Les Préludes du Festival de La Roque d’Anthéron – Concert à Miramas

Les Préludes du Festival de La Roque d’Anthéron – Concert à Miramas

samedi 6 juin 2026

© Adrien Joly

Pour la troisième année consécutive, le Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron, a eu l’heureuse idée d’inclure dans sa programmation une soirée dans le beau théâtre La Colonne à Miramas. 

Petite nouveauté du Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron, ces soirées désormais intitulées « Préludes du Festival » se situent en amont de l’ouverture officielle du Festival, (qui cette année débutera le 16 Juillet, avec un programme d’une richesse, d’une variété impressionnantes), dans diverses villes de la région provençale.

Chef-d’œuvre architectural et acoustique, la ville de Miramas fit construire son Théâtre « La Colonne » avec une spécificité première : la musique (il fut même un temps où l’Orchestre National de Montpellier y enregistra certains de ses disques). 

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©Marc Jénoc

Inauguré en 1986, cet impressionnant théâtre, constitué de briques rouges, possède deux salles.

Un amphithéâtre de plein air « à l’Antique », et une grande salle fermée d’environ 800 places entièrement escamotable, y compris la scène et sa fosse d’orchestre, permettant alors de libérer un vaste espace de plusieurs centaines de mètres carrés. 

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©Marc Jénoc

Les deux plateaux sont reliés par une immense verrière faisant office de fond de scène, qui peut se lever pour unifier les deux salles.

Le Festival de La Roque d’Anthéron investit donc désormais chaque année ce superbe lieu, pour deux concerts: un premier en fin d’après-midi, dans le théâtre de plein air, puis à 21h30, dans la Grande Salle.

Ainsi les deux années précédentes nous ont permis d’entendre à Miramas l’Orchestre Philharmonique de l’Opéra de Marseille avec entre autres le Concerto pour Piano de Schumann (avec la toute jeune et remarquable pianiste Arielle Beck), puis l’an passé Claire-Marie Leguay à 19h pour une heure avec Bach, puis un opéra baroque espagnol absolument inconnu mais passionnant (Les Quatre Eléments, composé par Antonio de Literes), par l’Ensemble du Jeune Orchestre Baroque Européen, qui fut une mémorable journée de musique.

T Fouchenneret Quatuor Magenta Y Dubost 2 © Adrien Joly 2026
© Adrien Joly

Cette année, place à la musique de chambre, avec tout d’abord sur la scène extérieure, l’emblématique quintette La Truite de Franz Schubert. 

Musiciens généreux, ils nous ont offert en plus du fameux quintette, deux pièces de la même période. La Sonate pour piano opus 8 (inachevée) de Schubert, dans laquelle Théo Fouchenneret ( Niçois d’origine, lauréat du Premier Prix du Concours International de Genève en 2018 ), déploie des trésors de mélancolie et de délicatesse du toucher ; les notes exprimées par le pianiste, profondément investi, résonnent clairement dans la belle acoustique de l’amphithéâtre où se mêle le chant plaintif d’une tourterelle pour un instant hors du temps

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©Marc Jénoc

Puis vient le moment d’une œuvre rare avec le Quatuor de Fanny Mendelsshon, dont on sait que son talent fut considérablement restreint par son frère Félix, qui prit même à son compte quelques une des partitions de sa sœur, car à l’époque il était malséant qu’une femme ose prendre la plume pour composer !

Quatuor féminin « branché », jouant sur tablette électronique au lieu du bon vieux papier, le Quatuor Magenta,fondé sur Paris en 2021, est auréolé de plusieurs prix internationaux. On ne peut qu’être conquis par l’extraordinaire qualité de jeu et d’écoute mutuelle de ces quatre formidables jeunes femmes.

Très introspectif en son début, ce rare Quatuor de Fanny Mendelssohn se termine sur un final à la composition endiablée… On admire la très belle homogénéité et la grande virtuosité dans ce final virtuose; une toute petite fillette présente dans le public se met même à tournoyer sur elle même au son de ce final qui conquiert définitivement le public de la qualité de cette pièce. 

Spontanéité, fraîcheur, grande virtuosité et très belle musique, instants là encore incomparables.

T Fouchenneret 1 © Adrien Joly 2026
© Adrien Joly

Enfin, œuvre magistrale de la musique Romantique Allemande s’il en est, le Quintette de Schubert La Truite qu’on ne présente plus, a bénéficié ici des talents conjugués du Quatuor Magenta, du pianiste Théo Fouchenneret, et du contrebassiste Yann Dubost (contrebassiste solo de l’Orchestre Philharmonique de Radio France depuis 2011).

Assez souvent dans sa musique de chambre, Schubert avait pris l’habitude de citer un de ses nombreux lieder, donnant ainsi à la pièce chambriste son titre, comme par exemple son quatuor La Jeune Fille et la Mort, ou Rosamunde, et ici La Truite.
Il place au centre de ces œuvres un « thème & variations » construit sur le motif principal du Lied éponyme. 

T Fouchenneret Quatuor Magenta Y Dubost 1 © Adrien Joly 2026
© Adrien Joly

Ainsi dans le quintette qui nous intéresse ici, le thème si connu de La Truite structure le quatrième mouvement (le Lied date de 1816, et le quintette de 1819, mais publié en 1829, soit un an après la mort du compositeur.

La composition instrumentale est assez étonnante pour qu’elle soit remarquée, puisqu’elle utilise une partie d’un quatuor à cordes « normal » (mais avec un seul violon), ainsi que le piano et une contrebasse. 

Cette formation pour surprenante qu’elle puisse paraître, avait déjà été inaugurée par un autre compositeur de cette époque: Johann Nepomuk Hummel. 

On pense souvent que Schubert, séduit par cette formule voulut à son tour apporter sa pierre à l’édifice. 

Devant un auditoire enchanté de retrouver cette belle partition, on peut remarquer que le fameux 4e mouvement cueille évidemment un public le sourire aux lèvres (et le retour du roucoulement de la tourterelle décidément bien mélomane !).

Triomphe absolu pour cette très généreuse heure et demie de musique (alors que les concerts de 19h sont plutôt d’une heure normalement ).

Consacré à un concert autour de la musique française, à 21h30, dans la grande Salle, nous retrouvons le Quatuor Magenta, toujours en compagnie de Théo Fouchenneret et de Yann Dubost à la contrebasse, quatre nouveaux musiciens les rejoignent : Martin Jaspard, second piano, Magali Monnier (flûte), Nicolas Baldeyrou (clarinette), et Vassilena Serafimova (percussions), pour une soirée encadrée par deux œuvres célèbres de la Musique Française : d’abord le célèbre Boléro de Maurice Ravel et le non moins célèbre Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns.

Ce qui est moins courant, c’est d’entendre ce fameux Boléro dans une version chambriste pour deux pianos dûe à Ravel lui-même,. 

Ravel détestait son Boléro dit-on ; et pourtant la magie opère toujours par le charme hypnotique de ce thème obsessionnel électrisant l’auditoire.

Quoi de plus logique pour un festival de piano que de présenter cette version pour deux pianos ; cette version demande prouesse technique et musicale aux deux solistes fortement sollicités : le tout jeune Martin Jaspard (à la silhouette qui fait penser irrésistiblement à Harry Potter), soliste déjà réputé, se produisant dans les salles les plus prestigieuses d’Europe, également compositeur et chef d’orchestre, accompagné de Théo Fourchenneret, nous offrent tous deux une version fascinante du Boléro, à plus d’un titre, par la haute technicité et l’admirable jeu musical qu’ils déploient.

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©Marc Jénoc

Comment oublier le début du Boléro où le magnifique toucher murmurant et caressant de Martin Jaspard ébauche la célèbre mélodie sur la rythmique implacable de Théo Fouchenneret.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce
Boléro pensé d’abord pour un orchestre symphonique pléthorique, trouve ici une caractérisation absolument différente, certes, mais passionnante, et toujours aussi enthousiasmante, faisant vibrer un public conquis.

Avec Fauré on retrouve Martin Jaspard, toujours aussi sensible, pour une belle interprétation de l’élégante Pavane, avec la flûtiste Magali Mosnier, exprimant dans de délicates couleurs irisées la belle mélodie.

On ne connaît que trop mal hélas Gabriel Pierné (1863-1937 ) qui pourtant laissa un catalogue d’une grande richesse, allant de pièces pour piano en passant par le ballet Cydalise et le Chèvre-pied par exemple bien trop peu joué !) et la mélodie (la Mort de Don Quichotte, un des sommet de l’art mélodique français !), sans oublier l’opéra ! 

Nous faire découvrir ici sa douce Canzonetta pour clarinette remarquablement interprétée par un Nicolas Baldeyrou (professeur au CNSMD de Lyon, régulièrement invité par les plus grandes salles de concerts telle Carnegie Hall), et accompagné par le piano bienveillant de Martin Jaspard fut un autre beau moment.

Nous retrouvons ensuite Fauré pour son Nocturne°6 dont la partie centrale requiert de la part du pianiste une puissance dramatique, une grande intensité; le jeu solide et lyrique de Théo Fouchenneret convainc particulièrement .

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©Marc Jénoc

Pour terminer cette soirée sous le signe festif, le Carnaval des Animaux est bien entendu la pièce rêvée.

S’investissant remarquablement, l’ensemble de tous ces beaux musiciens est rejoint par la brillante percussionniste bulgare Vassilena Serafimova (Lauréate de la prestigieuse Julliard School entre autre, professeure à la Haute École de Musique de Lausanne), et dont le jeu d’une immense délicatesse nous subjugue dans un Aquarium particulièrement enchanteur.

La clarinette espiègle de Nicolas Baldeyrou intervient dans de très drôles interventions, se baladant dans les coursives latérales du théâtre, ou apparaissant furtivement sur la scène pour le plus grand plaisir des spectateurs.

D’ailleurs l’ensemble de tous ces musiciens joue le jeu, se scandalisant par exemple lors de l’épisode des pianistes et leurs gammes volontairement ratées (sacré Saint-Saëns d’ailleurs, avec son humour grinçant dont il était coutumier !).

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©Marc Jénoc

La salle comble a fait une belle ovation méritée à tous ces artistes musiciens. Un très beau moment de musique et de convivialité pour tous.

Le Festival de La Roque d’Anthéron a de nouveau réussi ce beau pari d’amener la plus grande qualité internationale dans la région ; Merci !

Marc Jénoc
6 juin 2026

programme La Roque Miramas 1

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