Nous avons assisté à l’un des temps forts du Festival de Musique Sacrée – Saison 2025-2026, organisé par l’Opéra de Nice, qui célèbre avec exigence et sensibilité l’héritage de l’abbé Pierre-Marie Navarre, fondateur du Festival. Au sein de la Cathédrale Sainte-Réparate, le programme associait le Requiem op. 48 de Gabriel Fauré et la création mondiale de La Nuit obscure de Pierre Ruscher.
Le Requiem de Fauré demeure l’une des partitions les plus lumineuses de la musique sacrée française. Loin des visions dramatiques du jugement dernier, cette œuvre offre une méditation apaisée sur la mort et l’espérance. Dès les premières mesures, malgré la chaleur étouffante et l’acoustique du lieu peu valorisante, nous avons apprécié la qualité sonore de l’Orchestre Philharmonique de Nice, dont les pupitres ont fait preuve d’une remarquable homogénéité et d’une palette de couleurs raffinée.
Le Chœur de l’Opéra de Nice s’est distingué par sa cohésion, sa diction et une belle maîtrise des nuances, offrant un magnifique écrin à cette musique d’une profonde sérénité.
La direction musicale était confiée à Vincent Monteil, dont la précision remarquable s’est imposée dès les premières mesures. Sa gestique, à la fois claire, souple et expressive, témoigne d’une écoute constante des musiciens et des chanteurs. Sans jamais céder à l’effet démonstratif, il insuffle une respiration naturelle à la partition, façonne les équilibres avec une infinie délicatesse et révèle toute la richesse des couleurs orchestrales. Sous sa baguette, le Requiem de Fauré déploie pleinement sa poésie intérieure, sereine et profondément habitée.

Afin d’optimiser l’acoustique et l’espace dans la Cathédrale Sainte-Réparate, les interventions solistes prenaient place depuis la chaire de l’église, un choix qui renforçait la dimension spirituelle de l’œuvre. Thibaut Desplantes y a livré une prestation d’une grande noblesse. Son timbre chaleureux, porté avec naturel dans toute la nef, emplissait l’édifice d’une présence à la fois puissante et apaisée. Son phrasé d’une grande élégance a conféré au Libera me toute sa profondeur expressive servant la musique de Fauré avec sincérité et intensité.

La seconde partie du concert nous conviait à la découverte de La Nuit obscure, oratorio pour mezzo-soprano, chœur et orchestre de Pierre Ruscher, inspiré du célèbre poème mystique de Saint Jean de la Croix. Déployée en huit tableaux, l’œuvre nous entraîne dans une profonde traversée intérieure où se croisent le doute, le silence, la solitude et la quête spirituelle.
Cette création mondiale révèle un compositeur dont la personnalité s’affirme avec naturel. Formé auprès d’un disciple d’Henri Dutilleux, Pierre Ruscher revendique également son admiration pour Olivier Messiaen, deux filiations qui, sans jamais s’imposer de manière ostentatoire, éclairent certains aspects de son langage. On perçoit ainsi l’écho de diverses influences musicales, habilement assimilées, sans que le compositeur ne renonce à sa propre voix.
Son écriture, résolument tonale, s’enrichit avec finesse d’éléments plus contemporains : réminiscences modales, touches polytonales, sens très développé de la couleur orchestrale et harmonies parfois irradiées d’une lumière qui n’est pas sans rappeler l’univers messiaenique. L’alternance entre épisodes d’une réelle intensité dramatique et moments de contemplation plus suspendus confère à l’œuvre un équilibre convaincant.
On retiendra avant tout la qualité de l’écriture orchestrale de Pierre Ruscher, qui fait preuve d’une solide maîtrise, héritière de la tradition française et néoclassique tout en s’ouvrant à une esthétique résolument actuelle. Les textures instrumentales accompagnent avec justesse la progression dramatique et traduisent avec sensibilité les multiples états de l’âme suggérés par le texte mystique. Loin de tout académisme, cette partition témoigne d’une authentique maturité d’écriture et d’un sens affirmé de la construction musicale.
Par cette rencontre entre un chef-d’œuvre du répertoire et une création contemporaine en présence du compositeur, cette soirée illustre parfaitement la vocation du Festival de Musique Sacrée. L’Opéra de Nice confirme une nouvelle fois son engagement en faveur de la création musicale et de la transmission du patrimoine, offrant au public une expérience artistique où tradition et modernité dialoguent avec une rare intensité.
Pascal Terrien
26 juin 2026
Direction musicale Vincent Monteil
Gabriel Fauré Requiem
Soprano : Tyna Volpi
Baryton : Thibaut Desplantes
Pierre Ruscher La nuit obscure
Mezzo-soprano : Aviva Manenti
Chœur de l’Opéra Nice Côte d’Azur
Orchestre Philharmonique de Nice


