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Reprise de Nabucco dans la mise en scène de Yannis Kokkos à l’Opéra de Munich

Reprise de Nabucco dans la mise en scène de Yannis Kokkos à l’Opéra de Munich

mardi 9 mai 2023
L’univers sombre du Nabucco de Yannis Kokkos © Wilfied Hösl

Cette saison l’Opéra d’État de Bavière a remis à l’affiche Nabucco de Verdi dans la mise en scène de Yannis Kokkos qui remonte à 2008. Yannis Kokkos en avait également conçu les décors et les costumes. La direction musicale en a été confiée à Daniele Rustioni présent à Munich pour les répétitions de la nouvelle production d’Aida qui connaîtra sa première le 15 mai.
L’œuvre, très populaire, est régulièrement représentée au BSO, ce fut encore le cas en 2017 et 2019.

Kokkos a opté pour de grands décors abstraits formés de cubes qui vont se rétrécissant dans la profondeur et a particulièrement soigné les éclairages qui varient selon les scènes. De larges plates-formes s’élèvent et se rabaissent. Ce décor produit certes un effet visuel spectaculaire, comme ces larges plans cinématographiques qu’on a pu voir dans les films de type peplum, mais l’abstraction et l’absence quasi totale de référent historique précis a pour conséquence qu’on ne semble plus assister au plan de conquête assyrien et à la prise de Jérusalem mais à un scénario qui se passe dans un univers intemporel.
Les costumes pourraient faire allusion au cinéma contemporain. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob apparaît sous la forme d’un carré porteur de centaines de spots à la lumière aveuglante qui obligent le public à fermer les yeux, une agression visuelle dont on se passerait volontiers. Abigaille semble vêtue de latex, les soldats portent des gilets pare-balles et des fusils automatiques alors que Nabucco, qui lui porte le sabre, symbole de son pouvoir, fait très Seigneur des anneaux avec sa coiffure à queue de cheval. Les Hébreux portent quant á eux de longs manteaux noirs. Le temps et le lieu de l’action restent indéfinis, si ce n’est au cours de la seconde partie dans laquelle les Hébreux sont enfermés dans un camp dont le sinistre grillage est surmonté de rangées de barbelés, un renvoi évident aux camps de la mort nazis. Cette évocation historique précise constitue l’exception dans une mise en scène par ailleurs totalement anhistorique.

L’approche psychologique des personnages et de leurs relations est tout aussi absente que l’approche historique. Ce sont les plans d’ensemble qui ont été privilégiés. La mise en scène consiste en une succession de tableaux vivants formés essentiellement par les déplacements massifs des nombreux choristes. Ce sont comme des arrêts sur image qui se succèdent avec des choeurs présentés de manière frontale, ce qui favorise la sonorité. La seconde partie du spectacle est plusieurs fois interrompue pour permettre des changements de décors qui pourtant ne présentent jamais qu’une variation de mêmes éléments, ce qui nuit fortement à l’élan musical de l’oeuvre.

Restent la musique et surtout les choeurs, remarquablement entraînés par Johannes Knecht. Le choeur des prisonniers, le très célèbre ” Va pensiero…”, l’hymne à la liberté le plus connu jamais composé, ne manque évidemment pas son effet. Les chanteurs peinent par contre à trouver leurs marques et paraissent souvent isolés dans cette mise en scène qui ne met pas assez les individualités et les relations entre les personnages en valeur.
Amartuvshin Enkhbat, un baryton lyrique verdien très sollicité par les meilleures scènes internationales, incarne un Nabucco puissamment dramatique, très convaincant dans l’expression vocale de l’évolution du personnage. Saioa Hernández, qui a fait ses débuts dans le rôle d’Abigaille en 2019 à Dresde, excelle à jouer les belliqueuses odieuses, rageuses et vengeresses, avec cependant quelque fragilité dans les aigus. La très charmante mezzo tunisienne Rihab Chaieb fait ici des débuts encourageants dans le rôle de Fenena. Robert Watson, pourtant acclamé dans le rôle d’Ismaele sur d’autres scènes, fait quant à lui des débuts malencontreux à Munich où il a donné une prestation sans éclat, quelque peu absente et d’une voix forcée.On retrouve avec bonheur le magnifique Zaccaria de Roberto Tagliavini, la basse hongroise Bálint Szábo en Gran Sacerdote, et Galeano Salas, membre de la troupe de l’opéra, en Abdallo, des artistes à la hauteur de leurs rôles, qu’ils interprètent avec un grand brio.

Luc-Henri ROGER

Distribution de la représentation du 9 mai 2023

Direction musicale : Daniele Rustioni
Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos
Amartuvshin Enkhbat :  Nabucco
Robert Watson :  Ismaele
Roberto Tagliavini : Zaccaria
Saioa Hernández :  Abdigaille
Rihab Chaieb :  Fenena
Bálint Szabó :  Gran Sacerdoze
Galeano Salas :  Abdallo
Mirjam Mesak :  Anna

Orchestre de l’État de Bavière
Choeur et extra choeur de l’Opéra de Bavière 

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