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Philharmonique de Monte-Carlo : Say tout bon !

Philharmonique de Monte-Carlo : Say tout bon !

dimanche 18 janvier 2026

©Emma Dantec – OPMC-communication

Voyez le entrer en scène. Décidé, tête baissée. Avec le pianiste Fazıl Say, on sent aussitôt qu’il « va se passer quelque chose » ! Say la fête ! Dimanche dernier, dans l’auditorium comble de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, honoré par la présence de S.A.R. la princesse Caroline de Hanovre, il a empoigné le Deuxième Concerto de Saint-Saëns. Il a fait dire à cette œuvre tout ce qu’elle a de solennel, de badin, de joyeux, d’exubérant, de virtuose. Ce fut éblouissant. Ses mains caracolaient sur le clavier. Par instants, il les lançait en l’air, comme s’il voulait attraper une note à la façon d’un prestidigitateur. L’instant d’après, il se tournait vers la salle, ayant l’air d’interroger le public d’un regard complice « N’est-ce pas beau, ce que nous sommes en train de vivre ? »

Fazil Say est non seulement un pianiste mais aussi un compositeur. En première partie, il présentait l’une de ses œuvres, Grand Bazar. Soyons honnêtes : ce n’est pas ce qu’il a donné de mieux. Cette musique pittoresque, volontiers bruyante, où des percussions orientales se glissent au cœur de l’orchestre classique, fait du tapage plus qu’elle n’émeut. En revanche, les bis qu’il a joués, qui étaient de sa composition, furent épatants. Sa célèbre transcription jazzy de la Marche turque de Mozart, d’abord — espiègle, libre, délicieusement irrévérencieuse. Et aussi une pièce plus secrète où, de la main gauche plongée à l’intérieur du piano pour étouffer la vibration des cordes, il donnait à son instrument une sonorité de cymbalum.

Au programme figurait aussi la célèbre Shéhérazade de Rimsky-Korsakov. On connaît l’histoire : la jeune femme qui sauve sa vie en racontant à son sultan sanguinaire, soir après soir, une succession de récits. Dans l’œuvre, le violon solo incarne le personnage de Shéhérazade. Ce soir-là, c’était David Lefèvre. En la circonstance, on peut affirmer que ce bel artiste à allure de gentleman ne séduisit pas seulement le sultan de l’histoire, mais le public de la salle entière.

À la tête de l’orchestre, Lio Kuokman, aussi élégant qu’efficace. Ses gestes amples, sa baguette dardée vers l’avant et le haut, donnaient l’impression qu’il affrontait des adversaires invisibles. Parbleu, c’étaient les héros des Mille et Une Nuits ! L’orchestre, sous son impulsion, rutilait de mille feux. À la fin, la salle se leva. Total succès.

Il y eut aussi, ce jour-là, une émotion plus intime : le départ à la retraite d’un des premiers violons de l’orchestre, Gabriel Milito. Enfant du pays, issu d’une famille monégasque de longue date, il a servi l’orchestre pendant trente-huit ans. Il fait partie de ces visages que l’on applaudit chaque dimanche sans savoir vraiment qui ils sont. Leur départ nous rappelle que le temps passe. Qu’ils soient remerciés pour leur talent et pour la manière qu’ils ont, semaine après semaine, d’enrichir notre vie !

André PEYREGNE
18 janvier 2026

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