STAATSOPER WIEN « Un Rosenkavalier » d’anthologie et de délicatesse d’Otto Schenk

STAATSOPER WIEN « Un Rosenkavalier » d’anthologie et de délicatesse d’Otto Schenk

lundi 18 mai 2026

© Wiener Staatsoper

Cette 404e représentation du Chevalier à rose d’Otto Schenk, dont la mise en scène fidèle, logique et sincère mérite d’être préservée bénéficie également d’une distribution exceptionnelle. Ce qui est incontestable, c’est cette Vienne de Marie-Thérèse qu’aucun autre décor, aucune autre ambiance scénique conçue à ce jour n’a su recréer avec une telle authenticité et aussi une telle sobriété.

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© Wiener Staatsoper

Rien ne vient perturber le regard. On éprouve un plaisir indescriptible devant ces costumes somptueux, ces décors muraux d’une finesse exquise, ces jeux de lumière sans pareils. Otto Schenk avait bien compris que cette œuvre majestueuse de Richard Strauss exigeait un rituel, presque une liturgie. Il avait aussi compris la nécessité de placer tous ces personnages, tous très différents dans ce qui leur semble le plus naturel.

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© Wiener Staatsoper

Musicalement on a touché la perfection… Le chef britannique Alexander Soddy confirme une fois de plus son statut de grande interprète de Richard Strauss, de favori du public et de l’Orchestre de l’Opéra d’Etat de Vienne qui joue, il faut le souligner, comme les Wiener Philharmoniker. Soddy sait comment faire couler la musique avec des cordes d’un magnifique lyrisme qui nous transportent au 7e ciel, des cors impeccables, des trompettes d’une douceur onctueuse. Il déploie les voix avec transparence et conduit le tumulte entourant le baron Ochs et le trio/duo final jusqu’à la beauté céleste que cette partition ne peut nulle part ailleurs atteindre une telle puissance et une telle délicatesse, une telle richesse et une telle beauté sonore (sauf peut-être avec les orchestres de Dresde ou de Berlin). On remarque également la complicité, l’esprit et la malice qui règnent dans la fosse. On entend presque les musiciens sourire…..

Le plateau vocal est d’un niveau exceptionnel dans lequel on trouve le lyrisme d’un Octavian, la fraîcheur onctueuse de Sophie, l’impertinence du Baron Ochs, la grande classe de la Maréchale……

La présence de nombreux membres chevronnés de la troupe, interprétant des rôles qu’il est difficile d’imaginer ailleurs, est frappante, notamment Adrian Eröd , qui campe toujours le parvenu et rigide Faninal, la captivante et distinguée Leitmetzerin de Regine Hangler, le notaire délicieusement excentrique de Marcus Pelz ; le commissaire de police Wolfgang Bankl, autoritaire mais avec un brin d’humour, l’aubergiste obséquieux et blasé de Jörg Schneider, autant de visages familiers qui, en cette soirée, sont au sommet de leur art.

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Il convient surtout de mentionner l’ajout de luxe, dans l’antichambre de Michael Spyres dans le rôle du ténor italien. Tout naturellement, il monte chaque note aigüe avec son timbre barytonant si caractéristique, parodiant également sa profession au passage.

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Dans les rôles principaux, celle qui domine la soirée est incontestablement Camilla Nylund qui interprète le rôle de la Maréchale. Rares sont les chanteuses qui comme elle, invitée régulière de l’Opéra d’état de Vienne, parviennent à insuffler à ce rôle, certainement le plus important du Chevalier à la Rose, autant de nuances, de couleurs et de tonalités vocales. Elle incarne à la perfection ce rôle si exigeant. Avec une élégance rare, Camilla Nylund ne sombre jamais dans le sentimentalisme ni l’apitoiement de soi. La fin, lorsqu’elle s’éloigne d’un pas mesuré, laissant le jeune couple à son bonheur, est marquée par une amertume palpable et aussi par la résignation et l’acceptation du « temps qui passe »…Vocalement elle possède une finesse vocale et souple, une émission bien maîtrisée une diction ciselée, et ce vibrato toujours sous contrôle, ces demi-teintes à la fois délicates et élégantes et surtout cette capacité à soutenir les aigus. Toutes les sopranos dramatiques ne possèdent pas tous ces dons requis pour ce rôle si exigeant. Un moment de pur bonheur avec beaucoup d’émotions fortes.

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C’est la jeune soprano allemande Nikola Hillebrand qui campe Sophie sa rivale, toute aussi séduisante. Elle possède une voix d’une pureté cristalline, qui fait scintiller les notes sur toute la gamme. Elle atteint les aigus avec une aisance déconcertante. A cela s’ajoute son charme naturel, qui captive sans aucun doute non seulement le jeune Rofrano, mais également son public. Elle incarne une jeune femme envoûtante, déchirée entre ses sentiments et son devoir filial et qui finit par choisir l’amour, du moins elle le croit.

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Octavian a bien de la chance de pouvoir choisir et d’être aimé par ces deux femmes. Il apparaît ce soir sous les traits de Samantha Hankey, une jeune Américaine, diplômée de Julliard School et lauréate du prix Operalia de Placido Domingo. Si la beauté de sa voix n’atteint pas tout à fait le niveau de ses deux favorites, elle livre une prestation irréprochable et avec brio. Le jeu burlesque de Mariandl est parfaitement dosé. Dans le duo final avec Sophie, elle dévoile une voix beaucoup plus douce, se fondant ainsi à celle de sa bien-aimée.

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© Wiener Staatsoper

Günther Groissböck est exceptionnel dans le rôle du Baron Ochs : agile, impertinent, débordant d’assurance, mais pas totalement antipathique. Vocalement, ce soir, il excelle dans les aigus. Son registre grave est un peu moins étendu. Il a mûri et bien changé depuis ses débuts sensationnels au Festival de Salzburg. Il campe à présent un gentleman campagnard, repoussant, bruyant et mâle, qui serait sans aucun doute la cible de toute campagne #MeToo actuelle. Chaque geste est calculé, chaque sourire narquois, chaque attouchement déplacé. Mais… la puissance de cet acteur infatigable n’atteint plus tout à fait le niveau qu’il déployait dans le rôle d’Ochs. Pourtant il semble difficile d’imaginer un autre baron Ochs aujourd’hui.

Quelle soirée unique et magique. Ce soir en quittant l’opéra de Vienne, on a éprouvé le sentiment d’avoir participé à un de ces rares moments dont on sera heureux et fier de dire qu’on y était. A une époque où tant de productions s’efforcent de réinventer l’opéra par des concepts et de réinterprétations qui ne se justifient pas toujours, il est profondément réjouissant de constater la réussite de la simplicité avec les décors d’une autre époque, le talent exceptionnel des acteurs d’aujourd’hui et une beauté qui ne subira jamais l’épreuve du temps.

Marie-Thérèse Werling
18 mai 2026

Direction musicale : Alexandre Soddy
Mise en scène : Otto Schenk
Assistant de la scène : Rudolf Heinrich
Costumes : Erni Kniepert

Distribution :

La Maréchale : Camilla Nylund
Baron Ochs auf Lerchenau : Günther Groissböck
Octavian : Samantha Hankey
Faninal : Adrian Eröd
Sophie : Nikola Hillebrand
Marianne Leitmetzerin : Régine Hangler
Valzacchi : Thomas Ebenstein
Annina : Stéphanie Houtzeel
Un commissaire de police : Wolfgang Bankl
Le majordome du maréchal : Wolfram Igor Derntl
Le majordome de Faninal : Lukas Schmidt
Un notaire : Marcus Pelz
Le ténor italien : Michael Spyres

Orchestre de l’Opéra d’Etat de Vienne

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