelssohn toujours), page nostalgique et introspective. 

Un triomphe salue la superlative prestation d’Arielle Beck.

Heureuse idée de programmation que l’on ne peut trouver que dans un grand festival, que de mettre en vis-à-vis le géant norvégien, et le géant finlandais.

La seconde partie de ce passionnant (et passionné) programme, s’ouvre par la tragique Valse Triste de Jean Sibelius (1865-1957), extraite de sa musique de scène (musique expressément composée pour une pièce de théâtre – sorte de musique de film avant l’heure), KuolemaMot qui signifie la Mort, en finnois. 

Ce que l’on sait moins, c’est que Sibelius ne fit pas grand cas de cette Valse Triste et vendit ses droits pour deux cents Marks, à un éditeur de musique Allemand.

Le compositeur finlandais, ne savait pas alors – à l’instar de Ravel quelques années plus tard pour son Boléro – que cette œuvre allait devenir sa composition la plus populaire… ce qui fit le bonheur de l’éditeur de musique Allemand…

De fait, son sujet, narrant l’histoire d’une femme mourante pensant danser avec son défunt mari, qui n’est donc que la Mort qui l’emporte, (mythe assez répandu dans diverses civilisations d’ailleurs), est une pièce musicale fascinante, avec son orchestration favorisant les cordes avec sourdine, les timbales, et flûte et clarinette solo. Par sa couleur, par son motif thématique envoûtant, hésitant au début, puis de plus en plus péremptoire et son implacable crescendo qui conduit à la rupture abrupte de la vie, cette page musicale impressionne toujours son auditoire. 

Là encore, l’orchestre Consuelo se montre parfait dans le choix de ses tempi comme dans l’étagement des couleurs de ses pupitres.

Liya PETROVA Consuelo 06 ©Franck DENIS 2026
©Franck DENIS-2026

Pour nous, le Concerto pour violon (1905) de Jean Sibelius, est une des pièces les plus bouleversantes de l’histoire de la musique. 

Le premier mouvement est un cri sublime de l’âme humaine, alors que son second mouvement en est une mélancolique méditation, cédant la place à un troisième mouvement aux rythmes puissants et barbares.

Christian Ferras avec Karajan (Deutsche Grammophon), et Itzhak Perlman avec André Previn (EMI), entre autres, en signèrent d’immortelles versions.

Ce soir, c’est Lyia Petrova, jeune violoniste d’origine Bulgare, titulaire d’impressionnants prix internationaux dont le prestigieux Premier Prix du Concours Carl Nielsen 2016, qui affronte le chef d’œuvre, mais avec un élément supplémentaire très émouvant:

Lors de sa – comme toujours – remarquable présentation du concert, Philippe Bernhard nous raconte cette histoire particulièrement émouvante : le violon Stradivarius de 1721,  sur lequel Lyia Petrova va interpréter le chef d’œuvre de Sibelius, n’est autre que… l’instrument sur lequel Christian Ferras enregistra pour l’éternité ce même concerto ! 

Qui nous aurait prédit qu’un beau soir d’été, au Festival de La Roque d’Anthéron, nous aurions le bonheur intense de réentendre en direct ce magnifique instrument qui fit l’interprétation de Ferras / Karajan, référence à jamais !
Les violons ont une âme dit-on; et elle est éternelle, ce soir c’est confirmé.

Liya PETROVA Consuelo 08 ©Franck DENIS 2026
©Franck DENIS-2026

Vêtue telle une Prêtresse Antique Grecque, Lyia Petrova sera en cette soirée la Passeure d’âme, bien évidemment avec ses moyens propres et spectaculaires, mais ainsi un peu de Ferras est avec nous. 

On reconnaît le timbre si chaleureux, notamment dans les graves, de ce superbe Stradivarius, que Lyia Petrova fait chanter sublimement. 

Très investie émotionnellement, la magnifique violoniste virtuose et un orchestre tout aussi transcendé, offrent une interprétation particulièrement enthousiasmante du chef d’œuvre de Sibelius. 

Et le compositeur – qui se pensait un violoniste raté (!) – qui sublima pourtant son Art dans cette bouleversante partition, a certainement salué cette soirée.

Liya PETROVA Consuelo 04 ©Franck DENIS 2026
©Franck DENIS-2026

Un bis fort drôle (mais d’une redoutable difficulté technique), termine cette soirée : Funk the string pièce assez rock où le public enthousiaste applaudit en mesure, composée par Igudesmanvioloniste et compositeur russo-allemand qui créa le duo comique musical Igudesman & Joo. ( CF. Video par le compositeur en fin d’article ).

Extraordinairement chargée émotionnellement, cette soirée restera certainement dans les annales comme une des plus mémorables que le Festival de la Roque d’Anthéron nous ait offerte… Mais ce festival a-t-il en fait des soirées qui ne le soient pas ?…

Marc Jénoc

Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron
Jeudi 23 Juillet 2026, 21h – Grande scène du Parc de Florans

Première partie:
Johannes Brahms: 
Symphonie N.3 
Edvard Grieg: 
Concerto pour piano
Deuxième partie:
Jean Sibelius: 
Valse Triste (extraite de la musique de scène Kuolema )
Jean Sibelius: 
Concerto pour violon

Arielle Beck, Piano
Lyia Petrova, Violon
Orchestre Consuelo
Victor Julien-Laferrière, direction musicale

 

 

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