Festival d’Aix-en-Provence 2026 – Théâtre de l’Archevêché : Requiem de Mozart

Festival d’Aix-en-Provence 2026 – Théâtre de l’Archevêché : Requiem de Mozart

lundi 6 juillet 2026

©Monika_Rittershaus

 

Émotion artistique transcendantale, fabuleuse expérience sans précédent, sont les seuls mots qui viennent à l’esprit après un tel moment, car le mot « spectacle » ne convient pas ici.

Dans l’espace lointain, le chœur, sublimement pur, entame un Christus Factum Est grégorien tandis qu’une vieille femme regarde mélancoliquement la télévision, en fumant sa cigarette, dans une scène toute tendue de noir. 

Requiem Festival dAix en Provence 2026 ©Monika Rittershaus1
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À jardin, un méchant lit de bois, à côté d’une triste table de nuit. La femme cesse de regarder l’écran, croque une orange puis la laisse; elle boit un peu d’eau, elle se couche. Alors que le chant grégorien se termine sur une envolée d’une immense pureté, la vieille femme endormie s’enfonce dans son lit jusqu’à disparaître complètement (extraordinaire effet de machinerie).

Apparaissent à jardin quatre porte-drapeaux vêtus de noir, aux oriflammes noirs traînant majestueusement jusqu’à terre. Le Chœur vêtu de noir entre en scène lentement, doucement pour ne pas troubler la Cérémonie, et recouvre entièrement de noirs tissus, le modeste mobilier. 

Plus tard, alors que le lit est emporté, le Chœur retirera ses noirs vêtements pour qu’apparaissent des tenues grèges, et tandis qu’il entame le sublime « Requiem Aeternam » du chef-d’œuvre de Mozart, retire l’enveloppe noire qui recouvrait les hauts murs et le sol.

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La scène devient entièrement blanche, alors que du lit enlevé sort une superbe jeune femme triomphante, arborant une branche de palmier à la main.

Le Cycle de la Vie retrouve son cours. 

Une petite fille tenant à son tour la branche de palmier, se verra recouverte par le chœur, des couleurs de l’arc en ciel, avant que la soprano ne fasse couler sur elle le miel…

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Un petit garçon au visage d’ange, entre à Jardin, jouant au foot avec une dure pierre ? Non pas, c’est un crâne humain ; le petit garçon le dépose alors religieusement au centre du plateau… Puis il vient à l’avant-scène, toisant le public. Silence.

De sa bouche sort alors un chant sublime (Mozart / Solfeggio en Fa Majeur K.393/2 ) à la pureté immense. C’est bouleversant.

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Tout au long de cette soirée sublime, le Chœur Pygmalion, chante mais aussi danse (superbes chorégraphies de Evelin Facchini), avec une ferveur, un éclat, une puissance de Vie, inégalables, fascinant. 

Car ce Requiem est avant tout une célébration de la Vie ; ce n’est pas la tristesse qui l’emporte, mais la Joie.

Après un Lacrymosa hors du Temps, où le chœur se couvre de terre, nous retrouverons la vieille femme du début, suivie d’une jeune femme portant un (vrai) bébé – chez Castellucci TOUT est toujours vrai – suivie d’une jeune fille, enfin la petite fille arc-en-ciel, image sublime des Quatre Âges de la Vie inversés.

La Musique s’est tue; le bébé reste seul sur la scène…la lumière diminue jusqu’à l’infime.

Le petit garçon à la Voix d’Ange a pris la place de Raphaël Pichon au pupitre de chef, et chante a cappella « In Paradisum » grégorien. Puis pose délicatement un doigt sur ses lèvres pour nous signifier le Silence Absolu…

Alors la scène entière se soulève jusqu’à la verticale, laissant choir les vêtements choraux et faisant glisser la terre noire dans les abysses ; il ne reste plus que des traces de vie sur ce sol vertical…

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Le grand rideau noir de la scène descend lentement dans le silence prenant d’une salle bouleversée… 

Le postulat (amer), de Romeo Castellucci, c’est que RIEN n’est éternel, que TOUT retourne à la poussière : les Espèces animales, la Nature, les Monuments aussi fabuleux soient-ils, les Hommes, les Civilisations, et peut-être même un jour, l’Univers…

Constat terrible… Mais en attendant, les cycles de la Vie se renouvellent inexorablement. Ainsi, le metteur en scène imagine ici tout le chemin initiatique de la mort à la nouvelle vie.

Poursuivant sa thématique 2026 sur les Rites Initiatiques de la Vie, sur l’Enfance, sur le Devenir Adulte, le Festival d’Aix a eu la main heureuse en reprogrammant ce très beau Requiem de Mozart. 

Quel bonheur de retrouver cette production créée ici-même en 2019, et heureusement reprise aujourd’hui. 

Alors certes, le Requiem est une œuvre religieuse et de concert, et l’on peut s’étonner à juste titre de sa transposition scénique. 

Mais lorsqu’on prend Romeo Castellucci comme architecte visionnaire, c’est l’assurance d’assister à un moment exceptionnel à l’esthétisme triomphant. 

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Visionnaire, surréaliste, Castellucci trouve toujours une porte d’entrée extraordinaire dans le monde lyrique ; après, on connaît ses « petites manies » qui peuvent être agaçantes, comme celles consistant à afficher constamment en fond de scène, telle une litanie de dictionnaire, ici les espèces disparues (il avait déjà imaginé cela pour le Moïse & Aaron de Schoenberg, à l’Opéra-Bastille), ou parfois quelques images peuvent nous paraître incompréhensibles, mais le souffle du démiurge-esthète l’emporte bien au delà de ces réserves.

Quel bonheur également, de retrouver Raphaël Pichon, et son si bel Ensemble choral et orchestral Pygmalion

L’hédonisme bouleversant est Roi et quelle musique, comme à chaque fois que Raphaël Pichon est au pupitre !

Cette saison, après des incursions dans le répertoire Romantique (le CD Requiem de Brahms, puis les représentations de Werther à l’Opéra-Comique ), Raphaël Pichon revient à ses premières amours et la musique du XVIIIe siècle.

À la suite des représentations de cette même production en 2019, il avait enregistré ce Requiem, qui comporte des « aménagements » pour allonger sa durée, puisque la partition – inachevée par Mozart, on le sait – et terminée par son élève Süssmayr, n’a qu’une durée d’une heure; cela peut surprendre à la première écoute, pour quiconque connaît bien le Requiem, mais devient logique pour cette production, par une construction musico-dramaturgique.

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Ici neuf pièces musicales sont ajoutées, dont sept de la main de Mozart, et deux chants grégoriens qui ouvrent et terminent ce bouleversant moment de pure beauté, car à ce niveau-là, on ne parle plus de spectacle, mais d’émotion pure qui mêle à la Musique, les Échos profondément ataviques fixés en nous, de notre Devenir. 

Les quatre remarquables solistes, auxquels il convient d’ajouter l’inoubliable petit ange, ont pour nom : Mélissa Petit (soprano), Beth Taylor (mezzo-soprano), Duke Kim (ténor), Alex Rosen (basse), César Bogdanas (voix d’enfant).

Mais LE protagoniste de la soirée c’est sans conteste possible le Chœur Pygmalion qui, pour superbe qu’il soit toujours, atteint ce soir au Sublime, alors que l’orchestre Pygmalion déploie ses sonorités tour à tour chaleureuses ou incisives.

Il reste trois représentations au Festival d’Aix : les 8, 10, 12 Juillet. S’il reste des places, précipitez-vous !

À ce niveau-là c’est un devoir d’y aller.

Marc Jénoc
Théâtre de l’archevêché, lundi 6 Juillet 2026

Chœur et orchestre: Ensemble Pygmalion
Direction musicale: Raphaël Pichon
Mise en scène, décors, costumes, lumières: Romeo Castellucci
Chorégraphie: Evelin Facchini

Soprano: Mélissa Petit
Mezzo-soprano: Beth Taylor
Ténor: Duke Kim
Basse: Alex Rosen
Voix d’enfant: César Bogdanas

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