La représentation démarre par une voix off féminine bien de nos jours « Il faut que j’te raconte… », relayée par un texte projeté sur le cadre de scène « Cette fois-ci, je lui ai parlé… », cette intervention ayant le mérite de la brièveté et actualisant quelque peu l’intrigue d’Orlando.
Lorsque le rideau se lève sur la mise en scène de Mariame Clément, on découvre un heaume géant posé à terre, superbement éclairé par les lumières en clair-obscur de Valerio Tiberi. Quelques vidéos discrètes en noir et blanc sont aussi utilisées, par exemple le visage d’Orlando qui apparaît sur le casque, comme son reflet, avec le personnage qui fait face à la paroi. Une ouverture en partie supérieure du casque laisse apparaître de temps à autre certains protagonistes, qui s’y tiennent comme sur un balcon, d’abord Zoroastro puis Angelica en habits de princesse. Orlando a un double, qui fort heureusement n’est pas omniprésent.

En revanche, personnage simplement évoqué et non présent dans le livret original, la princesse Isabelle apparaît régulièrement sur scène au cours de la soirée. Sauvée de la mort par Orlando, dans le livret tiré de l’Orlando furioso de l’Arioste, ce dernier lui rend ici son sac à main, vraisemblablement dérobé, ou bien égaré. Orlando est représenté comme un jeune homme sensible qui rêve de chevalerie, de gestes d’armes, d’amours. C’est ainsi que dans ses moments de rêverie, et surtout de folie, il se confronte à des personnages habillés comme dans l’iconographie classique.

Quand le casque géant s’ouvre en pivotant sur le plateau, on découvre la seconde configuration de la scénographie de Kaspar Glarner, soit un petit café élégant à l’italienne (on y lit « La Stampa »), avec son comptoir, une table et deux chaises. Les scènes de jalousie deviennent parfois discussions de la vie courante, et même par instants en limite de théâtre de boulevard ou marivaudage, quand Zoroastre, puis Medoro avec lui, se cachent derrière le journal tout en marchant, afin de voir sans être vus. On s’éloigne certes significativement de l’ambiance bucolique de l’opéra lorsque la supposée bergère Dorinda chante son air au rossignol « Quando spieghi i tuoi tormenti amoroso rosignolo », ici la nuit, à côté d’un lampadaire et cigarette au bec. Un peu plus tard, c’est devant un comptoir d’enregistrement d’aéroport que Medoro et Angelica tentent de fuir la colère d’Orlando, Zoroastre se tient en habits de commandant de bord et les vols de la compagnie « Ariost Airlines » sont affichés à l’écran.
Angelica chante ensuite son air « Verdi piante, erbette liete » dans une ambiance pastorale, entourée par trois arbres et les projections de feuillages et paysages naturels sur les parois intérieures du casque. Ceci avant la scène de folie d’Orlando, peuplées de quelques monstres aux méchants masques, avant que deux infirmiers ne viennent se saisir du furieux, pour vraisemblablement l’interner.

La distribution vocale est de bonne tenue, en tête Paul-Antoine Bénos-Djian dans le rôle-titre. Dès son air d’entrée « Non fu già men forte Alcide », on apprécie le timbre expressif sur toute la tessiture, l’utilisation variée des nuances piano – forte, ainsi que la maîtrise des passages d’agilité. Concernant ce dernier point, son air le plus connu « Fammi combattere » est négocié avec virtuosité, l’interprète ajoutant de légères variations dans la reprise. Sans doute un peu moins sonore que son confrère, l’autre contre-ténor Paul Figuier n’en compose pas moins un très fiable et musical Medoro, développant une belle ligne vocale, bien conduite. Le Zoroastro de Callum Thorpe complète le plateau masculin, voix un peu moins confortable dans le grave le plus profond et dotée d’une souplesse correcte pour ses passages les plus rapides.

Côté féminin, l’Angelica de Marie Lys affirme sa musicalité, avec sans doute une pointe d’agressivité qui accompagne l’émission de certaines notes parmi les plus aiguës. Personnage encore plus sollicité pour le chant, on apprécie encore davantage l’autre soprano Ana Vieira Leite en Dorinda, d’ailleurs ce soir la serveuse du café évoquée plus haut. Sa précision d’intonation est absolument remarquable et la voix particulièrement agile et bien sonore. La chanteuse sait aussi dégager de l’émotion, comme en début de deuxième acte dans son chant au Rossignol, et plus encore dans l’air qui suit « Se mi rivolgo al prato », où elle s’exprime pendant un bon moment allongée à terre.

S’il faut saluer l’excellente qualité technique des musiciens de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, on peut se montrer moins enthousiaste vis-à-vis de la direction musicale de Christopher Moulds. Ceci dès l’Ouverture qui nous paraît manquer singulièrement de nerf, de variations dynamiques, de mordant sur plusieurs attaques. La musique a certes une très belle allure, mais au risque d’un académisme assez marqué en regard de la conduite de bien d’autres chefs, Christie, Minkowski, Rousset par exemples. On remarque par la suite que cette direction convient idéalement aux morceaux les plus doux, les plus lents, avec parfois un souffle musical très bienvenu. Mais tout de même, on ne comprend pas toujours ces choix de tempi régulièrement très lents, par exemple pour l’air de Zoroastro « Sorge infausta una procella » au troisième acte, où les possibilités de chant orné de l’interprète ne nous semblent pas limitées à ce point.
Irma FOLETTI
20 mars 2026
Orlando, opéra de Georg Friedrich Händel
Opéra de Lausanne
Direction musicale : Christopher Mould
Mise en scène : Mariame Clément
Décors et costumes : Kaspar Glarner
Lumières : Valerio Tiberi
Vidéo : Gianfranco Bianchi
Distribution :
Orlando : Paul-Antoine Bénos-Djian
Angelica : Marie Lys
Medoro : Paul Figuier
Dorinda : Ana Vieira Leite
Zoroastro : Callum Thorpe
Orchestre de Chambre de Lausanne
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