Un voyage au cœur de la mémoire cinématographique
Dans le cadre désormais très suivi des « After Work » proposés par l’Opéra de Nice et imaginés par son dynamique Directeur Général Bertrand Rossi, le foyer Montserrat Caballe du théâtre accueillait, en ce 20 mai, une soirée placée sous le signe de la musique de films. Avec Bruno se fait des films, le pianiste, chef d’orchestre et arrangeur Bruno Membrey proposait bien davantage qu’un simple récital : une véritable traversée émotionnelle à travers quelques-unes des partitions les plus célèbres de l’histoire du cinéma.

Conçu sous diverses formes – récital de piano seul ou version avec orchestre symphonique – ce programme accompagné de projections visuelles témoigne, depuis plusieurs années, déjà de l’attachement profond de Bruno Membrey à un répertoire trop souvent considéré à tort comme secondaire par certains tenants de la musique dite « savante ». Pourtant, les noms convoqués au cours de cette soirée suffisaient à rappeler combien ces compositeurs appartiennent pleinement au patrimoine musical du XXe siècle : Charlie Chaplin, Leonard Bernstein, Michel Legrand, Ennio Morricone, Francis Lai, Nino Rota, Vladimir Cosma et d’autres encore.
Bruno Membrey, artisan passionné de la musique de film
Connu tant comme pianiste que comme chef d’orchestre lyrique, Bruno Membrey s’est imposé au fil des années comme un passeur passionné de ce répertoire cinématographique. Son travail d’orchestration et d’adaptation mérite d’être particulièrement salué. Qu’il se produise en piano solo ou avec des formations symphoniques – notamment avec l’Orchestre des Jeunes de Tourcoing (avec un CD qui en garde le témoignage) ou encore l’Orchestre de la Radio de Sofia – expérience qui donna lieu à une captation DVD – l’artiste conserve toujours cette volonté de faire revivre les images à travers la seule puissance évocatrice de la musique.

À Nice, la formule choisie associait précisément le jeu instrumental aux projections de photos de films diffusés sur écran, créant un dialogue constant entre l’image et le son. Loin d’un simple procédé illustratif, ces projections agissaient comme des réminiscences collectives : chaque mélodie semblait immédiatement raviver chez les spectateurs une émotion enfouie, un souvenir de cinéma, parfois peut être un fragment intime de leur propre existence.
Car telle est sans doute la singularité profonde des grandes musiques de film : elles dépassent leur fonction première d’accompagnement pour devenir des œuvres autonomes capables de survivre indépendamment des images qui les ont fait naître. Et il faut bien reconnaître que certaines de ces partitions n’ont absolument rien à envier à ce que l’on désigne traditionnellement sous l’expression de « grande musique ». Les harmonies raffinées de Michel Legrand, la nostalgie poignante de Francis Lai, la poésie mélancolique de Nino Rota ou encore la puissance dramatique d’Ennio Morricone constituent aujourd’hui un patrimoine universel immédiatement identifiable.

David Lefèvre, invité d’honneur d’une soirée inspirée
Pour cette représentation niçoise, Bruno Membrey avait convié comme invité d’honneur David Lefèvre, Premier violon solo Supersoliste de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dont la présence apportait au spectacle une dimension supplémentaire de lyrisme et d’élégance.
Les deux artistes unirent notamment leurs talents dans plusieurs moments particulièrement inspirés : Smile des Temps modernes de Charlie Chaplin, Amarcord de Nino Rota ou encore Été 42 de Michel Legrand. Ces pages, interprétées dans une atmosphère de grande complicité musicale, révélèrent tout le potentiel expressif de cette future collaboration que les deux musiciens envisagent désormais de développer sous la forme d’un programme intégral pour violon et piano consacré aux musiques de film.
David Lefèvre séduisit par la beauté du timbre, la souplesse du phrasé et cette manière très chantante d’aborder les lignes mélodiques. Son violon semblait littéralement prolonger les inflexions du piano de Bruno Membrey dans un dialogue constamment équilibré, sans jamais céder à une quelconque démonstration gratuite de virtuosité. Quant au pianiste, il confirmait ses qualités d’arrangeur autant que d’interprète : son jeu alliait précision rythmique, alternance de l’élégance du toucher et de la puissance dans l’ampleur de certaines pages le tout assorti d’un sens permanent de la narration.

Une communion joyeuse avec le public
L’un des aspects les plus marquants de cette soirée résidait sans doute dans l’atmosphère de convivialité et de bonheur partagé qui régnait dans le foyer de l’Opéra de Nice. Le public, venu extrêmement nombreux, manifestait une adhésion immédiate à ce programme composé de thèmes mondialement connus appartenant à l’imaginaire collectif.
Bruno Membrey eut d’ailleurs l’excellente idée d’inviter à plusieurs reprises les spectateurs à chanter certaines mélodies célèbres. L’auditoire ne se fit guère prier, tant ces airs semblent gravés dans la mémoire affective de chacun. Cette participation spontanée donnait à la soirée un caractère presque familial, très éloigné du cérémonial parfois empesé des concerts traditionnels.
La présence dans la salle de quelques jeunes artistes lyriques contribuait également à cette ambiance chaleureuse. On remarquait en outre Élisabeth Vidal, célèbre cantatrice ayant mené une brillante carrière internationale et aujourd’hui très investie dans la formation de jeunes chanteurs dans la région. Manifestement conquise par le programme, elle participa elle-même avec enthousiasme aux interventions vocales proposées au public, comme pour souligner combien ce répertoire appartient pleinement à une culture musicale partagée, bien au-delà des frontières parfois artificielles entre musique classique et musique populaire.
La musique de film, un art majeur
Au-delà du simple succès public remporté par cette soirée, Bruno se fait des films rappelle avec éclat combien la musique de cinéma constitue l’une des formes artistiques majeures du XXe siècle. Ces partitions ont accompagné des générations entières, traversé les continents et souvent touché un public infiniment plus vaste que bien des œuvres du répertoire traditionnel.
Le mérite de Bruno Membrey est précisément de les aborder avec sérieux, élégance et sincérité, sans jamais céder ni à la facilité ni à l’effet superficiel. Derrière la légèreté apparente du concept se cache en réalité un authentique travail de musicien, doublé d’un amour évident pour un patrimoine sonore universel.
Le triomphe réservé par le public niçois aux deux artistes à l’issue du concert venait ainsi saluer non seulement la qualité de leur interprétation, mais aussi cette capacité rare à faire naître, le temps d’une soirée, une véritable communion émotionnelle autour des grandes musiques du cinéma
Christian JARNIAT
20 mai 2026
Musiques de : Charlie Chaplin, Leonard Bernstein, Nino Rota, Michel Legrand, Ennio Morricone, John Barry, Vangelis, Narciso Yepes, Bill Conti, Claude Bolling, Francis Lai, Philippe Sarde, Vladimir Cosma, Yann Tiersen, Monty Norman, Paul Mc Cartney, Raymond Levebvre
Pianiste : Bruno Membrey
Violoniste : David Lefèvre
On retrouvera prochainement les deux artistes dans une nouvelle déclinaison de ce programme intitulée : David et Bruno font leur cinéma, qui sera donnée le samedi 30 mai 2026 à 19 heures dans le cadre des Les Concerts de la Voûte, à l’Église Réformée de Monaco. Le concert sera suivi d’un verre de l’amitié permettant au public de prolonger les échanges avec les artistes.
Prix des places : 15 € et 10 € en tarif réduit. Informations et réservations sur : https://www.lesconcertsdelavoute.com/






