OPERA NATIONAL DU RHIN : Le Roi d’Ys, de la Bretagne à l’Alsace

OPERA NATIONAL DU RHIN : Le Roi d’Ys, de la Bretagne à l’Alsace

dimanche 15 mars 2026

©Klara Beck

Le Roi d’Ys est un opéra en trois actes et cinq tableaux d’Édouard Lalo, composé sur un livret d’Édouard Blau (1836-1906). Grâce à son inspiration légendaire, on peut l’associer au genre de l’opéra-féerie. Le livret est tiré de la légende bretonne de la ville d’Ys, capitale du royaume de Cornouaille, qui serait engloutie au large de Douarnenez.

Lalo a composé Le roi d’Ys entre 1875 et 1878 après avoir esquissé la première version de l’opéra en 1875. L’intérêt de Lalo pour le folklore breton lui vient de sa seconde épouse, la contralto Julie de Marigny, d’origine bretonne. Le rôle de Margared est, en fait, écrit pour elle.

Le montage scénique de l’opéra s’avère difficile. Il est retiré du répertoire du Théâtre lyrique en 1878 puis de celui de l’Opéra de Paris en 1879 bien que des extraits soient interprétés en concert par Julie de Marigny dans le rôle de Margared. Lalo entreprend de retravailler son œuvre en 1886. L’avant-première de cette version a lieu le 7 mai 1888 à la Salle du Châtelet par la troupe de l’Opéra-comique. Le roi d’Ys remporte un vif succès et sera interprété 100 fois dans cette salle au cours de l’année.

Absent des scènes françaises depuis dix ans et depuis 1957 à l’Opéra national du Rhin (pourtant Le Roi d’Ys y était à l’affiche tous les deux ans entre 1919 et 1957) et pour la production à l’Opéra national du Rhin, c’est le chef Samy Rachid, installé à Boston depuis son passage par l’Opéra Studio, qui dirige cette partition des plus puissantes et chatoyantes dans une nouvelle mise en scène d’Olivier Py qui signe son grand retour à l’OnR.

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©Klara Beck

Olivier Py est croyant, il le confirme d’ailleurs dans la plupart de ses mises en scène, notamment dans Les Huguenots. Pour l’opéra de Lalo, il construit une mise en scène quasi mystique – sur le mur principal du décor, Margared (une des filles du Roi d’Ys,  inscrit un passage du Psaume 42 : abyssos abyssum invocat (un abîme appelle un autre abîme). Pierre-André Weitz (son complice de toujours) lui a une nouvelle fois concocté un décor stupéfiant où dominent le noir, le blanc et l’argenté et qui défile sur une tournette : façades, promontoire, phare, paquebot évoquant le Titanic, grues mortuaires… ranimant ainsi la légende bretonne.

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©Klara Beck

Mais dans la mise en scène d’Olivier Py, l’action se situe plus dans l’époque de la composition de l’œuvre plutôt que dans le Moyen-Âge breton. Les Prussiens (avec casques à pointe) rôdent. Leur chef, Karnac devient chef de l’armée prussienne d’abord victorieuse, puis défaite par Mylio en uniforme blanc. Dans ce contexte, le miracle est évacué : Saint-Corentin est figuré par un squelette dans une châsse dont se moquent ouvertement la cruelle Margared et son amant, celui-ci tuant l’évêque qui a essayé de les aider à se repentir. Mais le naufrage, avec la Cité engloutie sous les lames de mer impressionnantes a bien eu lieu et une pluie de confettis argentés submerge le plateau telle une vague géante. Du plus bel effet !!!

On retiendra également les lumières mystérieuses de Bertrand Killy, surtout pour la relique de Saint-Corentin.

Musicalement, la réussite revient à l’Orchestre National de Mulhouse, très inspiré, dirigé par le jeune chef Samy Rachid. Il porte une attention constante aux nuances, soigne les couleurs avec un souci de l’équilibre avec les solistes et les Chœurs. La puissance de l’Orchestre National de Mulhouse se déploie justement, sans jamais sacrifier la transparence de la texture ni les moments de poésie. Quant aux Chœurs de l’Opéra national du Rhin, placés sous la direction du chef des Chœurs Hendrik Haas, ils sont en grande forme, vaillants et sonores dans les moments de la guerre, et enjoués pour le mariage.

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©Klara Beck

Sur le plan vocal, la distribution se révèle très homogène. Dans le rôle du roi d’Ys, Olivier Py pousse Patrick Bolleire à incarner un roi vieillissant et terne, sans autorité (rampant devant Karnac) au timbre gris, mais précis et remarquablement articulé. Anaik Morel campe une Margared avec une force dévastatrice. Elle possède des graves sonores et profonds, une diction parfaite. Mais elle touche ses limites avec des aigus tendus et sa voix laisse transparaître un vibrato trop prononcé dans les moments les plus ardents. Par contre, elle s’investit totalement dans son jeu scénique : son rire dément devant Saint Corentin glace le sang.

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©Klara Beck

Face à elle, Lauranne Oliva est une Rozenn touchante avec une voix ductile, pleine de fraîcheur et de clarté et une diction savoureuse. Ce couple de sœurs ennemies qui s’aiment malgré tout fonctionne très bien, tout comme celui que forment, dans le registre masculin, Mylio et Karnac (un petit clin d’œil aux couples Elsa/Lohengrin et Ortrud/Telramund de Lohengrin de Wagner.

Jean-Kristof Bouton est un Karnac autoritaire, presque sauvage, avec une voix percutante et convaincante, une noirceur mordante.

Quant à Julien Henric, il incarne un Mylio de grand style, à la voix trompétante, une belle diction très claire, se permettant dans son aubade « Vainement ma bien aimée » des aigus filés d’une délicatesse lyrique et douce, mais qui atteint également ses limites notamment dans l’acte trois.

Jean-Noël Teyssier est un Jaël au timbre clair, tandis que Fabien Gaschy campe un Saint-Corentin solide.

L’accueil enthousiaste d’une salle comble salue la réussite de ce nouveau succès de l’Opéra National du Rhin, après le brillant Miracle d’Héliane1 il y a tout juste un mois.

Grâce à l’audace de son Directeur Général Alain Perroux, l’Opéra National du Rhin a ressuscité brillamment deux raretés du répertoire lyrique.

Marie-Thérèse Werling
15 mars 2026

à retrouver ici :

Direction musicale : Samy Rachid
Mise en scène : Olivier Py
Décors, costumes : Pierre-André Weitz
Lumières : Bertrand Killy

Distribution :

Le Roi d’Ys : Patrick Bolleire
Margared :Anaïk Morel
Rozenn : Lauranne Oliva
Mylio : Julien Henric
Karnac : Jean-Kristof Bouton
Jaël : Jean-Noël Teyssier
St Corentin : Fabien Gaschy

Chœur de l’Opéra national du Rhin,
Orchestre National de Mulhouse

:

Mulhouse : La Filature du 27 au 29 mars

Réservations https://lafilature.notre-billetterie.org/billets?lg=FR&seance=6474

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