Une pluie de papiers dorés lancés depuis les cintres s’abattit, dimanche, sur Kazuki Yamada à l’issue de son dernier concert donné en l’Auditorium Rainier III après ses dix ans de direction du Philharmonique de Monte-Carlo. La salle entière se leva pour l’ovationner, unissant ses bravos à ceux de l’orchestre.
Dix ans. Une durée assez longue pour qu’un chef et un orchestre apprennent à se connaître jusqu’au moindre frémissement. Dix ans de concerts, de succès, de joies, de découvertes.
Dix ans sans fausse note où Kazuki Yamada promena sa silhouette vive à travers tous les paysages du répertoire. Classique, romantique, lyrique, moderne, rien ne semblait lui être étranger. Il avançait partout avec la même aisance.

Pour ce dernier soir, il avait choisi la Neuvième Symphonie de Beethoven. Il la parcourut avec une remarquable précision, mais sans jamais sacrifier la grandeur et la majesté. Dans le mouvement lent, on le voyait se tourner vers les violons, les deux mains jointes, avec une sorte de supplication tendre, comme s’il demandait à une fleur de s’ouvrir davantage. Les archets répondaient d’un seul élan, sous l’impulsion fraternelle de David Lefèvre et de Liza Kerob, dont l’entente faisait plaisir à voir.
Tout l’orchestre semblait respirer avec lui. Les violoncelles et les contrebasses faisaient monter des abîmes le thème de l’Ode à la joie.
La clarinette de Marie-B Barrière, la flûte d’Anne Maugue, le hautbois de Matthieu Petitjean, le basson d’Arthur Menrath, les cors de Patrick Peignier et Bernard Raquet rivalisaient de beauté dans leurs interventions solistes. Les cuivres faisaient éclater leurs fanfares, et, tout là haut, les timbales de Julien Bourgeois martelaient impérieusement le cours du temps. Le Chœur de l’opéra faisait résonner de toute sa puissance l’hymne à la joie. Leur chant était ourlé d’une dentelle de voix enfantines par le Chœur de l’Académie de musique.
Lorsque la basse Johannes Weisser se dressa au-dessus de la masse orchestrale, on eût dit une figure antique surgie des flots. « O Freunde ! » s’exclama-t-il avec une telle autorité qu’on crut sentir les murs en trembler. La soprano Mari Eriksmoen, la mezzo-soprano Catriona Morison et le ténor Maximilian Schmitt, le rejoignirent dans cette grande célébration de la fraternité humaine voulue par Beethoven.
En début de concert, nous avions entendu le Concerto pour violon de Tchaïkovski dans l’interprétation de Gil Shaham que nous qualifierions d’un mot : idéale.
Dix ans se terminent. Aux côtés de Kazuki Yamadi, se trouvait un homme sans qui les saisons n’auraient été ni aussi réussies ni aussi prestigieuses : Didier de Cottignies.
Un nouveau chapitre va s’ouvrir dans la vie de l’orchestre. On le souhaite aussi beau.
André PEYREGNE
14 juin 2026

