Parmi ses parutions du Printemps, Harmonia Mundi, toujours en quête d’originalité, nous gratifie d’un magnifique disque consacré à des pièces de musique sacrée signées des Mendelssohn, frère et sœur.
Si l’on connait bien les deux grands oratorios Paulus et Elias, tel n’est pas le cas de Christus (1852), œuvre restée inachevée, qui aurait dû former, avec les deux œuvres précédemment citées, une trilogie menant de l’Ancien au Nouveau Testament, dans un contexte socio-politique où Felix Mendelssohn semble alors chercher une attitude conciliatrice entre les religions.
Enregistré en mars 2023 à Berlin, Christus se divise en deux parties consacrées respectivement à la naissance et à la Passion du Christ et emprunte, en particulier, à l’Evangile de Matthieu. Lorgnant sur la musique sacrée d’un Bach – l’écriture est, en effet, contrapuntique – on ressent, fréquemment, dans la partition, le Mendelssohn romantique. Autant dire que nous sommes face à une œuvre de belle facture qui nous réserve un bonheur d’écoute permanent. Dès le récitatif initial, qui nous permet de découvrir la voix à l’émission angelicata de la soprano Christina Landshamer – familière du répertoire de musique sacrée et de musique de chambre – puis dans le trio pour ténor et voix de basse – magnifique Martin Mitterrutzner, formé par la grande Brigitte Fassbænder et familier des grandes scènes lyriques européennes -, l’oreille est plongée dans une véritable action en musique, parfois sombre et dramatique, pleine de modulations inattendues. Mention toute particulière au Chœur de chambre de Berlin, somptueux de cohésion, qui se taille ici la part du lion, dans une succession de chorals, y compris a cappella, dont le dernier constitue l’acmé de l’ouvrage, achevant l’oratorio sur une lamentation poignante. Placé sous la direction fluide de Justin Doyle, l’orchestre de la Kammerakademie de Potsdam donne à cette musique toute la respiration qui lui est nécessaire.
Si le Psaume 42 était déjà bien représenté dans la discographie officielle de Mendelssohn, il permet à la soprano de donner à entendre un chant extatique de premier ordre et au chœur de faire passer le souffle d’une foi des plus ferventes.
Mais c’est peut-être la cantate Lobgesang « Meine Seele ist stille », qui retient le plus l’attention dans cet album. Composée par une jeune Fanny Mendelssohn tout dernièrement mariée au peintre William Hensel, et maman d’un petit Sebastian dédicataire de l’œuvre pour son premier anniversaire, Lobgesang trouve son inspiration directe chez Bach – décidément une affaire de famille chez les Mendelssohn ! – et dans des vers extraits des Psaumes et des Evangiles. Pourtant, c’est bien davantage du côté de la mélodie que regarde cette musique pleine de juvénilité, où les parties chorales font sensation – toujours le RIAS Kammerchor – et où, une fois encore, les solistes tirent leur épingle du jeu avec, ici, une mention spéciale pour la partie d’alto – brillante Franziska Markowitsch vocalisant à souhait ! – tous trouvant dans ces textes un élan poétique de toute beauté.
Harmonia Mundi est bien lancé : on espère vite la suite de ce cycle de musique sacrée des deux Mendelssohn !
Hervé CASINI
Fanny & Felix Mendelssohn: Sacred Music, Vol. 1
Felix Mendelssohn Bartholdy, Christus, Op. 97
Fanny Hensel-Mendelssohn, Lobgesang « Meine Seele ist stille »
Felix Mendelssohn Bartholdy, Psaume 42
Direction, Justin Doyle
Christina Landshamer, soprano – Martin Mitterrutzner, ténor
Franziska Markowitsch, alto
RIAS Kammerchor Berlin
Kammerakademie Potsdam
1CD Harmonia Mundi
Prix conseillé : 18€40
