Festival Opus Opéra : une pétillante Italienne à Alger sous le ciel de Gattières

Festival Opus Opéra : une pétillante Italienne à Alger sous le ciel de Gattières

lundi 20 juillet 2026

©Sophie Kilian

Il est des festivals qui, année après année, parviennent à conjuguer ambition artistique, convivialité et proximité avec le public. Le Festival Opus Opéra de Gattières, riche d’une expérience de près de quatre décennies, appartient incontestablement à cette catégorie. Dans le pittoresque décor de la place Grimaldi, dominée par les vieilles pierres du château médiéval, L’Italienne à Alger de Rossini semble trouver un écrin idéal : un théâtre à ciel ouvert où la légèreté de la comédie peut s’épanouir sans jamais sacrifier l’exigence musicale.

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Composé en une vingtaine de jours – alors que Rossini n’avait que 21 ans – cet ouvrage, représenté le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto de Venise, marque déjà l’épanouissement d’un génie musical exceptionnel. Si les situations relèvent de l’opéra bouffe le plus irrésistible, la partition révèle une sophistication d’écriture remarquable où les ensembles, les crescendos et les rythmes théâtraux annoncent les futurs chefs-d’œuvre du compositeur.

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A la baguette Marc Leroy-Calatayud livre un Rossini tout en finesse

Chef associé de l’Orchestre de Chambre de Genève pour la saison 2022/23, Marc Leroy-Calatayud a notamment dirigé, avec Benjamin Bernheim, une remarquable production de Roméo et Juliette de Gounod à l’Opéra de Vienne. Chef d’orchestre invité principal de l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, on peut citer parmi ses multiples étapes : Paris (Théâtre des Champs Elysées), Opéra de Lyon, Bilbao, Opéra de Munich, Philharmonie de Hambourg etc. et prochainement Opéra de Monte-Carlo pour Carmen avec Marina Viotti et Benjamin Bernheim.

À la tête d’un excellent Orchestre Philharmonique de Nice, qui prend plaisir à jouer Rossini, Marc Leroy-Calatayud confirme les qualités qui font aujourd’hui de lui l’un des chefs français les plus prometteurs de sa génération.

Sa direction conjugue précision rythmique, élégance du phrasé et constante attention portée aux chanteurs. Ici les célèbres crescendos se construisent avec naturel tandis que jamais l’orchestre ne couvre les voix. Le chef sait insuffler cette vitalité permanente et cette virtuosité instrumentale indispensables à l’ouvrage et caractéristique du génie rossinien tout en ménageant les respirations nécessaires à l’expression vocale.

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Une mise en scène signée Louise Brun qui privilégie rythme et théâtre

Le choix pour la metteuse en scène s’est portée sur Louise Brun (qui fut l’assistante de Kirill Serebrennikov à l’Opéra de Paris pour Lohengrin) puis chargée, entre autres, d’une nouvelle production de Didon et Enée au Grand Théâtre de Bordeaux en février 2023 et de la reprise de la mise en scène de Don Pasquale à l’Opéra de Nice au mois de mars 2026.

Sa mise en scène prend résolument ses distances avec toute tentation de reconstitution d’un Orient pittoresque ou conventionnel évitant d’alourdir le propos par une lecture démonstrative. Elle s’attache à privilégier avant tout le mouvement, le comique de situation et la précision du jeu des interprètes.

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L’action avance avec une remarquable fluidité. Les personnages demeurent constamment vivants, les gags naissent naturellement des situations sans jamais paraître artificiels et la direction d’acteurs témoigne d’une connaissance approfondie des mécanismes de la comédie rossinienne. L’humour, omniprésent, reste toujours élégant et respecte l’esprit du livret.

L’italienne à Alger déploie ainsi une comédie au rythme effréné que Stendhal qualifiait de « folie organisée et complète ». Isabella « la belle italienne » tire les fils de l’intrigue tout eu constituant le symbole de l’émancipation de la femme. Au centre même du dispositif dramatique Isabella, femme libre et intelligente devient la maîtresse du jeu, qui manipule avec une tranquille assurance les hommes qui l’entourent.

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Une distribution homogène au service de la folie rossinienne

La réussite de cette Italienne à Alger repose également sur une distribution homogène, engagée avec une évidente gourmandise dans la mécanique comique imaginée par Rossini et pleinement investie dans le parti pris théâtral de Louise Brun.

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La basse-baryton chilienne Ricardo Seguel, mène depuis ses débuts au Teatro Municipal de Santiago une carrière largement internationale. Particulièrement à l’aise dans le répertoire bouffe de Mozart, Rossini et Donizetti, il a notamment incarné Leporello, Bartolo, Basilio, Alidoro, Dulcamara et déjà Mustafà dans L’Italienne à Alger. Il campe avec autorité un Bey aussi péremptoire que bientôt dépassé par les événements. Ricardo Seguel dispose de l’assise et de la profondeur vocales adéquates et surtout un sens aigu du buffo : autant de qualités nécessaires pour donner toute sa saveur à cet homme persuadé de régner sur son petit monde avant de devenir la victime consentante des stratagèmes d’Isabella.

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Celle-ci trouve en la mezzo-soprano Lamia Beuque, formée à la Haute École de musique de Lausanne puis à l’Opéra Studio de l’Opéra national du Rhin, une interprète parfaite musicienne maniant avec habileté un répertoire belcantiste qui comprend notamment Angelina dans La Cenerentola, Rosina du Barbier de Séville, Adalgisa de Norma, Maffio Orsini de Lucrezia Borgia et Isabella, qu’elle a déjà interprétée à Innsbruck. La mezzo-soprano accorde ici l’agilité et la virtuosité du chant rossinien avec une présence scénique capable d’imposer immédiatement l’autorité de cette femme libre.

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Face à elle, le ténor espagnol Juan de Dios Mateos qui a été notamment membre de l’Académie de l’Opéra national de Paris de 2016 à 2018. Sa carrière l’a depuis conduit sur de nombreuses scènes internationales – Liceu de Barcelone, Deutsche Oper Berlin, Sydney Opera House ou Teatro de la Zarzuela –. Le personnage, amoureux fidèle mais prisonnier d’une situation qui lui échappe largement, et qu’il incarne avec une indubitable élégance, offre un heureux contrepoint à l’agitation burlesque qui l’entoure.

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Le baryton belge Ivan Thirion qui incarne Taddeo fut formé à Bruxelles et Genève, au CNIPAL de Marseille et à l’International Opera Studio de Zurich avant de participer au Young Singers Project de Salzbourg. Finaliste du BBC Cardiff Singer of the World et boursier du Cercle Richard Wagner Rive Droite de Nice, il possède un vaste répertoire allant de Mozart et Donizetti à Verdi, Ravel ou Debussy et s’est produit notamment à Genève, Liège, Bruxelles et au Festival d’Aix-en-Provence. Son Taddeo, s’inscrit ici pleinement dans la tradition comique. Amoureux jaloux et quelque peu ridicule d’Isabella, promu malgré lui « Kaimakan » par Mustafà, il fait vivre avec acuité un personnage dont l’efficacité repose autant sur le chant – en la circonstance aussi généreux que stylé – que sur le sens du rythme théâtral.

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Autour de ce quatuor principal, Cécile Lo Bianco donne à Elvira, épouse délaissée de Mustafà, une véritable présence qui évite d’en faire une simple victime des extravagances de son mari, tandis que Noelia Ibáñez, en Zulma, participe efficacement à cette incessante circulation des personnages et des situations qui nourrit la « folie organisée » rossinienne.

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Enfin, Thibaut Desplantes prête à Haly l’autorité vocale et la présence nécessaire à un personnage secondaire mais nullement négligeable.

C’est précisément l’équilibre de cette distribution judicieusement réunie qui permet aux grands ensembles concertants de prendre toute leur dimension. Car L’Italienne à Alger ne repose pas seulement sur une succession de performances individuelles : Rossini transforme progressivement ses personnages en rouages d’une vertigineuse mécanique collective. Chacun doit conserver son identité vocale et théâtrale tout en s’intégrant à ces accumulations, répétitions et accélérations qui culminent dans les finales.

La distribution réunie à Gattières se trouve ainsi confrontée à ce qui constitue sans doute l’une des difficultés majeures de l’ouvrage : faire paraître spontanée et presque délirante une mécanique musicale et scénique qui exige, en réalité, une précision de chaque instant.

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Le Chœur de l’Opéra de Nice participe pleinement à cette dynamique collective dans les ensembles où les mouvements de danse viennent s’inviter en clin d’oeil à la comédie musicale que Louise Brun affectionne tout particulièrement .

Enfin une première in loco – et une mention très positive appréciée par nombre de spectateurs – le sur titrage (en français) permettant d’appréhender les dialogues de l’œuvre mis en forme et piloté par Pascal Terrien par ailleurs régisseur général du festival

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Depuis nombre d’années, Opus Opéra démontre qu’il est possible de proposer un véritable spectacle lyrique de qualité loin des grandes scènes nationales.

Cette nouvelle production confirme la vitalité de ce festival, son exigence artistique et son rôle essentiel dans la diffusion de l’art lyrique sur la Côte d’Azur.

Eugène BEAUVOIS
20 Juillet 2026

Direction musicale : Marc Leroy-Calatayud
Mise en scène : Louise Brun
Scénographie et costumes : Helen Hébert
Lumières : Laurent Chauvet

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©Sophie Kilian

Distribution :

Mustafà : Ricardo Seguel
Isabella : Lamia Beuque
Lindoro : Juan de Dios Mateos
Taddeo : Ivan Thirion
Elvira : Cécile Lo Bianco
Zulma : Noelia Ibáñez
Haly : Thibaut Desplantes 

Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra de Nice

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