Au Bâtiment des Forces Motrices de Genève : Madama Butterfly, le fils revient, la tragédie continue.

Au Bâtiment des Forces Motrices de Genève : Madama Butterfly, le fils revient, la tragédie continue.

samedi 25 avril 2026

©Carole Parodi

La nouvelle production de Barbora Horáková met ce soir le fils de Butterfly, devenu adulte, au premier plan. Avant les premières notes de musique, on entend une bande-son de voix d’enfants, sans doute dans la cour de récréation d’une école, puis c’est d’un coup l’explosion d’une statue blanche représentant un jeune garçon qui surprend le public, par la détonation soudaine. Un homme portant une valise débarque sur le plateau, on comprend rapidement qu’il s’agit du fils de Butterfly, venu au Japon à la recherche de ses origines, en quête de son identité. Avec la présence à peu près permanente de ce personnage sur scène, ce parti, certes original, devient rapidement encombrant. Surtout qu’une autre figure arrive aussi sur scène, bien plus tôt que ne le prévoit le livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, celle de Kate Pinkerton, la femme américaine de l’ancien amant de Cio-Cio-San, ayant adopté son fils. Ces rapports familiaux mis en avant de manière inaccoutumée présentent parfois un intérêt, par exemple à la conclusion du duo du premier acte, quand Pinkerton rejoint au centre du plateau Kate et son fils, adulte donc, laissant seule Cio-Cio-San à terre en avant-scène.

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©Carole Parodi

Mais les inconvénients sont nombreux, le plus regrettable étant l’absence d’un véritable enfant, Butterfly faisant face à une poupée au troisième acte « Dormi amor mio, dormi sul mio cor »… qu’elle endort plutôt facilement ! Puis juste avant son suicide final, c’est à la petite statue reconstituée qu’elle s’adresse « Tu, tu piccolo Iddio ! Amore, amore mio, fior di giglio e di rosa », la scène perdant beaucoup en force et crédibilité. Surtout que ce troisième et dernier acte devient peuplé de plusieurs personnages supplémentaires qui diluent sensiblement la densité de la tragédie de Butterfly face à sa mort choisie et inéluctable, en présence de Kate qui tient la poupée dans les bras et le fils adulte qui porte la statuette, après l’avoir réparée. Concernant la scénographie, la maison japonaise est inscrite dans un carré, aux cloisons de tulle transparent et parois réfléchissantes ou portant des estampes. L’ensemble est traité en noir et blanc et le plateau tournant, utilisé avec parcimonie, permet de proposer différents angles et certains effets aux spectateurs, en particulier les personnages situés entre les deux parois miroirs à angle droit qui produisent trois reflets de leur image. Des vidéos tirées du film « Dolore » de la réalisatrice Diana Markosian, sont aussi projetées, un peu sur les tulles fermés de la maison et davantage sur plusieurs panneaux posés en fond de plateau, dont des gros plans d’un enfant, mais ceci ne rattrapant pas l’absence d’un véritable jeune garçon sur scène.

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©Carole Parodi

La distribution est plutôt homogène mais sans titulaire qui relève de l’exceptionnel. Dans le rôle-titre, Heather Engebretson est une Cio-Cio-San surtout très investie et émouvante en scène, émettant un grand cri rauque qui glace dans la scène finale, avant son suicide plus personnel, dos tourné au public. Vocalement, toutes les notes sont là, mais la moitié inférieure du registre sonne de manière peu séduisante. A noter que la chanteuse est doublée par une danseuse en début de troisième acte, celle-ci se déshabillant, se contorsionnant au sol et paraissant exprimer le même espoir teinté d’angoisse qui saisit Cio-Cio-San.

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©Carole Parodi

En Pinkerton, Stephen Costello est un ténor à la ligne élégante et au volume suffisamment fort, mais certaines notes les plus aiguës manquent d’un peu de métal. Ses airs sont réussis, comme « Addio, fiorito asil » au III, et précédemment, le grand duo d’amour qui conclut le premier acte est d’un format justement lyrique… un duo qui se transforme en quatuor pour la partie visuelle, les amoureux étant rejoints par Kate et l’enfant devenu adulte de Butterfly. Le Sharpless d’Andrey Zhilikhovsky est sonore et bien timbré, plus épanoui dans la partie supérieure du registre. Les rôles secondaires complètent la distribution avec un impact vocal plus limité .

L’Orchestre de la Suisse Romande, sous la baguette d’Antonino Fogliani, fait un sans-faute et délivre un son bien équilibré, entre cordes qui dégagent un grand charme et bois chatoyants. Le chef sait varier les nuances entre moments intimistes et tutti au contour dramatique qui annoncent l’issue fatale. L’avis est plus mitigé pour ce qui concerne le Chœur du Grand Théâtre de Genève, les choristes restant invisibles pendant tout le spectacle, ne se dévoilant qu’aux saluts. Ce choix correspond sans doute au manque d’espace laissé par l’imposant décor sur cette scène du Bâtiment des Forces Motrices, de nombreuses entrées et sorties de personnages se faisant d’ailleurs par la salle. Cette option d’absence visuelle des choristes fonctionne évidemment à merveille pour le chœur à bouche fermée en fin de deuxième acte, mais beaucoup moins au premier, quand Cio-Cio-San est supposée être entourée par ses amies et membres de sa famille.

Irma FOLETTI
25 avril 2026

Madama Butterfly, opéra de Giacomo Puccini
Genève, Bâtiment des Forces Motrices

Direction musicale : Antonino Fogliani
Mise en scène : Barbora Horáková
Scénographie : Wolfgang Menardi
Costumes : Eva-Maria Van Acker
Lumières : Felice Ross
Création vidéo : Diana Markosian
Chorégraphe : Andrea Tortosa Vidal
Collaboration artistique à la vidéo : Ruth Tromboukis
Direction des chœurs : Mark Biggins

Cio-Cio-San : Heather Engebretson
Benjamin Franklin Pinkerton : Stephen Costello
Sharpless : Andrey Zhilikhovsky
Suzuki : Kai Rüütel-Pajula
Goro : Denzil Delaere
Lo zio Bonzo : Mark Kurmanbayev
Kate Pinkerton : Charlotte Bozzi
Yamadori : Vladimir Kazakov

Danseuses / danseur : Andrea Tortosa Vidal, Enorah Schwaar, Odile Fragnière, Laure Minaro (cover), Noé Girard

Fils de Cio-Cio-San : Bertrand Pfaff

Chœur du Grand Théâtre de Genève
Orchestre de la Suisse Romande

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