Héroïnes baroques à Sainte-Réparate : passions, fureurs et élégance

Héroïnes baroques à Sainte-Réparate : passions, fureurs et élégance

dimanche 7 juin 2026

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Pour son dixième anniversaire, l’association Les Moments Musicaux des Alpes-Maritimes ouvrait une nouvelle page de son histoire en confiant sa direction artistique à Jérôme Correas. Un choix qui s’inscrit naturellement dans la continuité de l’ambition portée depuis 2015 : faire rayonner le patrimoine baroque à travers des interprétations exigeantes et généreuses.

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Le symbole était fort. C’est en effet dans la cathédrale Sainte-Réparate, où l’aventure avait débuté à l’occasion de l’inauguration des travaux de restauration de l’édifice, que ce nouveau chapitre s’est ouvert. Dix années durant lesquelles les plus grands artistes français et internationaux sont venus faire vibrer ce magnifique écrin baroque du cœur du Vieux-Nice.

Le concert intitulé « Héroïnes baroques », nous invitait à parcourir les univers contrastés de Vivaldi et Haendel, où les figures féminines se consument d’amour, affrontent leur destin ou se dressent dans une révolte tragique.

Il faut d’abord saluer le travail remarquable des musiciens des Paladins qui, malgré une acoustique parfois ingrate de la cathédrale, ont su préserver la clarté du discours musical et maintenir un équilibre subtil entre les voix et le continuo. Jérôme Correas, du clavecin, dirige avec cette élégance discrète qui laisse respirer la musique tout en en assurant la cohérence dramatique.

Le concert s’ouvrait avec le délicat Duetto da camera « Langue geme, sospira » de Haendel, prélude raffiné aux passions qui allaient bientôt se déchaîner.

Les sonates pour violoncelle de Vivaldi permirent ensuite à Nicolas Crnjanski de déployer un jeu à la fois noble et expressif. Son instrument chantait avec éloquence, soutenu avec finesse par Charles-Édouard Fantin, partenaires attentifs d’un dialogue instrumental toujours vivant.

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Dans la cantate Sorge vermiglia in ciel la bella Aurora (RV 667), Julia Wischniewski s’est engagée sans réserve par cœur dans ce théâtre des sentiments où l’amour consume l’âme du lever au coucher du soleil. La soprano épouse avec conviction les tourments de son personnage, affrontant avec une remarquable aisance les difficultés techniques de cette partition exigeante. Son interprétation d’Ardi, svena, impiaga, atterra (deuxième partie) fait entendre une douleur ardente, portée par une ligne vocale maîtrisée dans les vocalises.

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La seconde partie culminait avec La Lucrezia de Haendel. Éléonore Pancrazi, elle aussi sans partition y confirmait tout ce que l’on sait de son talent. Sa voix, d’une homogénéité exceptionnelle, se déploie avec une maîtrise souveraine. Mais au-delà de la perfection technique, c’est l’incroyable force expressive de son incarnation qui frappe. Le désespoir, la colère, le désir de vengeance et la détermination farouche de Lucrèce traversent chaque phrase avec une intensité saisissante. Tout semble naître avec une facilité déconcertante, comme si les affects les plus extrêmes s’imposaient naturellement à elle.

Quelques instants auparavant, la mezzo-soprano avait d’ailleurs révélé un talent plus inattendu en maniant avec aisance les castagnettes dans une sonate de Vivaldi, apportant une touche de spontanéité et de charme.

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Le concert s’achevait avec le duo de Haendel Tanti strali al sen mi scocchi, réunissant les deux chanteuses dans un échange vibrant où leurs timbres, pourtant très différents, se complétaient admirablement. Nous quittions alors Sainte-Réparate avec le sentiment d’avoir traversé une galerie de portraits féminins d’une rare intensité dramatique.

Malgré les limites acoustiques de l’édifice, qui ne favorisent pas toujours la précision des détails ni l’équilibre sonore, les interprètes ont su transcender les contraintes du lieu. Grâce à leur engagement, leur intelligence musicale et leur sens du théâtre, ils ont fait vivre ces héroïnes baroques avec une éloquence qui a largement emporté l’adhésion du public.

Pascal Terrien
7 juin 2026

Cathédrale Sainte-Réparate, Nice
Les Paladins – Direction Jérôme Correas

Distribution : 

Julia WISCHNIEWSKI (Soprano)
Éléonore PANCRAZI (Mezzo Soprano)
Nicolas CRNJANSKI (Violoncelle)
Charles-Edouard FANTIN (Théorbe et Guitare)
Jérôme CORREAS (Clavecin et Direction)

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